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Pensées pur la retraite du mois 9

Pensées pur la retraite du mois Stabat juxta Crucem Mater Ejus. (Joan. XIX, 25)
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    Pensées pur la retraite du mois

    Stabat juxta Crucem Mater Ejus.
    (Joan. XIX, 25)
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    Notre esprit localise aisément la Vierge debout près de la Croix, où meurt Jésus son Fils, et notre cur sémeut de tristesse et damour devant ce douloureux spectacle. Marie, notre Mère, rend à Dieu son Fils, alors que le sacrifice se consomme, que luvre sublime de la Rédemption sachève et que naît lEglise. Jésus, condamné par Pilate, renié par Pierre, délaissé de tous, sauf de quelques saintes filles, agonise. Cloué sur la Croix, Il peut jeter ses derniers regards sur la porte dEphraïm, toute proche et toute encombrée de marchands et de pèlerins venus pour la Pâque. Ou bien il peut les diriger vers le Scopus, vers le Mont des Oliviers, vers le Moriah couronné du Temple, ou sur le Mont Sion et plus loin la Géhenne. Quant à léchine du Gareb, dont le Calvaire nest quune excroissance rocheuse, si dénudée quelle ressemble à un crâne chauve (Golgotha en araméen, Calvaria daprès le latin de la Vulgate), Jésus la contemple une dernière fois, car cest là que vient davoir lieu le partage de ses vêtements, là que la foule hostile ou compatissante lui jette lanathème ou la parole qui rend témoignage à sa divinité ; là même où il va reposer tout à lheure dans le sépulcre dun ami.

    Marie, qui na pas souffert lors de lenfantement, tressaille alors indiciblement. Le Calvaire est ici-bas son poste suprême de Mère des Douleurs ; elle ne le désertera pas. Marie sest éclipsée durant la vie publique de son Fils : on ne la vue dans aucune fête depuis que lheure du Christ dapparaître au monde a sonné. On ne la rencontre même pas chez les amis du Sauveur, ni lors de lentrée triomphale à Jérusalem. Mais, elle se tient debout près de la divine Victime, et ses droits de Mère du supplicié lobligent à sortir de son obscurité. Elle na point eu de spasmes, elle ne sest point évanouie sur la Voie douloureuse, et la nature en elle ne faillira point quand elle recevra dans ses bras le cadavre de son Fils. Marie voit sans faiblesse le dernier acte du drame humain se dérouler : Son Jésus meurt. Mais jusquà la fin des siècles, on la contemplera debout, ferme et triomphante. Car cest un triomphe.

    Jésus et Marie triomphent de la Justice divine apaisée, du péché, de la mort. Dieu ne saurait Lui-même exiger davantage ni pour lhonneur de la très Sainte Trinité noblement vengé, ni pour le rachat de lHumanité sauvée. Le Rédempteur et la Corédemptrice attirent au Calvaire toutes les bénédictions du ciel, et la terre recueille la rosée de ces bénédictions. Alors le sang du Christ efface la peine et le délit et soffre en sacrifice plénier au Tout-Puissant. Auxiliaire de ce sacrifice, Marie, Vierge-Prêtre, le présente à Dieu dans un maintien souverainement digne : debout. Ce nest pas à dire que sa douleur ne fut point immense, au contraire magna est velut mare contritio tua, chante le Prophète, mais cette douleur est dune Reine, de la Reine des Martyrs, qui ne saurait se laisser abattre par elle en compromettant sa dignité. En donnant son consentement à lIncarnation, Marie donnait également son consentement au Sacrifice du Golgotha ; elle savait quun glaive de douleurs lui percerait le cur, que lAgneau simmolerait un jour et quen somme elle nétait Mère que dune Victime, offerte pour apaiser la colère de Dieu et pour obtenir le rachat du genre humain. Cétait, au Calvaire, le moment solennel où Dieu regagnait son image prise par le Démon, ainsi que sexprime Tertullien, avec la participation très efficace de la Femme écrasant sa tête. Eve bienheureuse de la nouvelle Alliance, Marie devait avoir part à notre Rédemption comme la première Eve de lancienne eut part à notre ruine. Cest Elle, Marie, qui fournit le sang du Calvaire et la Chair de la Flagellation : Caro Christi caro est Mariæ dit expressément St-Augustin. Et lEglise confirme cette doctrine par les paroles de sa Liturgie :

    Ave, verum corpus, natum
    De Maria Virgine,
    Vere passum, immolattum
    In cruce pro homine.

    Résumons donc en disant que si le sein de Marie fut le premier autel sur lequel Jésus sest offert à son Père, Marie, debout au Calvaire, fut la sacrificatrice et limmolatrice pleinement consentante du sang de son divin Fils.

    Cest une éloquente leçon pour nous, missionnaires apostoliques, aussi bien dailleurs pour tous les chrétiens, que cette sublime attitude de la Vierge, mêlant héroïquement ses souffrances à celles de son Enfant bien-aimé. Près de la Croix, Marie na pas de plaie saignante, mais son cur compatit atrocement aux souffrances de son Fils et se brise de douleurs, tellement quaucune douleur nest comparable à la sienne. Il ny a dès lors quun seul holocauste offert par Marie et le Christ : Celui-ci dans le sang de sa Chair, Celle-là dans le sang de son cur, ainsi que sexprime Arnauld de Chartres.

    En contemplant Marie présente au pied de la Croix, notre devoir à nous, missionnaires, est facile à comprendre et à tracer : union de souffrances avec Jésus et Marie souffrants. Union constante, généreuse, totale. Sur la Croix et près delle, Jésus et Marie sont Hosties ; soyons hosties nous aussi. Notre vie quotidienne comprend assez de sujets dimmolation pour notre esprit, notre chair et notre cur. Nous sommes nous aussi des signes de contradiction pour le monde qui ne nous comprend pas ou nous apprécie peu. Chacun de nous a fait le don de soi-même à Dieu : ne nous reprenons pas. Regardons souvent notre Crucifix et aimons toujours Celui qui vit et intercède pour nous sans relâche. Adoptés en Saint-Jean par Marie, allons vers Elle, vers la Mère du Christ, vers notre Mère, puisque Sacerdos alter Christus. Si le Verbe fait chair et mort pour nous ne songe pas à éloigner de notre pénible sentier souffrances et tribulations, cest quil veut nous inculquer, surtout en nous montrant sa Mère, la nécessité du renoncement et de la Croix. Plus que nul être humain après Jésus, Marie, tous les jours de son existence, a vécu de la Croix : Elle nous invite à porter courageusement la nôtre et à la suivre jusquau Golgotha. Marie nest pas devenue notre Mère à Bethléem, mais au Calvaire, et Elle a dès lors enfanté nos âmes dans la douleur, comme Elle veut que nous enfantions les âmes de ceux qui nous sont confiés. Ce nest pas à Eve seule que peut sappliquer cette parole : In dolore paries, mais à tous ceux qui veulent un ministère sacerdotal fécond, à tous ceux qui cherchent à mettre leur emprise sur les âmes, à ceux qui, comme Marie, veulent la gloire de Dieu par le salut des âmes.

    Nous avons le zèle, lactivité, les talents, la santé pour mener à bien notre tâche quotidienne : surnaturalisons tout par lamour de la Croix. Nous désirons le martyre. Il ne nous sera vraisemblablement pas donné à tous de le subir sanglant et dans nos membres. Ayons du moins le martyre de lâme et du cur. Depuis lAnnonciation jusquà sa mort, Marie sentit ses entrailles déchirées, et la tristesse la plus profonde, mais la plus résignée, sempara de son âme. La croix est un mystère pour beaucoup, essayons de le pénétrer tous les jours de notre vie. Tenons-nous fermes devant ladversité, courageux devant la persécution, humbles devant les croix que la main de Dieu nous impose. Croix, luttes et combats auront leurs récompenses. Puisque Jésus-Christ nous a donné Marie sa Mère, comme notre Mère, soyons ses vrais enfants, ses chevaliers dévoués, ses fils profondément soumis jusquà notre dernier souffle. Ecce Mater tua... Ecce Filius tuus.

    SACERDOS.
    1927/521-525
    521-525
    Anonyme
    France
    1927
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