Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pensées pour la retraite du Mois : ''Méditation réflexions de fin d’année'' 12

Pensées pour la retraite du mois òòòòò Méditation réflexions de fin d’année. “On devient homme dans la mesure seulement où l’on s’exerce à la réflexion”, a dit le Cardinal Mercier.
Add this


    Pensées pour la retraite du mois

    òòòòò

    Méditation
    réflexions de fin d’année.

    “On devient homme dans la mesure seulement où l’on s’exerce à la réflexion”, a dit le Cardinal Mercier.

    Il ne s’agit pas de déterminer en soi plus d’être humain, comme si l’exercice de la réflexion devait ajouter quelque chose à notre essence humaine. Tout ce qui, dans l’homme, est faculté est accidentel ; c’est une qualité capable de perfectionner son être, mais qualité très distincte de sa substance. Les facultés sont capables d’une grande activité ou d’une grande inertie.

    Devenir homme par la réflexion c’est poursuivre un idéal de perfection, et cet idéal, ou ce concept d’homme idéal, nous nous le représentons comme l’équilibre parfait des composants de notre être, des facultés de notre être.

    Il y a nécessairement un ordre de dignité, une échelle de toutes nos facultés, et rien n’est plus beau que l’emprise de l’appétit rationnel sur l’appétit sensible. Pour l’animal le bien est ce qui convient à son appétit, mais l’homme est doué de facultés supérieures. La norme morale ne sera donc pas la convenance ou la non-convenance d’un objet à son appétit inférieur, mais bien la convenance ou la non-convenance de cet objet à son appétit rationnel.

    La raison, telle est chez lui la norme, le point qui le rattache, par une parenté merveilleuse, aux êtres supérieurs et à Dieu. Devenir plus homme c’est donc s’efforcer de déterminer en soi l’équilibre parfait des facultés, l’échelonnement de toutes les puissances selon leur ordre de dignité, en un mot, c’est faire prévaloir la raison.

    Mais, dira-t-on, est-il besoin de rappeler à un prêtre la nécessité de la réflexion? Pourquoi un tel jargon philosophique vient-il compliquer un problème qui, en lui-même, est si simple et si clair ? La méditation quotidienne, le bréviaire, l’examen particulier ont-ils un sens, si la réflexion en est absente ?

    Pourquoi, dites-vous ? Parce que l’expérience nous montre des prêtres, du reste très dignes, qui ont une grande connaissance des hommes et qui, cependant, sont les seuls à ignorer leurs travers ou leurs côtés ridicules, et parce que je voudrais savoir d’où vient que l’on connaisse les autres mieux que soi-même. N’est-ce pas parce que l’on se trouve plus souvent en face des autres hommes qu’en face de soi-même ?

    Se mettre en face de soi-même n’est pas si facile qu’on le pourrait croire. Réfléchir est difficile. C’est pourquoi beaucoup d’hommes, qui n’ont pas l’habitude de la réflexion, deviennent, sans qu’ils s’en doutent, le jouet d’une puissance inférieure qui souvent se substitue à la raison, je veux dire le jouet de l’imagination.

    Qui dira les méfaits de l’imagination ? Quand l’homme est arrivé à l’âge mûr, il s’habitue à répéter et à croire que l’imagination est l’apanage de la jeunesse ; il ne veut plus prendre au sérieux “cette folle du logis”. Mais il ne s’aperçoit pas que, si par la réflexion, il n’a soin de se mettre souvent en face de soi-même, il peut rester, jusqu’à un âge très avancé, sous la domination de cette folle.

    Un homme de réflexion, comme saint François de Sales, peut se permettre de dire au sujet de l’imagination : “Ne soyez pas assez fou pour courir après cette folle”. Mais un homme ordinaire n’a pas le droit de plaisanter sur ce sujet.

    L’imagination, chez un jeune, est une folle qui a quelque chose d’aimable, aussi la tolère-t-on assez facilement. Il n’est pas vrai que l’imagination s’affaiblisse ou disparaisse avec l’âge. Elle change, elle ne meurt pas, et, si l’on n’y prend garde, elle devient une “mégère abominable”. Il faut que celle-ci soit bridée par la raison, sinon elle jouera un rôle considérable dans la vie de l’homme.

    L’imagination ne fait rien, elle défait. Pour agir il faut se posséder ; or, l’imagination pourrait se définir l’éparpillement de soi-même.

    L’imagination soustrait l’homme à la souveraineté de l’ordre et le place sous l’empire du caprice. Or, sous l’emprise du caprice, on peut bien remuer beaucoup, mais on n’agit pas. Celui-là seul édifie qui construit selon les règles de l’équilibre.

    La confusion règne partout où règne l’imagination. Celui qui vit d’imagination peut remuer, amonceler, placer, déplacer et replacer, mais il ne bâtit pas.

    Ce qui caractérise la réflexion c’est la fécondité ; ce qui caractérise l’imagination c’est la stérilité.

    Rien de plus curieux que de voir combien de choses résultent d’une réflexion simple, et combien de choses avortent qui semblaient devoir sortir d’une imagination compliquée.

    La réflexion est calme, vise au but et t’atteint.
    Ce qui manque toujours à l’imagination, c’est le temps. L’homme de réflexion ménage le temps ; l’homme d’imagination le gaspille, sa vie devient un chaos où, sans affaire et cependant sans trêve, il n’a ni le loisir de travailler ni le loisir de se reposer.
    …………………………………………………………………………………………………..

    Telles sont les réflexions que j’ai faites au contact des hommes, et, si j’ai l’audace de rapporter ce que j’ai appris en observant les autres, c’est parce que, dans cette “récapitulation annuelle”, la réflexion me découvre en moi-même toutes les déficiences et tous les désordres que j’ai observés chez les autres hommes.

    On fait comme on peut, nous crie la nature, et l’on s’habitue insensiblement à faire sa méditation materialiter, à dire le bréviaire materialiter, à faire ses exercices materialiter, et, comme on arrive assez vite à se persuader qu’au fond cela suffit, on aboutit à un genre de vie sans forme, c’est-à-dire sans réflexion.

    La conclusion est qu’il faut, par l’exercice de la réflexion, essayer d’assimiler dans notre raison toute la raison de nos actes, afin de conserver en nous l’équilibre parfait des facultés et de maîtriser la folle du logis, qui est la cause de toutes nos inconséquences et de la plupart de nos misères.

    ITANASIA



    1929/705-708
    705-708
    Anonyme
    France
    1929
    Aucune image