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Pensées pour la retraite du Mois : ''La vie dans la mort'' 11

Pensées pour la retraite du mois òòòòò La vie dans la mort. Qui invenit animam suam, perdet illam : et qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. On rencontre assez souvent dans l’Evangile de ces sentences paradoxales. Cette allure paradoxale ne vient pas tant de la manière dont telle vérité est dite, mais plutôt du degré d’aptitude que possède cette même vérité à être exprimée, développée, communiquée.
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    Pensées pour la retraite du mois

    òòòòò

    La vie dans la mort.

    Qui invenit animam suam, perdet illam : et qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam.

    On rencontre assez souvent dans l’Evangile de ces sentences paradoxales. Cette allure paradoxale ne vient pas tant de la manière dont telle vérité est dite, mais plutôt du degré d’aptitude que possède cette même vérité à être exprimée, développée, communiquée.

    Par la raison nous expliquons ces paradoxes, mais, tout en admettant la valeur objective de l’argument, nous requérons la grâce pour sa perception totale. Comprendre les termes d’une proposition ne suffit pas pour croire la vérité qui y est contenue, et si, comme l’affirme saint Thomas, les grâces de contemplation et les expériences mystiques rentrent dans la connaissance de foi, il est tout naturel que nous trouvions dans notre vie de foi des éléments incommunicables et inexprimables. Ce mystère de la vie de foi sera toujours la pierre d’achoppement de tous ceux que la grâce n’a pas encore touchés.

    Les sophistes du siècle nous reprochent de juger toutes les choses de ce monde en fonction de l’éternité, et ceux qui font profession d’enseigner l’histoire et qui portent en eux le mal de l’incrédulité nous cataloguent, nous chrétiens, parmi ceux dont le sentiment religieux impose de vivre non pour jouir du présent, mais pour contempler une vie éternelle d’après-mort, vie promise à ceux qui observent les préceptes du Christ. L’Evangile et les saints nous invitent en effet à nous éloigner de ces plaisirs éphémères auxquels s’accrochent, comme à la vie elle-même, tous ceux qui ne portent pas en eux la lumière de la foi.

    Et les incrédules crient au scandale ! N’est-ce pas là une doctrine qui nécessairement aboutit à un individualisme outré ? “Celui qui trouve sa vie la perdra... Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme” ?

    Telle est la difficulté qui arrête bien des hommes sur le chemin de la foi.
    ….Et cependant plus je réfléchis et plus je suis convaincu que le sens commun approuve de telles formules. Il me semble en effet que cette dernière sentence évangélique, qui “coupa en deux” la vie d’un François-Xavier, divise aussi toute l’humanité en deux catégories bien distinctes.

    Il y a parmi les hommes ceux que l’esprit religieux anime, qui croient aux réalités spirituelles, qui disent et pensent : “Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? ” Il y a aussi ceux qui négligent les réalités éternelles et qui pensent : “Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre la vie ? ”

    Les premiers trouvent dans leur foi la raison de leur vie, le sens de la souffrance, le pourquoi du dévouement, et cette foi dans l’importance du salut de l’âme, (que les sophistes appellent un égoïsme outré), les rend éminemment sensibles au bien spirituel d’autrui.

    Voyez saint François-Xavier. Il a vécu ses premières années pour lui-même, et, dès qu’il s’est heurté à cette parole du Christ, pour sauver son âme, il s’est oublié pour ne plus penser qu’à vivre pour les autres.

    Au contraire, ceux qui vivent sans cette foi, sans connaître la nécessité du salut individuel, aboutissent logiquement à un individualisme écœurant, car, après tout, que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre sa vie ?

    Et j’imagine le soliloque de l’incrédule : “ Il s’agit de ma vie et non de la vie des autres. Y a-t-il ici-bas chose plus précieuse que ma vie ? Que mettrai-je en présence de ma vie ? L’or, les pierres précieuses, toutes les richesses du monde ? Mais toutes ces choses n’ont pas de sens si ma vie n’y participe pas... La beauté de la nature ? Les merveilles du firmament ? Tout cela est vide de sens pour moi si je ne vis pas. Bonheur, malheur n’ont de sens qu’autant qu’ils sont des éléments de ma vie ; car que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre la vie ? ”

    N’est-ce pas là le sens de cette rumeur impressionnante que l’on entend sourdre dans la masse des peuples privés de lumière, d’espérance et de foi ?

    A ces accents désordonnés s’opposent depuis vingt siècles la parole du Christ : Qui perdiderit animam suam Propter me, inveniet eam. Et dans le cours des temps, les saints l’ont répétée, confirmée, commentée.

    Caro non prodest quidquam ; spiritus est qui vivificat Quis me liberabit de corpore mortis hujus ? Saint Jean et saint Paul n’ont pas eu l’intention d’établir une thèse, ils n’ont pas rencontré cette vérité dans les défilés tortueux d’une argumentation subtile, mais dans la seule contemplation du Maître qui pro nobis mortuus est, et resurrexit. Saint Paul se vante de ne pas savoir autre chose que Jésus crucifié : la science du Divin Crucifié, tel est en effet le secret de la sainteté qui peut aussi se trouver à tous les âges, dans toutes les conditions.

    Mais pour rassurer les raisonneurs, Dieu a pourvu son Eglise de saints raisonneurs, et cela était nécessaire, Car, si on peut être uni à Dieu sans faire de syllogisme, on ne peut être bon catholique si l’on soutient que l’acte de foi est une négation de la raison. Dieu a toujours donné à son Eglise des philosophes, défenseurs infatigables de nos raisons de croire et qui nous expliquent les apparences troublantes de ce paradoxe fondamental qui nous invite à chercher la vie dans la mort.

    C’est ainsi que saint Thomas nous enseigne que les degrés de vie marquent aussi les degrés d’être. Or il semble que c’est une loi universelle que le degré supérieur “mortifie” le degré inférieur pour en faire un élément de sa vie. La terre s’appauvrit, s’épuise et meurt pour la plante. L’animal “mortifie” la plante pour vivre ; l’homme sacrifie l’animal et toutes les vies inférieures pour entretenir sa propre vie.

    La destinée de l’homme est surnaturelle et consiste dans l’union à Dieu, dans la vision béatifique.

    Dieu n’a pas besoin de l’homme pour sa vie, mais si l’homme veut parvenir à cette assimilation par Dieu et en Dieu qu’est la vie éternelle, il est juste que par un acte libre il paie son tribut à la loi qui semble régir les relations vitales de tous les êtres. C’est pourquoi Dieu, avant de “saisir” l’homme pour la vision éternelle, le “mortifie” dans ses deux facultés les plus nobles : l’intelligence est mortifiée par la foi, la volonté par les préceptes.

    Là est tout le secret du christianisme, le pourquoi de la Rédemption, là le sens de la vie et le goût de la mort.

    ITANASIA



    1929/641-644
    641-644
    Anonyme
    France
    1929
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