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Pensées pour la retraite du Mois : ''l’indifférence intellectuelle'' 7

Pensées pour la retraite du mois òòòòò L’indifférence intellectuelle. La curiosité de l’esprit est innée dans l’homme : Curiosum nobis natura dedit ingenium, a dit Sénèque. Cette curiosité, qui a sa source et son principe dans notre nature intelligente, est un penchant universel, irrésistible, mais l’éducation et l’habitude peuvent et doivent diriger, développer ou spécialiser ce penchant en lui donnant des objets dignes de nous.
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    Pensées pour la retraite du mois

    òòòòò

    L’indifférence intellectuelle.

    La curiosité de l’esprit est innée dans l’homme : Curiosum nobis natura dedit ingenium, a dit Sénèque.

    Cette curiosité, qui a sa source et son principe dans notre nature intelligente, est un penchant universel, irrésistible, mais l’éducation et l’habitude peuvent et doivent diriger, développer ou spécialiser ce penchant en lui donnant des objets dignes de nous.

    Cette curiosité innée pousse l’homme à élargir toujours de plus en plus le domaine de ses connaissances. Il va sans dire que, pour un prêtre, cette curiosité devient un élément indispensable à son zèle et à sa piété. Pour nous la science doit être, en effet, l’étude admiratrice des œuvres de Dieu, et les œuvres de Dieu, qu’elles soient matérielles ou qu’elles soient spirituelles, sont toutes admirables, car elles proviennent toutes de l’infinie sagesse et de l’infinie puissance ; toutes sont donc dignes d’étude.

    Or il est regrettable de constater souvent une étrange indifférence intellectuelle chez des hommes qui, par éducation et par vocation, sembleraient devoir être enthousiastes de la vérité que révèlent les œuvres extérieures de Dieu. Que dirait-on d’un missionnaire qui, avec un léger bagage de philosophie bien peu approfondie et autant de théologie vaguement possédée, ne semblerait s’intéresser à aucune science, ne ferait par principe aucune lecture des sciences expérimentales ? Parfois même, on chercherait en vain le moindre livre de littérature dans la bibliothèque de certains missionnaires. Tout cela sous le prétexte que l’on est absorbé par le ministère. Ce prétexte est souvent vrai. Cependant, tout esprit amoureux de la vérité trouve le temps et le moyen de s’en nourrir. Toute œuvre humaine, pour réussir, doit être adaptée au temps, au milieu, à ces multiples circonstances qui, en ce monde, changent si rapidement.

    L’évangélisation est une œuvre à la fois divine et humaine. Pour sauver les hommes, Dieu se sert des hommes. Dans le siècle où nous vivons, quelle est, vis-à-vis des sociétés chrétiennes et payennes, la situation morale de ceux qui ont l’honneur d’être les instruments de Dieu dans l’œuvre de l’apostolat ? Cette question est exposée d’une manière superbe par un écrivain de haute expérience, dans le “Correspondant” du 10 juin 1928, p. 675.

    “En prenant la situation du point de vue humain, on ne saurait s’attendre à des conversions populaires ou de foules, si les gens instruits, les intellectuels, les savants et artistes ne montrent pas la route. Il en va ainsi, je crois, à travers tout l’univers moderne, où le prestige de l’instruction et de la science est si grand que les classes illettrées ou peu lettrées restent fascinées par ce que pensent, disent, affirment les savants, les littérateurs, les artistes. En effet, grâce au journal, à la radio, aux livres à bon marché, les opinions et jugements des élites intellectuelles sont sans cesse répandus parmi les foules. Ce que Pasteur, Einstein, Edison, Rodin, etc.... pensent et disent de la religion a incomparablement plus d’importance pour la masse que le sermon vaguement écouté le dimanche. D’où cette règle générale que, pour “tenir” fortement et longtemps des masses humaines, une religion a besoin d’entretenir des relations intimes, cordiales avec l’élite intellectuelle.,. Pour ne l’avoir pas fait, les Eglises protestantes ont détaché d’elles presque tous les intellectuels américains, et les foules se mettent à suivre les intellectuels”.

    Ces réflexions contiennent une grande part de vérité. Nous ne sommes plus au Moyen-Age, où la philosophie d’Aristote ou de Platon suffisait à captiver les intellectuels. Que ferait St Thomas si, par miracle, il renaissait au XXe siècle ? Sans nul doute, il se mettrait au niveau de ses contemporains, il suivrait le mouvement intellectuel et scientifique qui, de nos jours, entraîne le monde avec une vitesse vertigineuse. Avec sa claire et vaste intelligence, il s’intéresserait à toute science, car toute science peut apporter son concours à la religion. Notre St-Père Pie XI n’a-t-il pas déclaré un jour que si St Paul revenait au monde, il serait sûrement journaliste ?

    Toutes ces réflexions s’appliquent surtout aux pays d’Europe et d’Amérique, mais qui oserait dire que le même problème ne se pose pas plus ou moins dans les pays de missions ? Or l’indifférence intellectuelle est sans contredit un mal des missions. Assurément il ne faut pas exagérer. Les goûts diffèrent selon les caractères ; n’aime pas qui veut, par exemple, les sciences expérimentales ; il faut certaines aptitudes naturelles pour s’y spécialiser.

    Mais il ne s’agit pas de se spécialiser. Pour nous, prêtres, il n’y que deux sciences qui nous soient strictement spéciales : la philosophie et la théologie. Outre ces deux sciences, tout prêtre cultivé, ainsi qu’il convient à son caractère sacerdotal, doit posséder certaines notions élémentaires des autres sciences. Au moyen de ces notions, il deviendra capable de comprendre les ouvrages de vulgarisation scientifique, ouvrages dans lesquels se trouvent mis à la portée des profanes les résultats des travaux compliqués des savants.

    Ceci est nécessaire ; notre situation sociale au XXe siècle l’exige. Pour être justes, ajoutons cependant que la rigueur de cette obligation n’est pas la même partout. Un pays tel que le Japon, couvert, dit-on, d’universités et d’écoles supérieures, exigera sans doute plus que la Polynésie, la Patagonie, le Maroc ou le Congo. Cependant même nous, missionnaires de Chine et des Indes, nous sentons que ce siècle brêle d’une fièvre ardente. Partout le monde moderne semble pris de vertige, se laisse entraîner, comme dans un tourbillon, par les progrès de la science.

    Bref, le travail d’évangélisation est devenu un travail singulièrement complexe et difficile.

    Et que l’on ne vienne pas objecter qu’il est néfaste de disperser ainsi ses efforts intellectuels à étudier des choses inutiles. Sans doute, il y a des prêtres qui ont passé toute leur vie à méditer l’histoire ou les Pères de l’Eglise ; sans doute, par ce contact intime avec la tradition, ils ont atteint à une hauteur de vie morale peu commune ; mais ils sont eux aussi des spécialistes. Par une grâce spéciale et des dispositions naturelles, ils ont su se former une vue synthétique de toute la patristique ; dans cette synthèse ils ont renfermé toute la psychologie humaine et tout ce qui est nécessaire à la vie spirituelle comme à l’instruction des fidèles. Mais il serait puéril de croire que tout prêtre peut et doit arriver à cette assimilation. Beaucoup, du reste, n’ont ni le goût, ni l’esprit de suite nécessaires pour atteindre à cette vaste synthèse, pour l’atteindre, dis-je, au point d’y trouver tout ce que réclament les temps présents.

    Dans le travail qui doit éclairer notre zèle, il faut savoir éviter avec soin cette manie que j’appellerai “la phobie des innovations”. Il n’est pas impossible, en effet, de trouver des prêtres qui connaissent le Bullaire des “temps antiques” ou certains articles synodaux branlant de vétusté, beaucoup mieux que les dernières encycliques du Souverain Pontife. Pour tout ce qui est de la méthode d’apostolat, n’avons-nous pas intérêt à suivre toujours les directions pontificales actuelles, plutôt que d’aller chercher dans des règlements, faits pour d’autres temps et d’autres lieux, la confirmation de notre inguérissable routine ?

    ITANASIA


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    Il n’existe pas d’antagonisme réel entre Dieu et la nature, entre l’âme et la matière, entre la révélation et la science, nous pouvons affirmer que l’antagonisme apparent vient de nos appréhensions, non pas des choses elles-mêmes, et que, par conséquent, la conciliation doit être demandée à des esprits qui aient reçu une instruction approfondie. Rien n’est dangereux comme une science superficielle. Ceux qui savent peu et mal ne voient que leur science, si tant est qu’elle mérite ce nom, et ils ne se doutent même pas de leur ignorance sans limites. Plus est restreint le cercle de nos idées, plus nous sommes obstinés dans nos opinions, et c’est toujours le moins compétent qui cherche des querelles aux autres ; quand on est capable d’un travail sérieux, on se contente de l’accomplir ; on n’a pas le temps de discuter. Celui qui sait ce que c’est que la méthode et qui est familiarisé avec les chefs-d’œuvre, n’attache pas plus d’importance qu’il ne faut à sa propre opinion. Une sorte de pudeur l’éloigne des vaines et amères controverses : il estime que de se fâcher ne prouve rien.

    Mgr Spalding



    1929/385-389
    385-389
    Anonyme
    France
    1929
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