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Pensées pour la retraite du mois 9

Pensées pour la retraite du mois JÉSUS ET LORAISON LE MISSIONNAIRE ET LA PRIÈRE
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    Pensées pour la retraite du mois

    JÉSUS ET LORAISON
    LE MISSIONNAIRE ET LA PRIÈRE

    En tant quhomme Jésus a prié. Lâme du Christ sest portée sur les sommets de la vision béatifique et a contemplé Dieu face à face. Elle y était entraînée par elle-même, sans cet attrait de la grâce indispensable à toute créature. Subsistant dans le Verbe, soutenue par Lui, lâme de Notre-Seigneur éleva sa face vers la face divine et cest en ce sens que le Maître a pu dire à Nicodème : Nul nest monté au ciel, cest-à-dire ne sest élevé jusquà Dieu, si ce nest celui qui est descendu du ciel, le Fils de lHomme qui est dans le ciel (Jean III, 13).

    Dès le premier instant de sa conception, Jésus contemple Dieu, sans quaucune des richesses de la création ou des créatures laide dans son ascension. Comme lassure Isaïe (LXIII, I) le Christ se redresse dans la plénitude de sa force.

    Mais il est des instants dans la vie de Jésus, où la contemplation de la vision béatifique laisse subsister cette oraison de contemplation expérimentale et acquise, vers laquelle peut tendre toute âme créée prévenue par la grâce. Cest celle où lhomme et le monde révèlent Dieu et ses perfections à Jésus-Christ. En ce sens, Notre-Seigneur reste le premier et le plus grand des philosophes et des mystiques. Platon, Aristote, saint Thomas, balbutient dans leurs uvres, et le Saint dAssise, la Vierge dAvila ou Catherine de Sienne ne répandent que dobscures clartés en comparaison des fulgurantes lumières du Christ. Il est alors le maître de loraison, de cette oraison qui le rend plus proche de Dieu quaucun Chérubin, quaucun Séraphin, que la Vierge, sa Mère, elle-même.

    Puis, pour Jésus comme pour tout homme, se présenta certainement lheure de la prière de demande, celle que saint Paul spécifie par les ternies obsecrationes, postulationes. Jésus pria la bonté et la miséricorde de Dieu de se manifester, obsecrationes ; il lui présenta des demandes tant pour lui-même que pour les siens ou le monde, postulationes. Nous voyons Jésus demander que le calice séloigne de lui, que la foi de Pierre ne défaille point, que ses disciples soient sanctifiés dans la vérité, que Lazare ressuscite, etc. A son gré, sans doute, le Maître agit sur la loi de la prière, car il nest pas un impuissant ; mais, sil prie, cest quil veut surtout constater lui-même devant Dieu et faire constater devant les hommes lorigine gratuite et surnaturelle de sa toute-puissance comme instrument du Verbe.

    Enfin Jésus prie pour rendre grâce à Dieu son Père des bienfaits quIl lui accorde et quIl répand aussi sur lhumanité. Au milieu des difficultés de son apostolat, Notre-Seigneur remercie sans cesse pour les plus humbles bienfaits accordés par son Père à quelque membre de son corps mystique ; plus encore il le remercie des dons divins quIl lui a prodigués, dons quil reconnaît infinis dans la plénitude de sa conscience.

    A lexemple de Jésus, nous, missionnaires, prions. La vie intérieure, et donc éminemment la prière, est lâme de tout apostolat.

    Sans doute nous ne pouvons en aucune façon prétendre à cette contemplation de lessence divine réservée à un Dieu humanisé, à un homme déifié, à Jésus-Christ. Lunion hypostatique accordée à la nature humaine du Christ implique cette vision de lessence divine ; mais la grâce sanctifiante, grâce dadoption, peut nous élever à la contemplation acquise.

    Sans nous étendre davantage sur les différentes théories de prières, concluons que nous devons avoir lhabitude de la prière, et recherchons plutôt dans lEvangile les divines paroles qui nous incitent à la pratique de la prière. Veillez et priez. Il faut toujours prier et ne jamais se lasser. Priez, dira Jésus jusque dans son agonie, pour ne point succomber à la tentation. Le Christ lui-même voudra nous enseigner une formule de prière, le Pater. Oui, le Pater, le type idéal de la vraie et bonne prière, que les Apôtres firent réciter aux premiers chrétiens, les premiers chrétiens à leurs enfants, et qui, de génération chrétienne en génération chrétienne, parvint jusquà nos mères, desquelles nous lavons appris à notre tour ; le Pater, ce fut Jésus qui lenseigna à ses Apôtres, en même temps quà une foule dautres auditeurs, au cours du Sermon sur la montagne.

    Voilà bien, certes, la plus merveilleuse et la plus efficace prière pour nos curs et nos lèvres de missionnaires : Père, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive ; donnez-nous aujourdhui notre pain de chaque jour. Remettez-nous nos péchés, puisque nous remettons, nous aussi, à quiconque nous doit ; et ne nous induisez pas en tentation. En quelques phrases, Jésus a condensé sa pensée sur la prière, qui nest composée ni de sensiblerie, ni de verbiage, ni de menues pratiques, ni dallures mystiques, mais tout imprégnée de confiance en Dieu le Père et basée sur le dévouement envers le prochain. Union de notre âme à Dieu, donation fraternelle de notre âme au prochain : voilà les deux pôles de la prière sacerdotale.

    Par le Baptême notre âme fut unie à Jésus-Christ; par lOrdre nous sommes devenus dautres Christs. Cest dans le prêtre que saffirme le Ego in vobis. Jésus devient alors le centre de notre vie intérieure ; il prend notre humanité tout entière pour la dédier à son Père et pour lemployer à sa gloire. Le Verbe opère en nous par le Saint-Esprit et, nous ayant surabondamment irradiés de grâces, il veut que nous les diffusions sur autrui, sur ceux-là mêmes quil nous a confiés. De là vient que plus nous serons unis à Jésus, plus nous pourrons communiquer à nos frères les dons célestes. Jésus a prié pour le prêtre plus que pour quiconque, car il savait que son ministre est en réalité comme son extension morale sur les âmes. Un prêtre saint fera le peuple fidèle aux lois divines, mais il ne rayonnera par sa sainteté quen prêtant loreille à la voix de lAmi divin caché dans lEucharistie, aux battements du Sacré-Cur, aux suprêmes paroles du Crucifié.

    Malheureusement il semble que notre époque respecte peu le silence intérieur du missionnaire parlant à Jésus et de Jésus aux âmes. Est-il rare de voir chez certains laction passer avant la prière ? Attende tibi, recommandé saint Paul à Timothée. La sanctification personnelle acquise par lesprit de prière prime tout, et négliger son salut pour soccuper dabord de celui dautrui est un déplorable abus. Nous sommes au siècle de lactivité fébrile, de la vie naturelle intense, du modernisme pratique : plus que jamais tenons-nous fermes dans les sentiers qui conduisent à la solitude avec Jésus et ne descendons dans les arènes humaines que revêtus de larmure de la prière.

    Comme bouquet spirituel de notre Retraite, méditons cette parole des Apôtres : Nos autem orationi et ministerio verbi instantes erimus. Prions dabord, ardemment, persévéramment. Et des pluies de grâces embaumeront, comme des pluies de roses, notre apostolat quelles sanctifieront.

    SACERDOS.



    A nous, prêtres et pasteurs, incombe le devoir de prêcher la vie chrétienne.

    Vous prêchez la morale ; vous la prêchez sous forme négative, provoquant à la lutte contre les vices et les passions, trop peu sous forme positive par des exhortations à la pratique du bien. La morale de vos sermons et du confessionnal est trop la morale du devoir, des vertus, trop peu la charité surnaturelle répandue par lEsprit-Saint dans les âmes baptisées, confirmées, alimentées par la Sainte Eucharistie. Vous demandez aux âmes limpossible, parce que la vertu, sans la grâce, est pratiquement impossible. Cest le Christ quil faut donner, cest Lui, son Evangile, les richesses de sa grâce, sa présence et celle du Saint-Esprit dans lâme, la prière intérieure, la paix et la toute-puissance dans lunion divine : cest cela quil faut prêcher.

    Vous ne prêchez pas assez le dogme. Vous parlez de Dieu, mais cest lEtre suprême, son infinie Majesté, sa Providence, sa Sainteté, sa Justice, sa Miséricorde, que vous faites adorer : le Dieu de la raison humaine, de la philosophie, devant lequel Jean-Jacques Rousseau, Victor Cousin, Jules Simon sinclinaient avec respect. Mais le Dieu de notre foi révélée : la fécondité interne de la Divinité, les Processions divines, la Mission du Christ par son Père, la Mission invisible du Saint-Esprit par le Père et le Fils dans les âmes ; les attributs caractéristiques de chacune des Personnes divines, leur contribution respective à la réalisation du plan surnaturel ; lhabitation de la Très Sainte Trinité en nous et notre union à Elle par la grâce sanctifiante, quand et avec quelle précision et quelle chaleur en parlez-vous en chaire, au catéchisme, dans vos directions spirituelles ?...

    LEvangile est ce quil est. Vous navez pas un iota à y changer. Vous navez rien à lui substituer. Il faut le prendre, y croire, le prêcher tel quil est.

    Si vous êtes réfractaire à ma parole, vous récusez lEvangile, vous manquez de foi : vous navez pas la foi à la vertu de la grâce dans lâme du baptisé ; vous navez pas la foi à la divinité de votre mission.

    Card. MERCIER.


    1923/595-599
    595-599
    Anonyme
    France
    1923
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