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Pensées pour la retraite du mois 9

Pensées pour la retraite du mois Saint Joseph, Patron des Âmes Intérieures. Si lon admet que la vie intérieure consiste principalement dans labstraction du monde pour sunir à Dieu, St Joseph remplit éminemment ce double objectif et doit être regardé comme le Patron des âmes intérieures.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Saint Joseph, Patron des Âmes Intérieures.

    Si lon admet que la vie intérieure consiste principalement dans labstraction du monde pour sunir à Dieu, St Joseph remplit éminemment ce double objectif et doit être regardé comme le Patron des âmes intérieures.

    Toute sa vie, Joseph vit caché, obscur, sans titre, dans une retraite absolue. Il sabaisse et se tient dans lombre chaque jour de son existence, tandis quil exalte et place en avant Jésus et Marie en tous lieux. Il ne semble pas non plus quil se soit jamais donné la peine de cueillir ces joies humaines dont, hélas ! beaucoup sont friands. Joseph est père de famille, il sen réserve soucis et tracas. Puis, nul en Judée dabord, nul en Egypte, nul en Galilée plus tard, ne le connaîtra que comme un pauvre artisan. A personne ne viendra lidée de le regarder comme un grand de ce monde, ni même, durant des siècles, comme un saint et le plus grand des saints. Son rang social est médiocre, démocratique, ce qui ne signifie pas sans dignité ni noblesse. Le charpentier galiléen donne lexemple dune vraie grandeur en accomplissant son labeur quotidien, mais la religion juive, qui penche déjà vers son déclin, se soucie peu de cet exemple. Joseph, fidèle adorateur du vrai Dieu, peut même passer alors, aux yeux de certains observateurs de la Loi, comme un fanatique, car beaucoup de ses coreligionnaires sen tiennent à la lettre qui tue, aux phylactères et aux observances extérieures. Il connaît la nécessité du silence et lEvangile nous en donne un témoignage authentique en nenregistrant aucune de ses paroles. Nul résumé, si succinct soit-il, ne nous est parvenu de ses conversations avec Jésus et Marie, les Mages et les Bergers, ni même avec les Anges qui lui transmirent les décrets divins. Joseph marche en silence devant Dieu et devant les hommes. La terre nest pour lui que solitude ; il vit avec la vision dune autre région, où sépanouira totale son union avec Dieu.

    Du moins sunit-il, en effet, le plus possible durant son pèlerinage terrestre avec son Jésus. Il ne vit que pour Lui. Avant la naissance de Jésus, Joseph sera dans langoisse de lui trouver un asile. Puis, pour le sauver dHérode, il franchira le désert et sexilera. A Jérusalem, durant trois longs jours, ses pleurs seront intarissables à la pensée de la perte de Jésus. Cest pour Lui toujours quil travaillera jusquà sa mort, heureux de dépenser à son service, ses forces, ses veilles, son existence toute entière. Il ne vivra jamais que par Lui. Toutes ses actions seront faites en union avec Jésus-Christ. Qui sait si cet admirable discours après la Cène neut point ses premiers délinéaments dans une causerie suave entre Jésus et Joseph ?.. Demeurez en moi et faites que, moi aussi, je demeure en vous ! De même que le rameau ne peut porter de fruits par lui-même sil ne demeure sur la vigne, ainsi, vous non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les rameaux ; celui qui demeure en moi et moi en lui porte beaucoup de fruits, car sans moi vous ne pouvez rien faire... Il est certain que Joseph ne vivra jamais quavec Jésus. Il ne le quittera ni jour ni nuit. Il sera son compagnon de travail, de récréation, de repas, de sommeil. Durant toutes les heures de sa vie, le Chef de la Sainte Famille contemplera son Jésus, létudiera, le consultera et conformera sa conduite à la sienne. Père par son esprit et son cur, il revêtira autant que possible la forme de son Fils. Jésus sera son modèle, et leurs sentiments, leurs pensées, leurs affections et leurs désirs sidentifieront jusquà lextrême : Cor unum et anima una.

    Devant ce chef-duvre de la vie intérieure quest St Joseph, chef-duvre dont nous navons dévoilé que très imparfaitement quelques traits, comme il nous sera facile, à nous missionnaires apostoliques, davouer que nous ne sommes que de grossières copies. Entraînés par ce que Pascal appelle le divertissement, cest-à-dire par lagitation extérieure, les visites, nos allées et nos venues même apostoliques, comme nous pouvons et comme nous devons pleurer sur notre vie tourbillonnante, si nous ne lunissons profondément à Dieu. Nallons pas objecter que nous navons plus le temps de prier, car ce serait avouer que nous éteignons notre foyer dapostolat dont le combustible est la prière. Notre apostolat sactionne par la prière. Moïse prie sur .la montagne, et ses mains levées enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent, dit Bossuet. Geneviève prie pour Lutèce endormie et la sauve des barbares. Les hommes batailleront, disait Jeanne dArc, mais Dieu seul donnera la victoire. Prenons la peine de méditer cette note personnelle de retraite de Mgr Dupanloup : Jai une activité terrible, qui ruine ma santé, trouble ma piété et ne sert pas à ma science. Cest à régler. Dieu ma fait la grâce de reconnaître que ce qui soppose surtout en moi à létablissement dune vie intérieure paisible et fructueuse, cest lactivité naturelle et lentraînement des occupations. Jai reconnu en outre que ce défaut de vie intérieure est la source de toutes mes fautes, de mes troubles, de mes sécheresses, de ma mauvaise santé. Il est de notre devoir, sans doute, de parler et de prêcher, de montrer la voie, dagir, déclairer et dinstruire, mais, ne loublions pas, cest Dieu prié et supplié qui touche les âmes, les féconde. les arrose de sa grâce et les convertit. Par ailleurs, nous vivons angoissés par la question matérielle. Joseph eut ces angoisses. Nous vivons persécutés : Joseph le fut. Confions-lui nos peines et nos douleurs. Comme lui, de même travaillons. Il est de pratique, en certaines régions dAsie, que le prince ou son délégué trace le premier sillon avant dy jeter la semence, pour inspirer au peuple lamour de lagriculture : traçons les premiers, nous aussi, nos sillons, labourons notre terre, travaillons. Le travail est une forme de la prière et de lactivité pastorale. Mais que notre travail soit recueilli. La meilleure préparation à un excellent sermon est une excellente méditation, a-t-on dit. Elisabeth Leseur ajoute : La méditation prépare le labeur du jour. Etre seul à seul avec Dieu nous aide à être ensuite au milieu des hommes, et à leur distribuer un peu de notre provision matinale. Le don de soi est plus facile, lorsque lâme a refait sa provision intérieure. La carmélite en sa cellule convertit parfois plus dâmes que le missionnaire de la brousse. Lidéal est lunion de la vie contemplative et active, celle-ci procédant de celle-là. Encore une fois, prenons modèle sur Saint Joseph. Sa vie intérieure informait sa vie extérieure. Il rayonnait dhumilité, de bonté, de douceur, accomplissant luvre de Dieu avec zèle et en silence. Il fut lhomme intérieur par excellence, habitué constamment à recourir à Dieu, puisant son énergie dans le Cur de son Divin Fils. Allons donc nous aussi à la source et fécondons notre apostolat par loraison. Soyons des besogneux, des sacrifiés et des humbles. Allons à Joseph, intendant des richesses surnaturelles. Offrons-nous, comme lui, en hosties perpétuelles. Soyons, nous aussi, des hommes de vie intérieure, respirant une atmosphère divine. Quand nos âmes seront pleinement détachées des créatures, alors elles se porteront naturellement vers les cimes de la sainteté, vers Dieu dont elles jouiront toute léternité.

    SACERDOS.

    Rome le 1 Août 1928.

    1928/513-516
    513-516
    Anonyme
    France
    1928
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