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Pensées pour la retraite du mois 9

Pensées pour la retraite du mois  PENSONS A NOTRE MORT. Après quune main dami ou détranger nous aura recouverts dun modeste suaire, après quun voile de terre nous aura séparés, comme un écran, du kaléidoscope humain, ne sera-ce pas vraiment pour nous la mort ? Prenons quelques instants sur notre temps actuel pour penser à notre mort.
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    Pensées pour la retraite du mois

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    PENSONS A NOTRE MORT.

    Après quune main dami ou détranger nous aura recouverts dun modeste suaire, après quun voile de terre nous aura séparés, comme un écran, du kaléidoscope humain, ne sera-ce pas vraiment pour nous la mort ? Prenons quelques instants sur notre temps actuel pour penser à notre mort.

    Le missionnaire voit souvent la mort, quelle soit violente ou naturelle ; mais peut-être ne réfléchit-il que transitoirement à la sienne. Et pourtant ! Lorsque fatigué, le soir, du fardeau des affaires et las dinquiétudes, il va prendre son repos, que ne songe-t-il à la tombe, le vrai lit de repos ? Il arrivera un jour, proche ou lointain encore ? Dieu seul le sait, où nos membres ne se détendront plus, où nous ne pourrons plus, un matin, secouer notre torpeur et triompher dune involontaire inertie. Car enfin la terre ne peut être notre demeure permanente ; nous avons beau nous duper sur nos forces, en être fiers, nous devrons bon gré mal gré, redevenir humbles humiles, humi acclives ; gagner, comme tout le genre humain, le dortoir de ceux qui se reposent de leurs travaux, comme parle lApocalypse (XIV, 13).

    Sachons-le bien, dailleurs, cette tombe, où nous reposerons à lheure providentielle, nest quun berceau. Nous naîtrons alors à une vie nouvelle, vie splendide et définitive damour, quand bien même Dieu se cacherait à nous pour un temps et nous imposerait des peines purificatrices. LEglise ne chante pas, en effet, la mort de ses enfants, elle exalte leur naissance au ciel, tellement que lorsquil sagit de la mort du Christ, de Celui qui sest fait chair, elle nhésite pas à lappeler le Premier-Né dentre les morts !

    Sans doute jusquà cette nouvelle naissance, jusquà

    Ce jour qui donne au cur ce que le cur désire,
    Qui brise lesclavage et rend la liberté !
    Le beau jour du combat que le triomphe achève,

    nous devons songer à vivre et à faire vivre. Mais ne soyons pas du nombre de ceux (sil en est) qui croient que la pensée de la mort supprime toute activité, toute énergie. Pourquoi notre impulsion vitale se ralentirait-elle ? Pourquoi notre raison se troublerait-elle ? La mort du juste nest que le rapprochement de la créature vers son Créateur, le retour de lenfant vers son Père.

    Rares évidemment, hélas ! sont les consciences satisfaites delles et sûres davoir précisément rempli leur devoir, davoir parfaitement accompli le divin programme dune vie humaine. Nul être ne savoue présomptueusement digne de léternel Amour, nul ne se flatte de franchir immaculé le dédale poussiéreux de la vie ;. mais confiance ! confiance surtout pour nous, missionnaires !

    Tous, à certaines heures de notre existence, nous avons trempé nos lèvres au calice du Christ Lui-même ; tous nous avons comme le Maître souffert physiquement et moralement ; tous, en pleine vie, nous avons goûté la mort ! Que craindrions-nous donc ? Ni pour la joie, ni pour la souffrance, le disciple ne saurait être au-dessus du Maître. Après les frémissements de lagonie, Jésus sest redressé dans son Fiat : aujourdhui même clamons le nôtre !

    Détachons-nous dès maintenant de lor qui fascine, des applaudissements qui grisent, des jouissances intellectuelles, si nobles pourtant, mais souvent si vaines, pour nous attacher à la Croix !

    Si nous sommes tentés de souffrir prématurément de loubli qui couvrira si vite notre personnalité défunte, qui sattachera même à nos uvres, fussent-elles dignes dêtre séculaires, pensons avec amertume au grand Méconnu de nos églises, au sublime Prisonnier de nos tabernacles. Du fond de sa volontaire retraite, Jésus voit les mortels sétourdir de sollicitudes et de plaisirs, comme sils voulaient fuir toute pensée doutre-tombe. Oh ! nous, du moins, ne recherchons pas lagitation ; allons plutôt vers le divin Oublié, allons Lui offrir notre corps et notre âme en immolation, allons dormir auprès de Lui dun sommeil dineffable paix.

    Chaque jour que Dieu nous octroie nest quun sursis dappel : préparons-nous à répondre, sans peur comme sans reproche, à la voix connue du Chef : Présent !

    Je suis présent, ô Christ, les mains pleines de fruits de salut ; je suis présent, ô Christ, le cur réconforté du saint viatique ; je suis présent, ô Christ, lâme libre de toute attache, heureuse de quitter sa livrée corporelle, de sortir définitivement des tranchées humaines et, victorieuse, dêtre couronnée par vous, Ô Christ bien-aimé, pour léternité !

    SACERDOS.


    1922/581-583
    581-583
    Anonyme
    France
    1922
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