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Pensées pour la retraite du Mois : “Marotte” 1

Pensées pour la retraite du dois òòòòò “Marotte”
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    Pensées pour la retraite du dois

    òòòòò

    “Marotte”
    Omnia omnibus ! Quel est celui d’entre nous qui, entrant dans l’apostolat, n’a pas rêvé de mettre en pratique ce précepte de St Paul ? Se faire tout à tous ! Oh ! la jolie formule, facile à dire, douce à entendre, souvent répétée et, hélas ! peu pratiquée ! L’examen de conscience et la réflexion nous apprennent qu’en fait ce précepte est très difficile, parce qu’il résume toutes les vertus. Se faire tout à tous équivaut à peu près à la formule : être un saint. Pour que ce mot de St Paul exerce en nous une influence appréciable, il est nécessaire de le dépouiller de son caractère abstrait et universel ; ainsi peut-être il pourrait devenir hic et nunc, in concreto, la lumière de nos actes. Il faudrait que chacun de nous, après analyse de ses qualités et de ses défauts, trouvât pour soi-même une application de ce “tout à tous”.

    Les applications en sont innombrables ; de là vient la difficulté que l’on éprouve à développer cette pensée, qui, au premier abord, paraît d’une simplicité presque vulgaire.

    Loin de nous la prétention d’expliquer en quelques pages toute la richesse morale de ce mot superbe, qui résonne comme un air de victoire. Nous voudrions simplement considérer ce qui nous paraît être le principal obstacle à la réalisation de l’idéal contenu dans ces deux mots : Omnia omnibus.

    Pour éviter des analyses psychologiques longues et fastidieuses, disons d’un seul mot qui n’est peut-être pas très académique, mais qui sera compris de tous : le principal obstacle est la “marotte” (au sens ordinaire et non pas primitif). — Que voulez-vous ? chacun a sa petite marotte, disent les gens simples de “chez nous” ! — Et ne pourrions-nous pas dire, nous aussi, que, dans la vie apostolique, bien des malentendus, des petites misères, bien des difficultés pourraient se décrire de ce seul mot : chacun de nous a sa petite marotte.

    Il ne faut pas confondre idéal et marotte. Avoir un idéal est nécessaire ; l’idéal n’est pas autre chose qu’une belle idée qui entraîne la volonté, enflamme le zèle, réclame la réalisation. L’idéal en soi ne gêne pas le prochain, car, en principe, il est large, dépasse le cercle des petites passions et domine les multiples incidents de la vie quotidienne.

    La marotte, au contraire, accompagne nos actes, parfois nos gestes : elle s’accroche comme une glu à toute notre activité, et c’est pourquoi elle est un danger et crée un obstacle au développement de la charité en nos cœurs. Ecoutons La Bruyère : “Appellerai-je homme d’esprit celui qui, borné et renfermé dans quelque art, ou même dans une certaine science qu’il exerce dans une grande perfection, ne montre hors de là ni jugement, ni mémoire, ni vivacité ; qui ne m’entend plus, qui ne pense plus, et s’énonce mal ; un musicien, par exemple, qui après m’avoir enchanté par ses accords semble s’être remis avec son luth dans un même étui, ou n’être plus sans cet instrument qu’une machine démontée, à qui il manque quelque chose et dont il n’est plus permis de rien attendre? ”

    Voilà, ce nous semble, une question pratique à méditer. Après de longues années de Mission, souvent passées dans un certain isolement, nous éprouvons tous plus ou moins les méfaits de la “spécialité” que nous nous sommes créée, en un mot de la “marotte” .

    C’est là un point qui ne doit pas échapper au contrôle de notre vie spirituelle et, si nous réfléchissons tant soit peu, nous constaterons que souvent nous n’avons pas su observer la charité, la condescendance et cette vertu que St François de Sales appelle “bonne conversation”, à cause de cette marotte qui détruit l’harmonie de notre être, dès que, pour une raison ou pour une autre, nous devons “la mettre en étui”.

    La marotte est cause de l’entêtement, et l’entêtement détruit la charité fraternelle. Chacun de nous a certes ses goûts personnels ; ses tendances et les désirs du bien revêtent chez les ouvriers apostoliques des formes et des nuances variées à l’infini. Comme on se trouve bien, cependant, de renoncer parfois, par un acte de volonté, à ses goûts personnels, à ses opinions, pour sauver la charité, garder la patience et être bon ! Caritas patiens est, benigna est...

    Le sacrifice de nos désirs les plus intimes est toujours très sanctifiant pour nous-mêmes, s’il met en nos âmes un peu de bonté. L’homme est bon dans la mesure où il s’oublie, où il se donne, où il se sacrifie pour le bien de ses frères.

    Ne jamais céder sur telle ou telle question, vouloir toujours d’une façon ou d’une autre imposer sa volonté ou son opinion ; sous prétexte de zèle, se moquer du qu’en dira-t-on, jusqu’au jour, où, avec des allures de victime, l’on se plaint amèrement de l’indifférence ou de la mésestime du prochain : tel est le procédé ordinaire de la marotte. Ce petit tableau se voit souvent dans le monde et il n’est pas impossible d’en trouver des miniatures dans le milieu sacerdotal. D’aucuns le décriraient avec des mots terribles de : passion diabolique, jalousie, orgueil, ambition. Non, tout cela nous paraît exagéré. Il n’y a pas tant de malice que cela dans l’homme ; et, si nous parlons des milieux apostoliques, on n’y trouverait pas ces passions viles et dégradantes. Mais voilà, on a sa “marotte”, dont on ne peut plus se séparer, qu’on ne sait pas oublier quand il le faudrait, et qui empêche d’être tout à tous. Pour un entêtement banal, on perd la douceur, la bénignité. Sachons donc mortifier nos goûts, nos désirs, nos tendances, pour entretenir la sympathie mutuelle.

    Idipsum pro invicem sollicita sint membra, et si quid patitur unum membrum, compatiuntur omnia membra : sive gloriatur unum membrum, congaudent omnia membra (I COR. XII, 25-26).

    La simplicité et l’humilité sont nécessaires à tous, mais particulièrement iis qui videntur aliquid esse (GAL. II, 6).

    Non potest oculus dicere manui : opera tua non indigeo ; aut iterum caput pedibus : non estis mihi necessarii (I COR. XII, 21).

    Nous sommes tous membres d’un même corps. Aucun de nous n’est parfait ; en d’autres termes : nous avons tous besoin les uns des autres. Arrière donc la “marotte” diviseuse ! St Paul nous a donné notre mot d’ordre : Unum corpus, unus spiritus (EPHES. IV, 4).

    ITANASIA



    1929/1-4
    1-4
    Anonyme
    France
    1929
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