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Pensées pour la retraite du mois 8

Pensées pour la retraite du mois Omnes mendici Dei sumus. (St. Aug.) Nous sommes tous des pauvres, des indigents perpétuels, qui devons chaque jour aller mendier à la porte de notre Père des Cieux. Les plus grands potentats, les princes du savoir, les rois de la richesse aussi bien que la foule anonyme des petites gens, tous sont logés à la même enseigne, tous sont soumis au régime de laumône, tous doivent tendre la main au suprême dispensateur des biens temporels et spirituels.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Omnes mendici Dei sumus. (St. Aug.)

    Nous sommes tous des pauvres, des indigents perpétuels, qui devons chaque jour aller mendier à la porte de notre Père des Cieux.

    Les plus grands potentats, les princes du savoir, les rois de la richesse aussi bien que la foule anonyme des petites gens, tous sont logés à la même enseigne, tous sont soumis au régime de laumône, tous doivent tendre la main au suprême dispensateur des biens temporels et spirituels.

    Omnes mendici Dei sumus. Ainsi en a décidé linfinie Sagesse : Petite et accipietis. Ergo, disent les Saints Docteurs, qui non petit, non accipit.

    Tout le mystère de la distribution des grâces et de la nécessité de la prière repose sur ces quelques mots.

    Sans le secours de la grâce nous ne pouvons rien dans lordre du salut : Sine me nihil potestis facere ; avec la grâce nous pouvons tout : Omnia possum in eo qui me confortat. Or, dune façon générale, Dieu naccorde ses grâces quà ceux qui les demandent, du moins les grâces spéciales nécessaires pour lentière observation des préceptes ou la pratique des conseils évangéliques, de sorte que quiconque demandera ces grâces les obtiendra et quiconque ne priera pas en sera privé. Il est bon, il est excellent quil en soit ainsi, car cette loi de mendicité et de dépendance continuelle nous empêche doublier notre misère, notre indigence, et nous maintient dans des sentiments dhumilité très salutaires.

    Ces vérités, en quelque sorte primordiales, nous les enseignons ou les rappelons constamment à nos ouailles, mais pour notre compte personnel comment en usons-nous ? Nous ne devons pas oublier que la grâce et la prière sont nécessaires aux ouvriers apostoliques plus quà personne au monde. En effet, plus une uvre est importante et difficile, plus on a besoin de grâces pour la mener à bien et par conséquent plus la prière doit être fréquente et pressante. Or, dites-moi, y a-t-il uvre plus grande, plus importante, plus difficile aussi, que celle qui nous incombe de par notre vocation ?

    Cest dabord luvre de notre sanctification personnelle, car étant appelés à la perfection, nous devons travailler à devenir des saints, et ce nest certes pas là une petite besogne, nous ne pourrons la mener à bonne fin quà laide de grâces tout à fait spéciales que seule une prière assidue peut nous obtenir. Et cest ensuite, ou plutôt cest en même temps, la conversion des infidèles à lEvangile, tâche absolument divine, comme dit Benoît XV, et qui dépasse de beaucoup la petitesse des industries et des moyens humains, divinum prorsus longeque ab humanarum rationum exiguitate remotum. Ce ne sont pas des grâces ordinaires, mais des grâces de choix, des grâces puissantes et abondantes qui seules nous permettront de réussir dans une entreprise aussi ardue.

    Nous sommes naturellement portés à oublier la nécessité de la prière et de la grâce, choses invisibles, et à croire davantage à la vertu des uvres que nous voyons, que nous peinons à accomplir. Il va sans dire quil ne sagit pas de déprécier ou de mésestimer le moins du monde le travail, laction de louvrier apostolique. Non, certes, car il nous faut agir, prêcher, enseigner, administrer les sacrements, nous dévouer, nous dépenser en un mot, comme faisait jadis St Paul, impendam et super impendar ipse pro animabus. Et cest bien là ce que Notre-Seigneur a demandé quand il a dit à ses apôtres : Elegi vos et posui vos ut EATIS... EUNTES DOCETE omnes gentes, baptizantes eos.... Oui, il nous faut travailler et ne pas ménager notre travail et notre peine, travailler comme si le succès dépendait uniquement de notre action. Mais il faut aussi prier, nous disent les saints, comme si le succès dépendait uniquement de notre prière. Noublions jamais que sil nest pas fécondé par la grâce notre travail demeure stérile, et que lorsquil produit des fruits, nous en sommes redevables à la grâce bien plus quà notre pauvre petite industrie. Et cependant notre industrie, notre travail est nécessaire, parce que cest linstrument dont Dieu veut se servir pour éclairer les esprits et convertir les curs.

    Travaillons donc, prêchons, catéchisons, ouvrons dés écoles et des collèges, fondons de nouvelles chrétientés ou du moins de nouveaux centres dévangélisation. Donnons tous nos soins aux uvres denseignement, de presse, dassistance etc.. mais surtout prions.

    Nos insuccès seraient-ils aussi nombreux, les progrès de lévangélisation seraient-ils aussi lents, si nous recourions davantage à la prière, à la prière ardente, embrasée, fréquente, persévérante ?

    Nous prions, certes, mais prions-nous assez et savons-nous prier avec cette foi, cette confiance, cette insistance, cette persévérance qui ravit le cur de Dieu et le force à nous exaucer ?

    Avons-nous une âme de suppliant, spiritus precum ? une âme toujours consciente de sa misère et de son impuissance, toujours inclinée devant la Majesté et la Toute-Puissance divine, toujours tendue vers linfinie Bonté, vers linfinie Miséricorde pour en obtenir tout ce dont nous avons besoin ??

    Pourquoi nessaierions-nous pas dimiter les Saints dont lâme était continuellement orientée vers Dieu et vers la prière, tel un St François dAssise, dont Thomas de Celano a pu dire quil était moins un homme qui prie quune prière personnifiée, non tam orans quam oratio factus.

    Non tam orans quam oratio factus, cest ce que, six siècles auparavant, St Grégoire le Grand demandait déjà du prêtre, car, dit le Saint Docteur au Ve livre de ses Moralia : Sacerdos tant caritatis esse debet ut instanti desiderio non petitor sed petitio esse sentiatur, et il ajoute : le prêtre doit tellement désirer le salut des âmes quil en vienne à faire de chaque battement de son cur un acte ou un mouvement de supplication en leur faveur, salutem fidelium tam instantius debet appetere ut omnem motum cordis in affectum ducat supplicationis. Faire de chaque battement de son cur une prière, une supplication pour que les âmes soient sauvées, puissions-nous réaliser ce bel idéal du prêtre, du missionnaire apostolique !

    Appliquons-nous du moins à suivre le conseil que St Benoît donnait à ses moines de ne mettre la main à aucune uvre bonne sans demander très instamment à Dieu de la conduire lui-même à bonne fin, de la parfaire, de lui faire donner tout son fruit. In primis, quidquid agendum inchoas bonum a Deo perfici instantissima oratione deposcas.

    Avant donc, par exemple, de faire un sermon, avant de catéchiser, de prêcher, comme du reste avant nimporte quelle uvre que nous entreprenons pour le salut de nos frères, recourons à la prière, la plus forte qui soit, instantissima oratione, prions, supplions Dieu de bénir, de féconder notre travail, de le protéger contre lennemi et de le mener à bien pour sa plus grande gloire.

    Prions, non seulement une fois, dix fois, mais vingt fois, cent fois le jour. A loraison, à la messe, au bréviaire, à la visite au St Sacrement, au chapelet, souvenons-nous de notre condition dindigents, de notre office de suppliants perpétuels, pensons à toutes les nécessités spirituelles et temporelles qui nous accablent en quelque sorte, et supplions notre grand Dieu, notre Père tout puissant et tout aimant davoir pitié de nous et des âmes dont nous avons la charge, de nous sauver et de nous sanctifier tous.

    Jai lu quelque part, dit le P. Monsabré, quun prédicateur célèbre fut un jour envoyé dans une ville réputée au loin pour ses désordres. Si Ninive était plus grande elle nétait peut-être pas plus coupable, et notre prédicateur eût fait comme Jonas si lobéissance neut triomphé de ses terreurs, Il se rendit, le cur serré, au lieu de sa mission, comptant sur une complète déroute de son zèle et de son éloquence. Quel ne fut pas son étonnement lorsquil se vit entouré dès son premier discours dune foule attentive et recueillie. Il la crut attirée par sa réputation et profita de la circonstance pour développer ses grands moyens. Tout lui réussit à merveille. A mesure que la mission avançait, les curs les plus rebelles cédaient à laction de la grâce ; quand elle fut terminée, la moderne Ninive était convertie. Dire que lapôtre ne fut pas flatté de ce prodigieux succès et que, sans se laisser enivrer, il ne respira pas, avec un peu trop de plaisir, la fumée de lencens qui lui arrivait de toutes parts, serait mal connaître la faiblesse humaine, mais sil eut un mouvement de vanité, il le paya cher. Dans une de ses oraisons, car il était aussi pieux quéloquent, Dieu lui montra le pauvre petit frère convers qui laccompagnait dans ses missions, et qui, pendant sa prédication, récitait pieusement le rosaire et les litanies des Saints. Cétait lui qui mettait le ciel en émoi pour obtenir la conversion des pécheurs ; homme obscur et peut-être méprisé, il déterminait par ses prières le courant des secours divins et obtenait du Ciel les fruits de grâce quon attribuait au zèle apostolique et à léloquence du prédicateur

    Touchante merveille que nous devrions toujours avoir présente à la pensée pour nous encourager à prier davantage et réclamer laide des âmes humbles et ignorées qui par leurs prières peuvent nous être dun si puissant secours dans luvre de lapostolat.


    1933/571-575
    571-575
    Anonyme
    France
    1933
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