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Pensées pour la retraite du mois 8

Pensées pour la retraite du mois. òòòòò Jésus et le Discours sur la Montagne Au choix des Apôtres succède linitiation théologique et deux et de la foule. Jésus se devait de livrer dabord à ceux qui le suivent inlassablement un compendium pratique de vérités évangéliques à répandre par toute la terre. Le Discours sur la Montagne sera la charte présentée par le Christ au monde, la Loi quil léguera, sans lappareil fulgurant du Sinaï, mais avec toute la tendresse jaillie de son cur divinement ému devant le peuple anxieux.
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    Pensées pour la retraite du mois.

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    Jésus et le Discours sur la Montagne
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    Au choix des Apôtres succède linitiation théologique et deux et de la foule. Jésus se devait de livrer dabord à ceux qui le suivent inlassablement un compendium pratique de vérités évangéliques à répandre par toute la terre. Le Discours sur la Montagne sera la charte présentée par le Christ au monde, la Loi quil léguera, sans lappareil fulgurant du Sinaï, mais avec toute la tendresse jaillie de son cur divinement ému devant le peuple anxieux.

    Et à cet auditoire qui lentoure, Jésus donnera la clef de lénigme du bonheur, dont il le sait curieux, impatient. Mais comme il va le surprendre dans sa mentalité terrestre, ou mieux lélever vers des régions insoupçonnées que nul philosophe antique na su découvrir ! Il parlera de lesprit de pauvreté, de ceux qui ne se croient riches ni de raison, ni de vertu, ni de savoir, qui ne poursuivent aucune convoitise déréglée du cur. Il proclamera bienheureux les doux, car il faut du courage pour être doux et pour laisser fleurir lamitié sur lépineux buisson dune haine passée. Il rendra souriant et fécond lépanchement des larmes et fera savoir quun réel bonheur en jaillit, in fietu solatium. Il établira le règne de la justice et déclarera juste celui dont la volonté se rassasiera dordres divins. Puis les miséricordieux auront leurs privilèges : la miséricorde est condescendante pour le faible, le tenté, le tiède, le tombé, le relaps ; elle ne sait point éteindre la mèche fumeuse ni rompre le roseau brisé. Barabbas, Madeleine, lEnfant prodigue, la Samaritaine, ne sont pas écartés de la miséricorde divine. Leur faute avouée, éteinte par le repentir, pardonnée, tous seront bienheureux, parce quils auront le cur pur. Cest du cur que viennent les pensées dhomicide, dadultère, de fornication, de vol, de faux témoignage et de blasphème (Matth., XV, 19) ; mais le cur purifié de ces pensées coupables est digne du regard divin qui sabaisse jusque sur la brebis perdue, quil recherche de préférence même aux quatre-vingt-dix-neuf autres du bercail. Enfants de Dieu seront aussi les pacifiques, ceux qui font la guerre à la guerre, dissipent les malentendus et éteignent les discordes. Enfin bienheureux encore ceux qui souffrent pour la justice, ceux qui surtout subissent linjure calomniatrice : à eux la suprême béatitude, car la croix reste le summum du bonheur : cruce inebriari ! Le Golgotha, centre des ignominies et des outrages, des souffrances et des humiliations, est également la source deau vive qui jaillit jusquà la vie éternelle : Fons aqu salientis in vitam ternam.

    Et Jésus de continuer son Discours par une série dinvectives puissantes : Malheur aux riches, rois de la finance ; aux repus, rois de la bonne chère ; aux ricaneurs, rois de lopinion. Le monde les applaudit, les ovationne, les glorifie, mais déjà le tombeau souvre et le jour de léternelle vengeance se lève. Ce quil exige surtout de ses Disciples et de ses Apôtres, cest de ne ressembler en rien et jamais aux pharisiens et aux scribes hypocrites. Chez tous, Jésus veut la droiture, la sincérité, et proscrit avec la dernière énergie la duplicité, le mensonge et lhypocrisie. Au pharisaïsme, cest-à-dire à létroitesse des vues, des tendances et des jugements, Jésus oppose la droiture du caractère, la franchise et la probité. Défense dattacher une importance outrée aux petits côtés et aux détails des choses, tels que se laver les mains ou froisser des épis un jour de sabbat ; ordre de considérer les grandes lignes et lensemble. Il ne sagit plus de filtrer le moucheron et davaler le chameau : Jésus réclame de ceux qui sont la lumière du monde et le sel de la terre une sainteté profonde, intime, joyeuse, substantielle et confiante.

    Telle doit être, en définitive, la nôtre aussi. Nous avons beaucoup à extraire pour notre entendement théologique et notre sanctification du sens des Béatitudes et des paroles divines qui le suivent. Si lon a pu dire que ce Discours-programme énumère les principaux devoirs des citoyens du royaume des cieux, on le voit par ailleurs promulguer la série des vertus spéciales aux Apôtres, à ceux qui tombent directement sous les regards du Christ au début de ce Discours : elevatis oculis in discipulos suos. Pour eux dabord Jésus y parfait le dogme, en annonçant un Dieu unique, créateur, conservateur et rémunérateur du bien. Il y parfait la morale, en en définissant les motifs et en lépurant. Il y parfait le culte, quil veut principalement intérieur et sans autre localisation stricte que le cur. Il y parfait le sacerdoce, qui de lévitique devient catholique et apostolique, chargé de répandre la vérité, et la vérité évangélique seule, par toute la terre. Participants de ce sacerdoce, à nous donc dannoncer une doctrine incompréhensible dès labord à beaucoup, mais que les âmes sassimilent par degrés. Nous sommes venus pour élaborer les plans du bonheur des peuples de lExtrême-Orient : parlons sans crainte et, devant les rois, les puissants, aussi sincèrement quà la foule. Pas le plus minime point de doctrine ne doit être passé sous silence. Notre religion est autrement sainte que celle des scribes et des pharisiens, cest-à-dire des bouddhistes, des mahométans, des protestants et autres. Evidemment la pratique de la sainteté ne doit pas être un acte dostentation, un simulacre de vertu, comme celle des païens ; accomplissons intégralement notre devoir et, sil fallait un jour verser même le sang de nos veines pour la cause du Christ, allons joyeusement au martyre.

    Nous avons lexemple de nos aînés, imitons-les. Mais réfléchissons-y : le Discours sur la Montagne, sublime dans ses enseignements, nabolit pas la loi mosaïque ; il la commente, lharmonise, la perfectionne. Qui sait sil ny aurait pas non plus quelque détail bon à prendre dans les systèmes philosophiques de nos peuples dAsie et si lon ne pourrait tolérer chez eux, temporairement, certains articles de leurs codes religieux, certains actes de leurs rituels ? Admirable dans ses desseins, Dieu na certainement pas fait table rase chez les païens de toute idée mystique, de tout penchant symbolique. Ils ont des pratiques dont le sens nous échappe : essayons dy greffer quelque exégèse chrétienne. LHistoire des religions est plus que jamais à lordre du jour : elle nous est indispensable à nous, missionnaires. Notre esprit de prosélytisme y gagnera ; nous découvrirons des éléments nouveaux de religion naturelle, nous verrons que ces éléments sont favorables au catholicisme ; notre foi nen sera que plus robuste, notre science de Dieu plus compréhensive, et la vérité sainte, que nous aurons comprise nous-mêmes et disséminée chez les autres, sera le gage certain de notre entrée définitive au Paradis.
    SACERDOS

    1926/461-464
    461-464
    Anonyme
    France
    1926
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