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Pensées pour la retraite du mois 8

Pensées pour la retraite du mois Marie à Nazareth. Les auteurs ascétiques et mystiques sont unanimes à célébrer la vie de la Vierge à Nazareth. Petite bourgade de Galilée doù rien de bon ne pouvait sortir, disait jadis Nathanaël à Philippe, voici quelle rayonne entre toutes les cités de la Palestine et que son nom se trouve connu du globe entier. Combien de temps Jésus y vécut-il ? Depuis son retour dEgypte jusquà lâge de trente ans, soit donc plus de vingt-cinq ans.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Marie à Nazareth.

    Les auteurs ascétiques et mystiques sont unanimes à célébrer la vie de la Vierge à Nazareth. Petite bourgade de Galilée doù rien de bon ne pouvait sortir, disait jadis Nathanaël à Philippe, voici quelle rayonne entre toutes les cités de la Palestine et que son nom se trouve connu du globe entier. Combien de temps Jésus y vécut-il ? Depuis son retour dEgypte jusquà lâge de trente ans, soit donc plus de vingt-cinq ans.

    Les pèlerins de Terre Sainte sont frappés de la beauté du site naturel de Nazareth, de ses maisons blanches bâties en amphithéâtre et dominant lEsdrelon. Seules ses rues étroites et tortueuses, telles quelles devaient être au temps du Christ, laissent une pénible impression.

    La tradition saffirme certaine sur lemplacement de la Maison de Joseph habitée par Jésus et Marie. Elle est située non loin de la fontaine, la seule, aujourdhui comme il y a deux mille ans, qui fournit leau fraîche et abondante aux habitants. Que de fois, accompagnant Marie, Jésus ny est-il point allé ! Assez proche aussi se trouve la synagogue, le lieu de prière et de réunion où Jésus se rendit, dabord pour entendre la Loi, puis plus tard, pour lexpliquer et la commenter lui-même. La maison de la Sainte Famille comprend deux parties : une seule chambre spacieuse en avant séparée dune grotte, sorte de renfoncement creusé profondément dans le rocher. Selon toute probabilité latelier de St. Joseph était distinct de la maison dhabitation et sen trouvait éloigné dun centaine de mètres.

    A Nazareth, Marie vit de Dieu, avec Dieu et pour Dieu. Ses angoisses de jeune Mère à Bethléem et en Egypte ont disparu, mais il lui reste ses soucis. Marie travaille de concert avec Joseph pour subvenir aux besoins de Jésus. Cest elle qui prépare les repas, simples repas douvriers, le plus souvent composés de farine mélangée dhuile et de miel, de lentilles, de poissons du lac de Génésareth. Elle encore qui soccupe de remplir les amphores et les outres et de séparer, dans un vase dargile, la dîme et loblation. Elle toujours qui range dans le coffre de sycomore, fabriqué par son mari, les manteaux et les tuniques de lin pour lété et de laine pour lhiver. Elle enfin qui place dans larmoire les rouleaux de la Loi soigneusement recouverts de leurs étuis, les phylactères, la corne de bélier à embouchure dargent et les lampes sabbatines.

    A Nazareth, Marie priait. Durant longtemps elle seule, remplie du Saint Esprit, adorera parfaitement le Dieu quelle porte dans ses bras, quelle réchauffe de ses baisers et berce contre sa poitrine. Au faible Enfant, fruit de ses entrailles, Marie dit tout bas Tu es le Fils de Dieu. Jésus est son Roi, son Docteur et son Bien-Aimé. Tout pour Jésus est alors sa devise. Ineffablement unie à Dieu, elle passe le temps de la prière dans un recueillement absolu et dilate son cur devant le Très-Haut. Elle est alors la Mère du bel Amour, de cet amour profond, incisif et qui monte en perpendiculaire vers le ciel. Pendant les vingt-cinq ans de Nazareth, et chaque jour de ces vingt-cinq ans, Marie aimera plus Dieu que ne pourront le faire les humains, réunis jusquà la fin des siècles. Cest que les trente ans de vie obscure de Jésus nont dautre raison principale dêtre, daprès les Docteurs de lEglise, que de permettre la formation de la Mère des Hommes, que de lui donner le temps de se préparer à son rôle de Corédemptrice universelle. Marie aime et adore Jésus au maximum possible et tend chaque heure vers la plénitude de lunion la plus intime avec Dieu. LAmour de la Fille des rois est alors un abîme inaccessible, accessible au seul regard de Celui qui sonde les reins et les curs. Cest le moment où son Fils premier-né lui parle, où il linitie à pénétrer dans ces sublimes arcanes, où St. Paul, plus tard, épuisera son génie. Marie écoute tantôt à genoux dans la solitude de sa maison, tantôt allongée avec Jésus sur une natte couvrant la terrasse de leur maison ; tantôt en promenade avec Jésus et Joseph sur les pentes de la colline de Nazareth. Il nest pas improbable que ces promenades soient relativement fréquentes, car Jésus plus tard en fera de pareilles avec ses Disciples, quil éclairera, et ses Apôtres, quil formera. Alors cest lAdolescent qui découvre les plaines fertiles du Jourdain, Cana, où il fera son premier miracle, et le Thabor. Cest Jésus enseignant Marie et lui découvrant les mystères de la Rédemption, embrassant lunivers quil est venu sauver et tous les peuples quil voit encore ensevelis dans le linceul du paganisme, mais quil va ravir à Satan. Alors ce sont des effusions dAmour du Fils envers le Père et de la Mère envers le Fils et le Père, effusions que Marie conservera dans son Cur et quil ne nous est même pas possible de concevoir.

    Si nous ne pouvons gravir les sommets de la mystique divine, du moins il nous est permis dy tendre et demployer chacune de nos journées de missionnaire apostolique à la prière et au travail. Pour Marie, heures de prière et de travail étaient synonymes, car elles étaient pleines de Jésus, si pleines même que Jésus seul pouvait en dépasser la plénitude. Comme nous, sans doute, et peut-être plus que certains dentre nous, Marie se trouvait aux prises avec les soucis et les tracas de la vie quotidienne, mais son cur veillait et sattachait à procurer en tout la plus grande gloire de Dieu. Pour elle laction dérivait de la contemplation et lamour divin lui suggérait la douceur de son travail. Elle cherchait avant tout ce qui plaisait à Dieu, et, dès lors, sa vie dabnégation devenait agréable. La loi du travail, suite du péché, ne sétendait pas en réalité à Marie, préservée de la tache originelle et douée du privilège dimpeccabilité depuis sa naissance jusquà sa mort. Elle sy soumit cependant, comme son Fils plus tard, pour nous apprendre la noblesse et la valeur du travail. Chargée par Dieu lui-même dêtre lEducatrice de son Fils, elle en assumera la tâche délicate, soccupant et du corps quelle nourrira et de lâme quelle cultivera. Educateurs nous aussi du peuple de Dieu, nous devons nous occuper de même de ceux qui nous sont confiés. De leurs âmes surtout, mais parfois aussi de leurs corps. Nous aurons à travailler la terre pour lui faire produire le riz ou les autres denrées de subsistance pour nous et nos ouailles. Nous aurons à travailler la pierre, le fer, le bois, pour construire nos abris personnels, souvent les logis de nos chrétiens, toujours le toit sous lequel Dieu réside. A ces travaux matériels sen ajouteront dautres plus pénibles parce que plus relevés. Le livre et la plume auront tour à tour sinon simultanément et nos yeux et nos mains. Que de fois ne nous a-t-on pas inculqué, durant nos études, la notion de valeur du temps de la lecture, indispensable pour nous maintenir fermes dans lexposition du dogme, de la morale et de toutes les sciences sacrées, compétents aussi en sciences profanes, à la page enfin pour tout ce qui concerne lexercice de notre ministère ! Il y aurait à dire ici un mot sur la presse qui tient le monde : aidons la bonne presse de toutes nos forces, collaborons-y à loccasion, propageons-la toujours. Nous ne sommes plus en mesure, hélas ! de faire reculer le flot montant de bolchevisme et dimmoralité, qui déferle sur nos pays dExtrême-Orient, flot de livres, de journaux et de revues ; quand même, luttons courageusement et loyalement. Dieu ne nous récompensera pas selon nos résultats, mais selon nos intimes efforts. Confions-lui nos appréhensions, nos amertumes et nos douleurs. Lheure actuelle semble sonner le glas sur nos uvres dans certaines de nos Missions : cest le grain de blé qui meurt à lautomne pour renaître au printemps et blondir en lété. Nazareth touche au Calvaire, et lamour maternel de Marie na reçu sa pleine et définitive consécration que près de la Croix. Bénissons le jour où la Croix se lève pour nous. Il nest pas de pèlerin de Terre Sainte qui naille visiter, chez les pauvres Clarisses de Nazareth, lhumble logis du vicomte Charles de Foucauld, le futur ermite du Sahara, dont la cause de Béatification est introduite à Rome moins de dix ans après sa mort. Son héroïque vie de missionnaire eut sa plénitude mystique, sinon son épanouissement externe à Nazareth. Que Nazareth, lieu de prédilection du divin Maître, unique bourgade du monde qui puisse senorgueillir de lavoir abrité durant la majeure partie de son existence terrestre ; asile où Marie mena constamment une vie dabnégation, de recueillement, de travail et de prière ; où Joseph fut le juste par excellence, le pauvre et le résigné ; que Nazareth, soit pour nous, missionnaires apostoliques, le lieu privilégié de nos méditations, lendroit où nous aimerons à nous rendre dociles à lEcole de la Sainte Famille, le coin de terre où nos curs et nos esprits se rallieront dans une vie dunion totale à Dieu, à Marie et à Joseph.

    SACERDOS.

    1927/457-461
    457-461
    Anonyme
    France
    1927
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