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Pensées pour la retraite du mois 7

Pensées pour la retraite du mois St. Joseph, chef de la Ste Famille.
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    Pensées pour la retraite du mois

    St. Joseph, chef de la Ste Famille.

    Du foyer de Nazareth, où résident Jésus et Marie, Joseph est Chef. Le Père Céleste, en remettant à Joseph son Fils unique, lui a communiqué les qualités, les sentiments, les vertus exigés par laffectueuse mission quil lui confiait. Avec son autorité paternelle il lui a, pour ainsi dire, délégué une tendresse à limage et à la ressemblance de son éternel et infini amour. Il a voulu quelle fût proportionnée, dans la mesure du possible, et à lexcellence de lEnfant et à laffection que Lui-même porte à ce Fils, objet de toutes ses complaisances. Comme, pour ce double motif, il na mis aucune borne aux biens dont il a comblé Jésus, ainsi a-t-il voulu que ses parents laimassent sans mesure. Il a donc dilaté, embrasé lâme de Joseph ; il la remplie dautant plus damour que Joseph ne devait pas avoir part, comme Marie, à la paternité naturelle. Et cette affection, la pureté virginale du saint la rend plus ardente, plus généreuse, plus délicate encore, car il ny a pas de curs plus aimants que les curs chastes.

    Mais, si vive que soit la tendresse de Joseph, elle pâlit auprès de celle de Jésus pour son Père dici-bas. Le Cur de Jésus, roi de tous les curs, les dépasse infiniment tous par son amour. LEnfant-Dieu voit en Joseph le représentant visible de son Père céleste, son ombre, le juste et le saint dépositaire de son autorité. De là le respect quil lui témoigne, la soumission filiale, ponctuelle et joyeuse avec laquelle il devine, il exécute ses moindres désirs ; de là surtout linfinie affection quil lui porte. Elle fut, daprès de nombreux auteurs, une des raisons pour lesquelles il prolongea trente ans sa vie obscure.

    A Joseph sont communiqués les ordres de Dieu : tels celui de fuir en Egypte et celui de retourner à Nazareth. Et lEvangile note que Jésus était non seulement soumis à Marie, sa Mère, mais aussi à Joseph, et erat subditus illis.

    Il ne nous sera pas inutile, à nous missionnaires apostoliques, chefs de chrétiens, de réfléchir sur cette primauté donnée par Dieu à St Joseph, et de constater combien nos idées pourraient être faussées par les aveuglements de notre société moderne sur la notion dautorité. Il en est de nos jours qui renoncent spontanément à tout exercice dautorité. Tempéraments abouliques, ils nosent régir. Serait-ce la crainte ? lincompétence ? Ils ont peur de léchec avant de donner lordre. Eux-mêmes souffrent et se désolent devant lobligation dagir, et, si la conscience entre en jeu, ce sont de vrais malheureux qui donnent alors des ordres rigoureux, trop sévères, inefficaces. Dautres ne savent pas commander, par faiblesse de cur. Ils voient le mal sintroduire et ils en ont scrupule. De témoins quils sont, ils devraient passer au râle de juges et condamner : leur cur tendre dicte le pardon. Ils laissent aujourdhui fléchir leur autorité que lon piétinera demain. Quelques-uns sapitoyent sur le malheur des temps et sappuient sur le courant des idées pour laisser aller à la dérive leur autorité. Ils abusent de la méthode du moindre effort et sexonèrent aisément de la loi des charges et des responsabilités. Ils rejettent le fardeau providentiel dont ils sont investis et laissent séteindre la parcelle dénergie divine qui devrait briller en eux.

    Car, toute autorité vient de Dieu, et celle des prêtres et des Evêques, successeurs des Apôtres, plus manifestement et directement. Les Douze ont été choisis par Jésus-Christ et de même leurs successeurs. Ce fut à lélite dIsraël et des Gentils, avec St Paul, que le Maître confia son pouvoir. Ce fut le levain propre à faire fermenter la masse des peuples et à les amener au royaume des élus. Aux Apôtres, et donc à nous, le Christ a donné des prérogatives singulières dordre et de juridiction. Dieu le Père même nous a donné pouvoir immédiat sur son Fils. Nous avons sur Lui plus dautorité que Joseph, puisque nous le créons chaque matin et puisque nous le distribuons en nourriture à des milliers dâmes qui nous sont confiées. On pourrait dire que Jésus est plus obéissant à nous quil ne le fut jamais à son Père nourricier. De plus nous enseignons en son nom, nous baptisons, nous délions ou retenons les péchés des hommes, nous ouvrons les portes du ciel : pouvoirs extraordinaires que ne connut jamais Joseph.

    Mais si notre autorité demeure telle toute notre vie, nest-il pas souverainement convenable que nous en étudiions les lois et les règles et que nous nous rappellions souvent la mesure et les modes ?

    Que notre autorité soit dabord juste toujours et pour tous. Pas darbitraire dans son exercice, pas de condescendances ni de privilèges de personnes. Riches et pauvres, intelligents et ignorants, puissants et faibles ont droit à notre équité et le Souverain Maître ne connaît point dacception de personnes.

    Soyons fermes également, car cest vertu. La crise dautorité contemporaine qui met en péril lordre familial et social vient de la faiblesse universelle et de la veulerie dun petit nombre. Discussions et hésitations en Matière dautorité sont synonymes dabdication. Lordre, pour régner, doit être ferme.

    De plus, que notre autorité soit exempte de passions. Possédons-nous toujours : lhomme calme et pacifique est le maître du monde. Evitons surtout le parti pris et lesprit prévenu : deux formes dautoritarisme, mais non dautorité. Soyons aussi larges didées, inclinant à voir lintérêt général, non seulement actuel, mais futur, On a dit que gouverner cest prévoir : soyons des prévoyants. Si nous avons des traditions à sauvegarder, il est des routines quil nous faut éliminer dans lapostolat actuel des Missions, et des idées quil faut rectifier. Rajeunissons les formes de notre autorité, elle nen sera que plus productive. Ayons foi dans la dignité de la personne humaine régénérée par le sang du Christ, elle a des réserves admirables dénergie : traitons-la dignement et avec bonté. Plus haut nous aurons à exercer lautorité, plus bas nous devrons nous pencher vers les misères, les souffrances et les difficultés humaines. Ayons de la sympathie pour les âmes, pour toutes les âmes, les plus nobles comme les plus déshéritées et les plus veules : Instaurare omnia in Christo. La notion dautorité, si fortement incomprise de nos jours, ne sera rétablie lumineuse et entière que par la vision du Christ, souverain Chef qui commande à ses serviteurs par des serviteurs. Il faut que tous voient lauréole céleste dans le Chef et sachent que ceux qui lui résistent, résistent à Dieu. Quimporte que, parfois, médiocres soient les Chefs, ils ont un caractère auguste et sont chargés de missions sublimes. Joseph a noblement ici-bas accompli la sienne, demandons-lui chaque jour de nous aider à remplir la nôtre et gagner la victoire : Vir obediens loquitur victorias.

    SACERDOS.

    1928/385-388
    385-388
    Anonyme
    France
    1928
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