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Pensées pour la retraite du mois 7

Pensées pour la retraite du mois. òòòòò Jésus et ses Apôtres Depuis longtemps déjà Jésus songe à se choisir parmi ceux qui le suivent des Apôtres destinés à le suppléer sur cette terre, à y continuer son uvre, à lannoncer hors des limites de la Galilée, de la Samarie, de la Judée.
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    Pensées pour la retraite du mois.

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    Jésus et ses Apôtres
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    Depuis longtemps déjà Jésus songe à se choisir parmi ceux qui le suivent des Apôtres destinés à le suppléer sur cette terre, à y continuer son uvre, à lannoncer hors des limites de la Galilée, de la Samarie, de la Judée.

    Voici la seconde année du ministère pastoral du Maître. De nombreux disciples, de pieuses femmes, accours de Tyr, de Sidon, dIdumée et de la Transjordane, lécoutent avec avidité, lui présentent des malades ou limplorent pour être délivrés desprits impurs. Au bruit des merveilles opérées par le Thaumaturge galiléen, les foules populaires frémissent et se portent vers le Christ, lOint du Seigneur, le Roi dIsraël. Bien que prévu, cet enthousiasme doit être canalisé pour laisser à Jésus pleine liberté daction et de prière, pour que dautres aussi, en son nom, soccupent à répandre la Bonne nouvelle plus profondément, plus largement. Il est temps pour le Maître de se choisir des collaborateurs officiels, des auxiliaires patentés. Il va priver dabord toute une nuit et, au matin, de Lui-même. Il appellera ceux quil voudra. Leurs noms sont dans toutes nos mémoires. Deux à deux, nous les verrons partir et prêcher le royaume de Dieu, dabord et seulement aux brebis perdues de la Maison dIsraël, puis plus tard aux Samaritains et aux Gentils.

    Or que sont ces Apôtres ? A première vue, nul dentre eux ne semble représenter la triple aristocratie juive : prêtre, scribe, chef de grande famille. Ils viennent tous de la classe populaire et ne sortent guère du niveau moyen : voilà leur provenance sociale. Les Actes nous révèlent de plus la valeur intellectuelle de Pierre et de Jean : homines sine litteris et idiotae. Il nous est permis de conclure que, si les deux préférés du Christ sont ainsi traités, le degré des autres est encore inférieur. A chaque instant Jésus leur fera de paternel les mais fortes remontrances sur leur manque dintelligence à le comprendre : Adhuc et vos sine intellectu estis (Matth. XV, 16) Jusquà la venue du Saint-Esprit leur mentalité restera matérielle et grossière. Quant à leur vie morale, Si nous la cherchons à travers les feuillets évangéliques, nous la trouverons sans noblesse. Les Apôtres sont timides, craintifs, jaloux, vaniteux, entêtés et querelleurs.

    Mais, à côté de ces déchéances naturelles, quel lot de qualités précieuses nont-ils pas ! Ils sont vivants et actifs ; leur nature ne manque ni de droiture, ni dhonnêteté. Ecce vere Israelita, in quo dolus non est (Jean, I, 47), lit-on de Nathanaël-Barthélemy. De plus, les privations et les peines ne les effraient point. Jésus vit pauvre, ils vivront pauvres avec lui et accepteront la vie laborieuse du Maître, se fatiguant comme lui, mais moins que lui, car leur nature physique est plus fruste et mieux endurcie. Ils aiment aussi et profondément Jésus : Pierre le proclame et tous le prouvent en quittant leurs métiers, leurs fonctions, leurs parents même, au premier appel divin : relicto patre suo Zebedaeo in navi cum mercenariis, nous dit saint Marc. Enfin remarquons leur esprit imprégné de religion ; leur foi robuste en Dieu, en la révélation mosaïque quils verront se -transmuer chez eux, insensiblement, en la révélation chrétienne, dont ils deviendront nécessairement les champions à travers le monde.

    Or ce raccourci de tableau que nous venons desquisser de la personne des Apôtres, comme il ressemble au nôtre ! Nous aussi, nous avons été appelés directement par Dieu. Appel intérieur ou extérieur, catégorique ou nébuleux. Magister adest et vocat te, nous a murmuré quelque voix solitaire et lointaine ou proche et incisive. Dans le temps nous avons été marqués du sceau royal du Chrits, réservés pour son service et celui des âmes. Que valions-nous ? A chacun ici de répondre sincèrement et davouer le minimum délévation de son être intellectuel et moral. Serviteurs inutiles, sans Jésus-Christ qui nous comblait de grâces, nous étions ou nous serions devenus peut-être des serviteurs nuisibles, des candidats à la trahison comme Judas.

    Peu à peu notre formation rudimentaire se développa et sépura. Semblables aux Apôtres, notre initiale imperfection, sous la divine influence, estompa ses angles naturels et par degrés tendit vers la perfection. Aspirants au sacerdoce et à lapostolat, nous avons tout quitté : parents, travaux ou études profanes, pour suivre le Maître. Comme les Apôtres nous avons dû changer notre mentalité, la vigueur de notre pensée qui, de primitivement païenne, sactualisait en idéal chrétien. Il nous fallait, par un exercice continu, polir notre vertu, métamorphoser notre virilité, reconquérir de haute lutte les vertus fondamentales du sacerdoce : la pureté, lobéissance, le renoncement, lhumilité, et devenir ce que saint Paul voulait de son Timothée : bonus miles Christi Jesu (Tim. II. 3).

    Alors nous avons envahi pacifiquement lExtrême-Orient, dociles à lordre : Euntes docete. Comme les Apôtres, généreux au service de Dieu, nous avons dispensé ses dons, conscients de notre autorité de régir les âmes et les vies. Bientôt même, fidèles à notre Règlement, nous avons à notre tour choisi des disciples, des privilégiés, des aides dans notre ministère. Le clergé indigène nous a préoccupés, car la moisson sannonçait abondante et il nétait personne pour la recueillir. Nos temps actuels sont imprégnés de cette vision dun sacerdoce indigène, comme dailleurs bien dautres époques, celle en particulier où vécurent saint Vincent de Paul et M. Olier. Aujourdhui lillustre Pontife Pie XI ne cesse dorienter nos esprits vers le recrutement sacerdotal indigène : nous sommes tous disposés à répondre à ce suprême appel. Nous avons énuméré tout à lheure les tares des premiers Apôtres, dont cependant Jésus-Christ na pas tenu compte : pourquoi serions-nous plus exigeants que le Maître ? Nous avons nous-mêmes des infirmités physiques, intellectuelles, morales ; pourquoi dès lors réclamerions-nous la pleine santé, lépanouissement intégral de la vie chez lindigène ? Chez lui comme chez nous, linfirmité reste guérissable : prions. LEglise a passé par deffroyables mêlées de convoitises humaines, elle en est sortie toujours rayonnante. Nous ne sommes que les coadjuteurs de Dieu, ne loublions pas ; cest Dieu seul qui gouverne et qui sanctifie le genre humain. Ambassadeurs chargés de mission, ne craignons rien pour lavenir de lEglise missionnaire. Nous aurons admirablement continué luvre du Christ quand nous aurons travaillé à former des pêcheurs dhommes. Nous sommes des êtres éphémères, mais il en est Un et remercions-le profondément tous les jours de notre existence, qui prolongera notre ministère et nous récompensera : Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sculi (Matth. XXVIII, 20).

    SACERDOS.

    1926/389-392
    389-392
    Anonyme
    France
    1926
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