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Pensées pour la retraite du mois 6

Pensées pour la retraite du mois  DU RESPECT DE LAUTORITÉ. Nous assistons aujourdhui à la crise de lAutorité. Elle est trop évidente pour être détaillée, car de partout souffle un vent de révolte. Les nations et les individus dEurope, de Proche-Orient ou dExtrême-Orient secouent toute autorité. Il ny a rien là détonnant, puisque le Christ, doù elle découle et qui la sanctionne, nest presque plus admis au Conseil des puissants.
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    Pensées pour la retraite du mois

    

    DU RESPECT DE LAUTORITÉ.


    Nous assistons aujourdhui à la crise de lAutorité. Elle est trop évidente pour être détaillée, car de partout souffle un vent de révolte. Les nations et les individus dEurope, de Proche-Orient ou dExtrême-Orient secouent toute autorité. Il ny a rien là détonnant, puisque le Christ, doù elle découle et qui la sanctionne, nest presque plus admis au Conseil des puissants.

    Prêtres et missionnaires, ce souffle néfaste dindépendance ne nous aurait-il point aussi communiqué ses germes ? Sincèrement, en notre Retraite du mois, examinons-nous sur ce point.

    Nous naurons dabord pas de peine à admettre, comme axiome, que tout être ici-bas a des supérieurs. Lenfant a ses parents, le serviteur son maître, le soldat son chef, louvrier son patron, etc. Dans la société catholique dont le Chef visible est le Pape, qui doit rendre compte de son mandat à Jésus-Christ, les paroisses ont leurs pasteurs, prêtres, et les diocèses les évêques. Ninsistons pas.

    Pour être complet, avouons certes que la nature humaine supporte malaisément dêtre astreinte à la loi dautorité. Même régénérée par la grâce, établie dans un ordre supérieur, elle regimbe parfois encore contre laiguillon de tout contrôle étranger. Rien donc détonnant que nous ressentions nous-mêmes, missionnaires, des soubresauts démancipation.

    La plupart du temps, ceux-ci viennent dailleurs comme des mouvements primo primi de notre conscience insuffisamment éclairée sur les raisons dobéissance actuelle à nos supérieurs. Conscients habituels de notre dignité, de nos mérites, de notre savoir, nous avons innée la tendance à limiter la hiérarchie.

    La critique et le ridicule sont entre nos mains comme une hachette à double tranchant dont nous ferions volontiers lessai du fil sur la conduite ou la réputation de nos supérieurs. Troublés par leurs actes, nous leur refusons souvent lexpérience des affaires et du maniement des hommes. Nous nous croyons plus éclairés queux, et, dans la bataille spirituelle quils ont à conduire, nous dénigrons lent plan de combat. De là vient que les sectaires, nos ennemis, sont forts, parce quils sont disciplinés, obéissant au mot dordre du chef, tandis que nous sommes faibles, parce que nous manquons desprit de corps et de cohésion. Bref, nous navouons pas quil y a chez nous des jours de brouillard et de tempête : nous manquons dhumilité. Dominatifs, nous devenons vite combatifs, sans déférence et sans respect pour les idées, les opinions, les vues de nos supérieurs. A nous les honneurs et lencens, partout, toujours.

    Quavons-nous donc que nous nayons pas reçu ? et si nous lavons reçu, pourquoi nous en glorifier comme si nous navions rien reçu ? Pourtant nos bévues et nos fautes passées devraient nous ramener à des idées modestes ! Car, sachons-le : ni lhumilité nest la vertu des esclaves, ainsi que le prétend Nietsche, ni le respect des autorités, la vertu des imbéciles !

    Nous surtout, prêtres-soldats dhier, ne nous laissons pas entamer par lirrespect et lindépendance.

    Dom Hébrard, dans son Memento de vie intérieure Le Prêtre, paru récemment, se pose avec angoisse, à propos des prêtres-soldats tentés de se croire un peu trop supérieurs parce quils ont réussi sur un autre théâtre, ces points émouvants dinterrogation :

    En face de ladministration diocésaine, qui na pas beaucoup changé durant la guerre, ne vont-ils pas trouver un peu vieillots ces anciens hommes, lents à agir, très prudents dordinaire, qui portent en toute chose je ne sais quoi déternel, alors quà cette heure tout doit nécessairement se renouveler, sadapter à de nouvelles exigences sociales et religieuses ?

    Vont-ils consentir, après avoir été si longuement émancipés, à reprendre une allure plus calme et apparemment plus passive, à être traités comme des enfants ?

    Accepteront-ils cette mainmise, toute paternelle quelle se montre, sur leur personnalité désormais un peu ombrageuse ?... Ou bien dêtre incompris et de garder le silence au détriment des âmes quils connaissent, eux, et quon ignore dans les bureaux ?...

    Ne vont-ils pas se voir tentés de se rebiffer, de se refuser à être traités en petits garçons, après avoir partout fait figure de héros ?

    Et Dom Hébrard ajoute :

    Prêtres, frères aimés, gardons-nous bien des illusions dangereuses... Réfléchissons sérieusement et sincèrement.. Soyons loyaux, dans la lumière.

    Quavons-nous fait autre chose, durant cette sanglante guerre, que dobéir, que de pratiquer avec une rigueur que ne connaît pas notre service sacerdotal le perinde ac cadaver ?

    Et à qui ?... An moindre gradé. A un sergent,... un caporal,... parfois de véritables enfants... des hommes sans valeur bien remarquable, auxquels nous étions dix fois supérieurs par linstruction, léducation, la personnalité, le caractère !

    Que notre esprit sacerdotal, ô prêtres, ne soit pas inférieur à lesprit militaire dont nous avons fait preuve.

    Le devoir primordial est dobéir à notre Evêque, à notre Chef légitime, pour vivre et pour faire vivre...

    Jésus Christ, le perpétuel et divin Modèle, na-t-il pas dit : Qu placita sunt ei, facio semper... Meus cibus est ut faciam voluntatem Patris mei... Si quis vult post me venire, abneget semetipsum... ?

    Courage ! faisons un bon acte dhumilité et dabnégation. Cet acte engendrera lunion des âmes : il vaudra pour la nôtre de lavancement dans les voies de Dieu et sera petit-être notre meilleur passeport à lheure de notre entrée dans léternité !

    SACERDOS.

    1922/387-390
    387-390
    Anonyme
    France
    1922
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