Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pensées pour la retraite du mois 6

Pensées pour la retraite du mois Le St Ouvrier Joseph.
Add this
    Pensées pour la retraite du mois

    Le St Ouvrier Joseph.

    A peu de distance du toit familial où Marie séjourne, Joseph a son atelier. Chaque matin, le charpentier nazaréen, suivi dun adolescent, Jésus son fils, sy dirige et sy installe. Léquerre, la varlope, la scie, la hache, le rabot et dautres instruments encore sont à sa disposition ainsi quun solide établi. Des jougs et des charrues encore mal équarris, des escabeaux, des coffres inachevés attendent louvrier et son apprenti. Tous deux se mettent à louvrage promptement, heureux de remplir ces humbles fonctions doù découlera leur subsistance quotidienne. Tous deux songent à Marie, quils ont laissée préparant le repas ou tissant les vêtements à leur usage. Tous deux pensent à Dieu, qui contemple avec bienveillance lhumble ouvrier Joseph et voit toujours en Jésus, son Fils unique, léternel objet de ses complaisances. La terre voit un Dieu travailler : est-ce possible ?

    Sil nous est difficile de comprendre la sublime leçon que nous a laissée le Divin Ouvrier, étudions du moins celle que nous a laissée Joseph, lEpoux de la Vierge-Mère de Dieu. Depuis Adam, lhumanité sest courbée sous la loi du travail. Nul néchappe à son emprise et ne voit ordinairement son joug devenir plus léger à mesure quil savance dans la vie. Ainsi saccomplit la condamnation portée jadis au Paradis : Tu seras au milieu des peines tous les jours de ta vie, jusquà ce que tu retournes dans la terre doù tu as été tiré, car tu es poussière et tu retourneras en poussière !

    Et, de fait, limmense majorité des hommes, depuis lenfance jusquà la tombe, creuse son sillon, le sème, y répand sa sueur qui le fertilise et, quand vient la moisson, meurt souvent même avant davoir pu jouir des fruits de sa récolte. Les membres de lhomme sont faits pour le labeur matériel ; ses mains délicates, pour linstrument et la machine. La peine corporelle grandit avec lhomme, les sociétés antiques ne les séparaient pas : lhomme était la chose, lesclave, la victime de labus du travail. Au moment où le Christ Ouvrier réhabilite le labeur humain, où Joseph simmortalise par le titre futur de Patron des ouvriers, le reste des hommes de peine et des artisans ne sont que de vulgaires animaux de travail, quutilise la Rome impériale et quelle achète suivant la force et lâge. Cest, ainsi que sexprime Varron, le mobilier parlant que la loi Aquilia met sur pied dégalité avec les bêtes de somme. Le sage Caton ne recommandait-il pas alors de vendre au même titre les vieux bufs, les veaux et les agneaux sevrés, la laine, les peaux, les vieilles voitures, les vieilles ferrailles, le vieil esclave lesclave malade.... Cétait lépoque où la dignité et la liberté du travail étaient mortes. Il fallait un Dieu pour les ressusciter.

    En attendant que Jésus bouleverse par ses prédications les idées courantes, le pauvre charpentier Joseph travaille de ses mains, car il a déjà la notion chrétienne du travail. Il sait quil est une épreuve, et il laccepte de bon cur, joyeusement. Chaque matin Joseph prononce son Fiat, obéissant à la loi, fût-elle pénible. Il a conscience de sa responsabilité et il sait que son activité personnelle ne sera pas seulement profitable à lui et à sa famille, mais encore à toute la société. Il a le sens de son rendement et prévoit le résultat économique de son humble labeur. Sil nemploie pas nos termes modernes de producteurs et de consommateurs, il en a la notion et en associe les idées. Il sait que vivre de son travail ennoblit, rend lâme plus pure, lesprit plus fort et ruine loisiveté, source des vices. Si travail égale prière, Joseph est et sera toute sa vie en intime et constante communication avec Dieu.

    Inutile dinsister sans doute, car nous avons tous compris depuis longtemps, nous missionnaires apostoliques, la beauté du travail manuel. Nous sommes de ceux que ne rebutent ni loutil, ni linstrument quel quil soit. Marteau, scie, truelle etc., nous ont été peut-être de maniement aussi facile que notre plume. Nos églises, nos demeures, nos écoles ont, pour ainsi dire, jailli de nos mains, comme leurs plans de notre esprit. Nous nous sommes mués tour à tour en architectes, en cultivateurs, en tailleurs, en cordonniers et en mille autres professions toutes honorables. Si nous avons produit au-delà de nos besoins, notre surplus a trouvé son emploi : nos orphelins et orphelines, nos pauvres et nos malades, nos fidèles ont bénéficié de notre fortune acquise apostoliquement. On na pu nous reprocher ce que, hélas ! beaucoup reprochent actuellement à lEglise injustement de nous désintéresser du sort matériel humain. Ne lécrivait-on pas récemment encore : LEglise est un groupement religieux qui se désintéresse totalement de la vie présente pour ne penser quà la vie future. Le but avoué quelle se propose est de conduire les hommes au bonheur de lau-delà et, auprès de cette existence dune éternelle durée, dont elle cherche à préparer le bonheur, lexistence présente lui semble si peu de chose que ce nest vraiment pas la peine quon sen occupe. Bien plus, lEglise se désintéresse du sort matériel des classes laborieuses, mais sa doctrine a les conséquences les plus néfastes au point de. vue de lamélioration des conditions du travail....

    Non, encore une fois, ce nest pas à nous, missionnaires apostoliques que de tels reproches pourront être faits. Nous savons trop que notre ministère, pour être essentiellement surnaturel, est loin de mépriser les inévitables réalités de la vie. Le spirituel et le temporel morcellent nos journées, car, si nous avons à nourrir des âmes, nous avons aussi à soutenir des corps. Lhomme créé par Dieu est un merveilleux composé : ni ange seulement ni bête uniquement. Nous avons à imiter Dieu, qui vit dans sa création que tout était excellent, viditque Deus qu fecerat, et erant valde bona. A nous de diriger notre activité humano-surnaturelle, de lui trouver sa voie et de la maintenir en un équilibre sage. Lhomme, agrégat de limon et de souffle divin, doit élever lun sans mépriser lautre. De toute nécessité voulue par Dieu, il faut soccuper de ces deux états et les harmoniser. Le bol de riz aide à la conversion ou du moins y dispose ; la grâce accomplit le reste. Loin de nous de nier, certes, la primauté du spirituel en Mission comme ailleurs, mais il nous suffit de relire les lettres édifiantes de nos prédécesseurs pour admettre que, si nous ne travaillons pas matériellement pour nos populations païennes, que, si nous ne les aidons pas de nos conseils, de notre pratique et de notre argent, beaucoup ne deviendront jamais chrétiennes. A nous donc de donner lexemple, comme jadis Joseph. A nous de peiner sur des chantiers, en plaine ou en forêt, dans des ateliers, des écoles professionnelles ou des procures. Le pain que nous mangerons à la sueur de notre front sera dailleurs moins dur et plus nourrissant. Depuis que Dieu sest choisi comme Père nourricier un simple artisan, ce travail de pourvoyeurs de nos ouailles ne saurait diminuer ni ternir notre dignité. Nous sommes, nous aussi, des Pères nourriciers non seulement des âmes, mais aussi, jusquà un certain point, des corps. Par son travail, Joseph a nourri son Fils Jésus ; par le nôtre, nourrissons aussi et autant que nous le pouvons ceux que Jésus nous a confiés. Quil nous suffise, comme Joseph, de savoir sanctifier notre travail afin déviter cet abaissement, ce nivelage quoccasionnent parfois les occupations matérielles. Ny concentrons jamais et uniquement notre esprit, que notre cur veille. Elançons-nous souvent vers Dieu, faisons jaillir ces étincelles spirituelles que lascétisme moderne appelle oraisons jaculatoires. Au cours de tout travail, que de tentations et doccasions sollicitent soit à linjustice, à limpatience et à la colère ! Comme Joseph, regardons Jésus et pensons à Marie. Faisons tout pour la plus grande gloire de Dieu. Au soir de notre vie, quand, bien que ne récusant pas encore le travail, il nous faudra néanmoins déposer le fardeau de nos journées, alors nous irons recevoir la récompense promise au fidèle serviteur et notre salaire de bon Ouvrier.

    SACERDOS.

    Ce qui trouble la confiance et abat le courage, cest limpression, dominant la raison et la foi. Les plus fermes esprits, les caractères les mieux trempés eux-mêmes, ont grandpeine à sen préserver.

    Déclarons une guerre Incessante à limpressionnabilité.
    R. P. Olivaint.

    1928/321-325
    321-325
    Anonyme
    France
    1928
    Aucune image