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Pensées pour la retraite du mois 6

Pensées pour la retraite du mois. Jésus a Capharnaüm.
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    Pensées pour la retraite du mois.

    Jésus a Capharnaüm.

    Cest à Capharnaüm que vient résider Jésus après sa tentation dans le désert, et cest de cette ville quil rayonne pour ses courses apostoliques. Capharnaüm, cité choisie pour le début du ministère du Christ en Galilée, revient fréquemment sous la plume des Evangélistes Marc et Luc ; elle est la privilégiée avant de se voir maudite ; elle est loasis où, fatigué des hommes et des choses, Jésus viendra se reposer en y distribuant à profusion ses miracles et en y rompant le pain de la parole, soit à la célèbre synagogue, soit debout près du rivage, soit assis dans la barque du batelier Simon, fils de Jonas. Délaissant Nazareth et lopulente Jérusalem, Jésus choisit Capharnaüm comme centre évangélique. Cest là quil communique lheureux Message aux pêcheurs, aux ouvriers, ses amis et ses frères, aux malades, aux désolés de ce monde, aux enfants ; cest là quil installe sa mère après les noces de Cana ; cest là enfin que ses cinq premiers disciples, André, Jean, Pierre, Philippe et Barthélemy ont été appelés et lont suivi des bords du Jourdain.

    Mais, sil y séjourne volontiers, Jésus cependant noublie pas que son rôle est de courir après les brebis égarées, que sa voix doit se faire entendre à dautres bourgades et cités, que son action doit sétendre non seulement à la Galilée, mais à la Samarie et la Judée. Sa vie, qui ne comptera plus que trois printemps, se passera tout entière en voyage. Né lors dune étape en Judée, fugitif en Egypte, errant en Galilée, Jésus passe de ville en hameau, de montagne en plaine, dune barque à la margelle dun puits, répandant partout les largesses de son cur, éclairant toute intelligence et soulageant toute misère physique et toute détresse morale. Il est le missionnaire idéal, lexilé volontaire de sa patrie, le sublime pèlerin qui na pas une pierre pour reposer sa tête, pas une barque à lui, pas de gîte autre que le foyer dun ami. Et partout retentit sa parole. Le pêcheur à la face brunie le comprend, le maçon saisit sa pensée, le publicain lentend ; le paysan, le pasteur, le vigneron se sentent fils du même Père qui est aux cieux et frères de celui qui partage leurs repas.

    Comme elle ressemble à la nôtre, cette vie de Jésus à Capharnaüm ! Ou plutôt, comme la nôtre devrait se modeler sur celle de Jésus à Capharnaüm !

    Capharnaüm, pour nous, missionnaires, nest-ce pas le chef-lieu de notre district, le centre de nos pérégrinations, le lieu habituel de notre résidence, où nous revenons parfois épuisés de nos courses apostoliques ? Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua. Un jour nous sommes partis pour la moisson, et nous étions alors remplis dun zèle apostolique. Vint lheure où lon nous choisit notre champ. Mettant alors en uvre notre réserve dénergie, nous avons lancé la semence dans toutes les directions, parlant aux riches et aux pauvres, aux puissants et aux faibles, aux âmes dociles et aux consciences difficiles. Au début, sans trop regarder en arrière, nous sommes allés de lavant, peu soucieux de nous rendre compte du travail néfaste accompli par notre ennemi quotidien, Satan. Peu importait le résultat, nous disions-nous, puisque le fait capital était accompli : Illi autem profecti, prdicaverunt ubique.... Nous étions partis, nous prêchions, nous nous dépensions entièrement.

    Et, en réalité, nous avions et nous avons raison. Combien Jésus à sa mort avait-il de disciples ? Combien saint Pierre ? Combien saint Paul ? Or nous sommes en Extrême-Orient et, si les débuts du catholicisme se perdent à travers les dix siècles qui nous précèdent, combien de révolutions sanglantes et dobstructions politiques ont entravé leffort héroïque de nos devanciers et paralysent encore le nôtre ! Passons même sous silence les influences bouddhistes ou shintoïstes, les tactiques démoniaques, les agents physiques de toute espèce. Finalement nous avons planté la Croix sur de rudes terres, aux prix de sacrifices inouïs. Si nous navons pas encore pénétré la masse des peuples matériels qui nous entourent, peuples incompréhensifs des Béatitudes, ayons confiance quand même et toujours. De ci de là, nous avons établi des centres de ralliement chrétiens, des Capharnaüm nombreux, foyers féconds doù jaillira, quand Dieu le voudra, cette lumière qui doit illuminer tout homme venant en ce monde. Notre besogne passée fut pénible ; lactuelle lest encore, car nous avons toujours à sélectionner les graines destinées à la semence. Ces graines, ce sont les méthodes dévangélisation, qui se suivent et varient selon les peuples et les époques. La prédication verbale est foncièrement bonne ; elle reste la plus naturelle, mais elle nest pas lunique aujourdhui. La plume et la presse lemportent à notre époque, parce quelles atteignent plus dâmes. Nexcluons pas, certes, la charité, lhumilité, la patience, inestimables trésors que recueilleront toujours les humbles, les pauvres, les malades, et qui portent en eux des germes sûrs de vie et de vérité.

    Nous ignorons les fruits de notre apostolat par la parole, par la plume, par lexemple : remercions-en Dieu, qui ne veut ni nous décourager, ni nous exposer à lorgueil. Tu vero vigila, in omnibus lapora, opus fac evangelist, ministerium tuum imple. Lincertitude du succès réclame leffort et nous habitue au travail. Un jour viendra, si nous avons fidèlement accompli notre devoir, si nous avons passé nos jours dans la prière et le labeur, si nous avons jeté le filet sur lordre de Dieu, même apparemment en vain, si nous avons semé largement, à pleines mains, un jour viendra, disons-nous, où nous retournerons vers Dieu, chargés de gerbes, figures de nos bonnes uvres, courbés sous la ramée des épis, ces actions méritoires que nous aurons accomplies durant notre vie : Venientes autem, venient cum exultatione, portantes manipulos suos. (Ps. CXXV, 6).

    SACERDOS.

    1926/317-330
    317-330
    Anonyme
    France
    1926
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