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Pensées pour la retraite du mois 5

Pensées pour la retraite du mois .Semper et devotam gerere voluntatam.
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    Pensées pour la retraite du mois

    .Semper et devotam gerere voluntatam.

    Nous confessons croire fermement que Jésus, notre Sauveur, est monté au ciel, et dans loraison de la fête de lAscension nous demandons avec lEglise la grâce de devenir nous-mêmes des hommes tout célestes par lardeur de nos désirs : ipsi quoque mente in clestibus habitemus. Dans la Collecte du dimanche dans lOctave de lAscension, lEglise nous fait demander la grâce dune vraie et sincère dévotion : Omnipotens sempiterne Deus, fac nos tibi semper et devotam gerere voluntatem... faites, ô Dieu tout-puissant et éternel, faites que notre volonté vous soit toujours dévouée.

    I. La dévotion, cest le dévouement à Dieu, ne loublions jamais. Il sen faut en effet quelle soit ainsi comprise et embrassée par toutes les personnes qui sont censées sy adonner. Si le monde a tant de préventions à lendroit de la dévotion, cest que trop souvent il nen voit que la contrefaçon. Nous connaissons tous de ces chrétiens et surtout de ces chrétiennes pour qui la dévotion consiste en de nombreuses prières vocales ; ils ne voient rien au-delà ou si peu et ils estiment avoir beaucoup fait quand, à la fin dune journée, ils peuvent compter les heures quils ont employées à ces exercices. Quelques-uns, mais en petit nombre, (on comprend aisément pourquoi) font consister la dévotion en une mortification continuelle : ils portent des cilices, se flagellent, jeûnent fréquemment.

    Prières, méditations, mortification, tout cela est excellent, nécessaire même, mais peut facilement prêter à lillusion. A ce propos saint Augustin dit que pour sauver son âme il ne suffit pas davoir la forme et les pratiques de la dévotion, mais quil faut en avoir la vertu et le fond. La forme est bonne sans doute, la forme est sainte, bona forma, sancta forma, mais que vaut la forme sans le fond ? Sed quid valet forma si non habet radicem ?

    En vérité la vraie dévotion est tout intérieure et consiste en une volonté dévouée aux intérêts de Dieu : tibi devotam gerere voluntatem. Grâce à ce dévouement, lâme se donne aux bonnes uvres qui sont lépanouissement de sa vie intime.

    Or, cest aux convictions de lesprit quil appartient de créer en nous un vrai dévouement pour les intérêts de Dieu ; quand ces convictions sont formées, la volonté na pas de peine à se donner, elle accepte même des uvres très crucifiantes à la nature.

    Cependant, et nous ne devons pas loublier pour notre règle de conduite personnelle et dans notre ministère auprès des chrétiens, il est des âmes douées de plus de sensibilité que dintelligence, chez lesquelles la dévotion simplante dabord dans le cur et remonte ensuite dans lesprit. Peu importe la manière dont le dévouement se produit, il ny a, en fait, de dévouement solide que là où les convictions sont bien arrêtées.

    Remarquons aussi que la dévotion doit reposer sur une double base : le renoncement à soi-même et lunion à Jésus-Christ. Nest-ce pas le Divin Maître lui-même qui nous apprend que pour marcher à sa suite, il faut se renoncer : abneget semetipsum. Mais quest-ce à dire : se renoncer ? Cest ne pas se laisser guider par légoïsme ou la sensualité, ne recherchant que sa satisfaction sans songer à celle des autres ; cest se sacrifier, cest abandonner pour le bon plaisir de Dieu ses intérêts, sa tranquillité. Et cest bien cela que nous avons fait en principe, quand nous sommes venus en mission. Par le renoncement qui nous a dégagés des choses extérieures notre âme sest unie à Dieu dune union qui la fait vivre de son esprit. En vertu de cette union, Jésus-Christ a communiqué à notre volonté une énergie qui nous soutient contre les défaillances instinctives, mais, bien entendu, à la condition que nous conservions cette union, et cest en cela que consiste la nature de la dévotion.

    II. Les qualités de la dévotion sont exprimées par ce mot de notre Collecte : Majestati tu sincero corde servire, servir la majesté divine dun cur sincère.

    Que la sincérité est rare, même avec Dieu ! Nous en faisons souvent lexpérience. On se figure quon ne recherche que la gloire de Dieu quand, au fond, on a en vue surtout ses intérêts propres ou de vaniteuses satisfactions.

    Nous savons tous, et nous lenseignons à nos chrétiens, que pour être sincère, la dévotion doit être à la fois pratique, aimable et constante.

    Pratique, ayant son siège dans le cur : corde servire et non point dans la tête et limagination ; elle ne se contente pas daspirations vagues, elle se traduit en sacrifices sérieux. Tout en sappliquant aux bonnes uvres qui sont de conseil, elle a pourtant bien garde de leur sacrifier ses devoirs détat. Et nos devoirs détat de prêtres-missionnaires sont clairs.

    La dévotion sincère doit être en second lieu aimable. Elle évite toute affectation, toute singularité ; être sévère pour soi-même, indulgent pour le prochain, quel quil soit. Saint Benoît Labre disait de la dévotion quelle rend le cur, de feu pour le Bon Dieu, de fer pour soi-même, de chair cest-à-dire tendre et affectueux pour le prochain. Nous savons comment ce saint mit en pratique ses recommandations.

    Enfin la dévotion sincère doit être constante. Ces accès de dévotion qui ne durent quun jour, ces mouvements de piété quun instant voit naître et que linstant daprès voit séteindre, nous en avons été souvent témoins peut-être quil nest pas besoin de regarder bien loin. Quoiquil en soit, ces ardeurs éphémères ne font que toucher la superficie du cur, sans y laisser presque aucune trace de leur passage, tandis que la vraie dévotion est une affection durable que le temps doit enraciner et que lépreuve doit accroître.

    Ainsi comprise la dévotion glorifie Dieu, elle va droit au cur des hommes auprès desquels elle exerce un salutaire apostolat. Dans les notices des missionnaires décédés que donne notre Compte-Rendu annuel, nous ne sommes pas sans remarquer que ceux de nos confrères qui ont fait une uvre vraiment sérieuse et durable, tous, sans exception, ont pratiqué cette vraie dévotion ; cest delle que lApôtre a dit : promissionem habens vit que nunc est et futur.

    Saint François-Xavier écrivait à un de ses missionnaires : Vous et dautres encore, vous êtes dans une grande erreur ici : sans avoir une grande humilité (qui est le fruit de la dévotion sincère), sans en donner des preuves aux gens avec qui vous conversez, vous voulez que le peuple fasse ce que vous demandez parce que vous êtes des Frères de la Compagnie, et vous oubliez que vous ne vous appuyez pas sur les vertus de notre P. Ignace, par lesquelles Dieu lui a donné une si grande autorité sur le peuple, de sorte que vous voulez jouir de lautorité sur le peuple et vous passer des vertus qui sont nécessaires pour que le peuple vous obéisse quand vous parlez.

    Fidelis sermo et omni acceptione dignus.


    oOo


    Dieu a des liens, des ceps, des menottes et cadènes desquels il lie et enchaîne les âmes ; dont les uns sont de fer et les autres dor.

    Les liens de fer ne sont autres que la crainte du jugement, de la mort et des peines éternelles de lenfer dont il menace les pécheurs en plusieurs lieux de lEvangile.

    Outre ces liens de fer Notre-Seigneur a encore des liens dor, qui sont damour et de dilection, desquels il lie plusieurs âmes, et les rend ses sujettes et ses esclaves, mais dun esclavage grandement doux, suave et amoureux. Et les âmes qui sont liées de ces liens, sont celles qui sans aucune crainte ni considération du jugement, ni des peines denfer, viennent à Notre-Seigneur attirées par les doux et amiables attraits de sa dilection, se dédier et consacrer entièrement à son divin service.

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    Lon quitte bien la terre et autres telles bagatelles ; mais ce nest pas assez pour être parfait, il faut passer plus outre. Plusieurs à la vérité quittent bien les choses extérieures, mais il y en a fort peu qui quittent leurs prétentions : lon a encore tant de belles espérances de ceci et de cela, lon ne se vide point entièrement de son propre intérêt.

    Mais quant à ce qui est des liens de la vanité, oh certes ! il est beaucoup plus difficile de sen défaire, et je ne sais sil y en a pas un qui ne soit lié de ce lien ; car ce mal est si commun et universel entre les hommes, quil ne sen trouve quasi point qui ne soient enlacés dans ses filets ; et saint Augustin, après sa conversion, parlant de ce défaut, dit ces paroles : Je ne sais sil y a quelquun qui soit exempt de vanité, de complaisance de soi-même et de sa propre estime : si cela est, je nen sais rien, quant à moi je ne suis pas du nombre, car je suis homme pécheur.

    (Sermons de St François de Sales).
    1932/317-321
    317-321
    Anonyme
    France
    1932
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