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Pensées pour la retraite du mois 5

Pensées pour la retraite du mois Le goût de la sainteté. Lautre jour, cherchant un renseignement dans lHistoire de notre Société par le P. Launay, je suis tombé sur cette grave parole dun de nos fondateurs, Mgr Pallu, écrivant en 1665 aux directeurs du Séminaire :
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    Pensées pour la retraite du mois

    Le goût de la sainteté.

    Lautre jour, cherchant un renseignement dans lHistoire de notre Société par le P. Launay, je suis tombé sur cette grave parole dun de nos fondateurs, Mgr Pallu, écrivant en 1665 aux directeurs du Séminaire :
    Si vous voulez faire des missionnaires, il faut faire des saints : ils trouveront toujours des moyens de se sanctifier davantage, et quoique travaillant pour eux-mêmes, ils travailleront utilement pour la conversion des infidèles, autrement, chose certaine, ils décherront bientôt et il est à craindre quà la fin ils ne viennent à se perdre.

    Dautre part, le Vénérable Père Libermann, fondateur ou plutôt restaurateur des Pères du Saint-Esprit, disait à ses religieux :
    Un missionnaire qui ne travaille pas très sérieusement et constamment à sa sanctification, se rend indigne de léminente grâce apostolique et coupable envers les âmes quil devrait sanctifier. Mais sil se met sérieusement à luvre, il se sanctifie infailliblement et sanctifie une foule dâmes avec lui.

    Lautorité de ces doctes et pieux personnages, qui sont de la partie, suffirait à prouver, sil en était encore besoin, que vraiment nous sommes appelés à la perfection, à la sainteté, que la perfection est possible pour nous, que nous devons la désirer et travailler chaque jour à lacquérir.

    Il ne faut pas que, par pusillanimité ou par fausse humilité, nous repoussions ces mots de perfection et de sainteté ou quils nous fassent peur : non, ces mots-là sont pour nous, les mots, dis-je, et la chose encore bien davantage. Et pourtant est-il téméraire de penser que sans doute plus dun prêtre, plus dun missionnaire nosent croire ou nosent avouer quils doivent tendre à la perfection ?

    Je me rappelle avoir lu, il y a bien longtemps déjà, un récit dans lequel il sagissait de deux prêtres de grand talent et aussi, je crois, de grande vertu. Le premier ayant subi une contrariété dassez mince importance, sen plaignait dune façon si véhémente quun auditeur en parut surpris ; pour expliquer ou excuser son vif mécontentement ce prêtre ajouta : Et puis, voyez-vous, je ne prétends pas à la sainteté. Le second à qui, sur sa demande douvrages de spiritualité, lon offrait je ne sais plus quel livre, répondit le plus sérieusement du monde : Non, non, pas cela, cest inutile, je ne suis pas pour la perfection, moi.

    Ces deux réflexions, je devrais plutôt dire ces deux boutades, me sont restées dans la mémoire, elles mont, je ne dirai pas scandalisé, mais laissé une impression pénible. Javais peine à comprendre comment des prêtres très intelligents, très cultivés et qui paraissaient très vertueux, osaient dire quils ne voulaient pas de la sainteté ni de la perfection pour eux-mêmes, car si du fait de notre sacerdoce nous sommes appelés à la perfection, il semble quil nous faut au moins en avoir le désir, jallais dire le goût, et ne pas cacher, surtout ne pas nier ce désir, lorsque loccasion sen présente. Y aurait-il donc pour nous quelque inconvenance à le laisser paraître ? Non, certes, et notre profession demande plutôt le contraire.

    Et puis, le monde nous donne lexemple ! Personne en effet dans le monde ne songe à cacher ou à dissimuler ses goûts, que ce soit le goût des voyages ou des sports, le goût de la politique ou de la chasse, le goût du commerce ou de la musique, ou tout autre, même les plus bizarres. Et alors nous, prêtres missionnaires, ne devrions-nous pas tous avoir et laisser paraître le goût de la perfection, le goût de la sainteté ? Et nest-elle pas parfaitement juste cette parole dun évêque de France : On passe à un prêtre de ne pas être un saint, mais on ne lui passe pas de ne vouloir pas lêtre.

    Si nous ne voulons pas de la sainteté ni de la perfection pour nous-mêmes, que voulons-nous, que désirons-nous ? Une bonne petite vie honnête, sans grandes secousses, sans trop dhistoires, une bonne petite médiocrité, jentends médiocrité de la vertu ? Aurions-nous donc fait tant et de si grands sacrifices pour aboutir à un si maigre résultat ? Quil y ait des chrétiens de vertu médiocre et qui sen contentent, cela se comprend assez ; quil y ait dans le clergé séculier un certain nombre de prêtres qui végètent et senlisent dans une médiocrité facile, cest déjà bien surprenant, mais quun missionnaire, de propos délibéré, se contente dune vertu médiocre, ce serait vraiment chose pitoyable et incompréhensible après les sacrifices déjà faits et les grâces de choix reçues de la divine Bonté.

    Noublions pas en effet que nous sommes les privilégiés du bon Dieu, qui nous a choisis entre mille et dix mille, qui nous a aimés et nous aime infiniment plus que des millions et des millions dautres hommes, et maintenant nous offre la couronne des saints. Pourquoi donc la refuserions-nous ? De quoi avons-nous peur ? Que craignons-nous ? Dêtre malheureux ? mais les saints sont les plus heureux des hommes, même ici-bas, et comme le disait ce grand original de Léon Bloy, si je ne me trompe : Il ny a quune seule tristesse en ce monde, cest de nêtre pas saint.

    Mais, objectera quelquun, vous avez beau dire, vous nempêcherez pas que la sainteté ne comporte une assez forte dose dabnégation, de renoncement à la volonté propre, de lutte contre les inclinations naturelles, et cest là justement le point douloureux et difficile. Horror difficultatis, labor certaminis, comme dit lImitation, voilà ce qui naturellement empêche un grand nombre davancer dans la vertu et darriver à la perfection.

    Eh ! oui, certes, notre pauvre nature répugne à labnégation, au portement de croix, au combat contre soi-même, mais le remède est à notre portée : cest, comme le conseille S. Ignace, de recourir à la prière en demandant instamment et persévéramment la grâce de vaincre cette répugnance et en nous offrant malgré tout à suivre la volonté de Dieu aussi parfaitement que possible, quelle quelle puisse être. Cette sorte de prière, disent les annotateurs des Exercices, est aussi efficace que méritoire et le Sauveur a daigné nous en donner lexemple au jardin des Oliviers.

    Et voici dautre part lavis que donnait S. Bernard à un religieux qui hésitait à sengager dans la voie parfaite : Revera cum inceperis, tristitia implebit cor tuum, sed si perseveraveris, tristitia vertetur in gaudium, il est vrai quau début ce sera dur, vous ne sentirez peut-être que dégoût et tristesse, mais pour peu que vous persévériez, votre tristesse se changera en joie. Tunc enim purgabitur affectus et voluntas renovabitur, vel potius nova creabitur, cest qualors par leffet de la grâce vos affections et vos désirs se purifieront, votre volonté sera renouvelée, ou plutôt la grâce divine créera en vous comme une nouvelle volonté ; ut omnino qu primo difficilia, imo impossibilia videbantur, cum multa percurrantur dulcedine et aviditate, de telle sorte que ce qui vous paraissait au début très difficile et même impossible, vous laccomplirez ensuite avec une grande douceur et un grand empressement.

    Que les difficultés de la voie parfaite ne nous effraient donc pas : elles sont réelles, mais non pas insurmontables, les débuts ont beau être pénibles, si lon tient bon, si lon persévère, les idées et les goûts peu à peu se transforment sous linfluence de la grâce, la volonté de bien faire est comme renouvelée, de sorte que ce qui paraissait impossible devient attrayant et quon sy porte avec ardeur : qu primo difficilia, imo impossibilia videbantur, cum multa percurruntur dulcedine et aviditate.

    Voici encore une recommandation de Ste Thérèse qui nest pas à négliger. Il faut, dit-elle, ouvrir notre âme à une grande confiance. Ne rétrécissons pas nos désirs, cest dune grande importance. Croyons fermement quavec le secours divin et des efforts, nous pourrons par succession de temps acquérir nous aussi ce que tant de saints aidés par Dieu sont parvenus à obtenir. Si jamais ils navaient conçu de semblables désirs et sils ne les avaient mis peu à peu à exécution, jamais ils ne seraient montés si haut. Notre-Seigneur demande et aime des âmes courageuses, pourvu quelles soient humbles et ne mettent aucune confiance en elles-mêmes Souvent aussi je me disais que S. Pierre navait rien perdu à se jeter à la mer, bien quensuite la frayeur leût saisi. (Vie, ch. XIII.).

    Ne craignons donc pas de désirer la perfection et de la demander à Dieu avec instance, et puis faisons comme S. Pierre, jetons-nous à la mer, cest-à-dire mettons-nous résolument à luvre, confiants en la parole de Celui qui nous a appelés, il nous a donné de vouloir la perfection, il nous donnera aussi de la réaliser peu à peu, qui dedit velle dabit et perficere.



    1933/321-325
    321-325
    Anonyme
    France
    1933
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