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Pensées pour la retraite du mois 5

Pensées pour la retraite du mois DU DÉCOURAGEMENT. Un célèbre publiciste français, Tocqueville, parle dans lun de ses ouvrages de la difficulté dêtre. Plus que jadis, il semblerait que lheure actuelle sonne tristement cette crise du découragement, quécoutent avec un certain plaisir cependant quelques missionnaires. Au lieu de remonter le courant populaire, ils se laissent entraîner par la vague de lassitude, fléchissant les épaules sous un poids-fantôme. Pourquoi ?
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    Pensées pour la retraite du mois
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    DU DÉCOURAGEMENT.

    Un célèbre publiciste français, Tocqueville, parle dans lun de ses ouvrages de la difficulté dêtre. Plus que jadis, il semblerait que lheure actuelle sonne tristement cette crise du découragement, quécoutent avec un certain plaisir cependant quelques missionnaires. Au lieu de remonter le courant populaire, ils se laissent entraîner par la vague de lassitude, fléchissant les épaules sous un poids-fantôme. Pourquoi ?

    Parce que, sans doute, notre vie de missionnaire, de tout missionnaire, est présentement lourde : lourde daffaires à débrouiller, didées à éclaircir, de décisions à prendre, de requêtes à examiner, de buts à atteindre. Parce que, sans doute, notre époque de vie intense a des exigences telles que nos facultés ont de la peine à les satisfaire. Nous vivons au milieu deffervescences qui détruisent lharmonie générale et nous font sentir notre difficulté dêtre. Souvent notre esprit se dissipe en luttes mesquines, notre cur se vide, notre âme salanguit. Tiraillés de tous côtés, nous sentons finalement lépuisement, laccablement, le découragement.

    Et pourtant, ne loublions pas, nous sommes non seulement la lumière, mais la vie même du inonde. Un Curé dArs et nous devrions en être tous au moins des ébauches, ne voyait-il pas se fixer vers lui tous les regards, se tendre toutes les mains ? Nentendait-il pas tous les soupirs monter jusquà lui et toutes les consciences finalement lui jeter leurs lamentables histoires ? Parfois harassé, rompu de fatigue et tombant de sommeil, il aurait pu demander grâce au Seigneur, mettre un terme à sa charité, sarrêter dans son labeur apostolique, cesser toute générosité dâme éprise dâmes..

    Or, jusquà lépuisement total, notre saint Curé dArs a tenu vaillamment les armes, luttant jusquau bout contre Satan. Faisons de même.

    Mais ce nest pas toujours lexcès de travail qui nous décourage, cest parfois aussi le manque de travail, on mieux, le manque de succès dans le travail. Notre situation quelquefois nous désole, nous, missionnaires, car nos chrétiens, malgré nos persévérants efforts, ne saméliorent que peu. Nous avons périodiquement des regrets davoir commencé et nous navons pas le courage de continuer notre uvre apparemment stérile. Nouveaux Jérémie, nous avons soigné Babylone et elle na point été guérie : Curavimus Babylonem et non est sanata. Qui sait si nous navons point un jour songé presque à déserter notre poste, en pensant à Sion : Super flumina Babylonis, illic sedimus et flevimus, cum recordaremur Sion ?

    Anxieux de voir anéantie demain peut-être notre moisson dâmes qui sannonçait belle, nous avons pris peur, et notre cur sest refroidi, et notre âme sest affaissée. Nous nous sommes fatigués du combat incessant ; notre énergie sest ralentie dans sa poursuite du bonheur, surtout moral, de nos bien-aimés païens, et, même avec nos ouailles chrétiennes, nous avons senti la difficulté nous envahir, comme le froid pénètre le cadavre.

    Labeur surhumain ou travail infécond aux yeux du monde : voilà les deux pôles, positif et négatif, qui se rassemblent et qui pèsent sur notre être pour le décourager.

    Durant ce mois, cherchons attentivement le remède.
    La Foi seule, cette énergie dynamique capable de soulever les montagnes, peut nous redresser. Ayons confiance en Dieu, en ses décrets, en ses vues, en son action sur nous. Puis allons jusquau bout de notre examen et reconnaissons humblement que, si nous nous sommes découragés, cest bien souvent parce que nous avons quitté Jésus pour batailler seuls dans la mêlée fantastique de ce monde moderne.

    Donc retrouver dabord Jésus, Jésus qui nous donnera la paix. Quimporte si nous sentons parfois des fatigues étranges, si nos forces diminuent : Jésus se doit de prendre notre place, de peiner pour nous. Ne demandons quà rester toujours dintelligentes et consciencieuses machines humaines, quutilisera selon son bon plaisir le divin Ouvrier de Nazareth. Alors nous ferons luvre de Dieu ; mais sachons-le, Dieu petit faire son grand uvre dici-bas sans nous.

    Chaque matin, même avant que laube ait blanchi le ciel, nous avons besoin de nous jeter aux pieds du Dieu des forts et de Lui demander son aide. Chaque jour, avant que nos yeux aient fixé le soleil de la terre, il nous est indispensable de les lever dabord vers le divin Soleil qui sait illuminer tout homme venant en ce monde.

    Mesurons donc dabord létendue de notre faiblesse, la profondeur de notre inanité même, et demandons humblement au Seigneur de féconder notre activité, sIl le veut ; en tous cas, daccepter notre bonne volonté et de la bénir jusquà notre dernière heure.

    SACERDOS.
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    1922/319-321
    319-321
    Anonyme
    France
    1922
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