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Pensées pour la retraite du mois 5

Pensées pour la retraite du mois Mariage et Angoisses de Saint Joseph Les fiançailles juives duraient dordinaire une année entière. Si lon admet que Marie et Joseph se conformèrent à cette coutume, on peut dès lors supposer que Marie, jusquà son mariage, habita Nazareth où elle prépara son trousseau dans la maison dAnne sa mère.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Mariage et Angoisses de Saint Joseph

    Les fiançailles juives duraient dordinaire une année entière. Si lon admet que Marie et Joseph se conformèrent à cette coutume, on peut dès lors supposer que Marie, jusquà son mariage, habita Nazareth où elle prépara son trousseau dans la maison dAnne sa mère.

    Cependant il fallut fixer la date du mariage. Il ny avait plus de raison déviter la semaine ou le jour prohibés. On connaissait lépoque de Pourim, et les fêtes avaient été annoncées. La famille sarrêta donc pour la célébration des noces, au vendredi 15 Védar, cest-à-dire le 24 mars.

    La cérémonie eut lieu dans la matinée, et, comme toujours, chez le jeune époux. Lacte signé fut suivi du repas.

    Contrairement à ce qui se passait aux noces ordinaires, dont les réjouissances duraient souvent fort tard, les réjouissances aux noces de Marie et de Joseph cessèrent de bonne heure. Comme cétait vendredi, le jeune homme neut pas à profiter de la tolérance, qui dispensait le nouvel époux de réciter le Schéma depuis le jour de ses noces jusquau sabbat suivant. Enfin, pour cette même raison du vendredi, Marie, au lieu de rejoindre ce soir-là son époux, fut dabord et en grande pompe conduite au Seigneur : circonstances dont il est impossible de méconnaître la providentielle convenance...

    Au sortir de loffice, le festin du sabbat fut donné chez Alphée. Le repas achevé, Joseph se retira chez lui accompagné des amis des noces, puis il y eut un moment où Marie, à son tour, se trouva seule.

    Marie se mit en prière dans sa chambre éclairée par la pleine lune, dont la clarté planait sur la Palestine endormie. Bientôt elle-même Marie sendormit.

    Le lendemain, 16 Védar (25 mars), Marie séveilla sous une impression de confiance. Elle retourna promptement à la synagogue, puis, regagna sa maison. Laissant les femmes de sa famille qui lavaient accompagnée, elle y pénétra seule. Le sabbat lui interdisait non seulement tout travail, mais lobligeait à garder le silence et à faire le moins de mouvements possible. Marie se mit de nouveau en prière. Certains docteurs passaient une heure avant déprouver le sentiment de la présence de Dieu, mais, elle, en un instant, elle franchit toutes les portes des demeures éternelles. Cest à ce moment précis que, selon la tradition, Marie se sentit pâlir et chanceler. Elle essaya de parler, mais elle en fut empêchée par un jeune homme dune beauté radieuse qui, sinclinant avec respect, lui dit dune voix dont le timbre semblait céleste :

    Je vous salue, Marie, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ! Vous êtes bénie entre toutes les femmes !

    Marie se troubla, non de la vue du jeune homme, mais de ses paroles, car la très humble Vierge nen avait jamais entendu de pareilles, Dieu nayant jamais fait dire rien de si grand à une créature.

    Alors Gabriel la rassura. Ne craignez point, Marie ! Vous avez trouvé grâce devant Dieu ! Voici que vous concevrez dans votre sein et enfanterez un Fils et vous lui donnerez le nom de Jéchouah (Jésus). Il sera grand. On lappellera le Fils du Très-Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père. Il règnera sur la maison de Jacob et son règne naura point de fin.

    Marie était instruite davance sur le mystère du Verbe incarné et sur le sens des prophéties ; et, de plus, la lumière divine léclairait en ce moment même pour pénétrer, dans toute sa profondeur et sa lointaine portée, le sens du message angélique. Elle se vit donc, sans le moindre doute, choisie pour la Mère du Dieu-Messie et crut, sans aucune hésitation, à laccomplissement de tout ce que le Seigneur lui faisait dire, Un seul point demandait une explication et son esprit sy porta aussitôt, car il intéressait son plus cher trésor. La virginité quelle avait engagée à Dieu ne pouvait être mise en péril par la maternité du Verbe ; une prophétie formelle, quelle connaissait bien, lui en garantissait la merveilleuse conservation. Mais que devait-elle faire afin que le miracle saccomplit ? Prudemment et discrètement, Marie dit à lAnge : Comment la chose serait-elle possible, puisque je mabstiens de lacte qui pourrait me rendre mère ? Et lAnge répondant lui dit : LEsprit-Saint surviendra sur vous et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; cest pourquoi la chose sainte qui naîtra de vous, sera nommée le Fils de Dieu. Et voici quElisabeth, votre parente, a, elle aussi, conçu un enfant dans sa vieillesse et ce mois est le sixième de celle quon nommait stérile, car nulle uvre ne sera jamais impossible à Dieu.

    Gabriel avait tout dit ; et, cependant, il ne se retirait pas. Il attendait la réponse de Celle qui devait par son consentement consommer le plan divin. Avec une foi prompte et entière, avec un tressaillement damour et de bonheur, de sa voix qui sonnait plus pure que celle de lAnge : Je suis la servante du Seigneur ! Quil me soit fait selon votre parole ! répondit-elle.

    Gabriel la quitta. Le mystère qui allait saccomplir ne devait pas même avoir un ange pour témoin.

    Les théologiens entreront dans le cur du mystère pour discuter si, à ce moment, Marie neut pas la vision de lEssence divine elle-même. Constatons seulement que cet événement, le plus grand de lHistoire, même humainement, sest passé dans la petite ville de Nazareth, dans la maison de deux époux qui ne demeuraient pas encore ensemble et que cétait le 25 Mars de lan 749 (5 ans avant lère), un samedi. Quand Marie retourna chez les siens et attendit le retour de Joseph de la synagogue, la merveille était accomplie.

    Cest après lAnnonciation que se place la visite de Marie à sa cousine Elisabeth, habitant Juttah, puis la naissance de Jean le Précurseur, enfin le retour de Marie à Nazareth, après plusieurs mois, alors accompagnée de Joseph, son Epoux angoissé.

    En effet, cest durant ce retour que la marche moins aisée de Marie, sa taille moins svelte, les haltes plus fréquentes, que du regard elle implore, éveillent dans lâme de Joseph le premier indice de la maternité, mais cest à peine sil sy arrête. Ce sont là, pense-t-il, des indices dune grande et très explicable fatigue. Comment les forces de la jeune Femme, âgée dun peu plus de quatorze ans, résisteraient-elles à ses prières perpétuelles, à ses veilles, à son
    abstinence, aux lourdes tâches quà Juttah même, à linsu de sa cousine, elle sétait imposées ! Discrètement Joseph linterroge, mais Marie répond quelle ne ressent aucune fatigue. Et le pauvre Joseph, après avoir cherché en vain les offenses dont il aurait pu se rendre coupable envers son Epouse, redouble de tendresse. De son côté, Marie souffre de laffliction de son compagnon bien-aimé ; elle se désole den être la cause et de ne pouvoir lalléger. Elle a supplié le Seigneur dintervenir. Il lui a répondu quil dévoilerait le secret comme il lavait fait à Zacharie et à Elisabeth, mais plus tard, à lheure marquée par sa Providence. En attendant que cette heure arrive, Marie ne cesse de soutenir, par ses prières, le Juste en son épreuve.

    Pour tirer son saint Epoux de perplexités quelle devinait certainement et qui nétaient pas moins douloureuses pour elle, un mot de la Vierge eût été bien puissant. Elle était assurée dêtre crue, et peut-être une prudence ordinaire eût-elle jugé que ce mot devait être dit. Mais une sagesse plus haute inspirait à Marie de respecter le secret céleste ; il y avait une plus délicate convenance à ce que cette confidence ne vint pas delle : cétait à Dieu dordonner à Joseph de garder sa place et sa mission près du Messie, et Dieu saurait le faire au temps convenable. La Vierge très prudente prie et attend.

    Joseph enfin se résout. Il va partir avec quelques hardes et un peu dargent. Le plus secrètement possible, il remettra Marie aux mains de celles qui lavaient déjà dirigée dans le Temple et qui prendront encore soin delle. Quant à lui, il gagnera le désert et rejoindra quelque groupe desséniens.

    Pour la dernière fois, les deux époux récitent ensemble les prières du soir. Marie a vu les préparatifs de Joseph et connaît son projet, et cest, lâme plus accablée dangoisses que les jours précédents, quelle se retire dans sa chambrette. Elle compte y passer toute la nuit en prières.

    La maison est à présent plongée dans lombre. Joseph, étendu sur sa couche, pense se reposer une heure ou deux avant son voyage.

    Mais, à peine ses yeux se sont-ils fermés que sa chambre est tout inondée de lumière. Un ange, souriant, sincline devant lui. Cest le même qui lui ordonna de se rendre au Temple et doffrir à Marie lanneau des fiançailles.

    Joseph, fils de David, lui dit-il , ne crains pas de prendre avec toi Marie ton épouse. Ce qui est formé en elle est louvrage du Saint-Esprit, Elle mettra au monde un Fils à qui tu donneras le nom de Jésus, car il sauvera le monde de ses péchés. Et lenvoyé céleste rappelle la célèbre prédiction dIsaïe : La Vierge concevra et enfantera un Fils ; on le nommera Emmanuel, cest-à-dire Dieu avec nous.

    Joseph séveille aussitôt, un hymne de joie jaillit de son âme. Prosterné la face contre terre, il remercie Dieu de la grâce nouvelle qui lui est faite. Avec la Vierge des Vierges, cest son Fils que le Seigneur lui confie. Il le supplie de lui accorder la sainteté requise par la sublime fonction dont il le charge. Puis il attend le lever du jour pour demander pardon à Marie de la peine involontaire quil lui a causée. Dès lors, la maison de Nazareth surpasse le Saint des saints du Temple, car le Verbe Incarné y réside personnellement et lère rédemptrice commence.

    Les angoisses de St Joseph, avant la révélation divine, firent de lui durant quelque temps lhomme de la douleur. Incertain sur la conduite de la Vierge, il souffrit en silence, attendant que Dieu veuille calmer son inquiétude. Il est des heures où nous avons aussi, nous missionnaires apostoliques, des doutes, des soupçons qui brisent notre cur. Il est des jours où nous sommes angoissés. Tel chrétien nous livre à la tristesse par sa conduite, tel autre se détache de notre bercail. Comme Joseph, il nous est pénible de vivre avec ceux qui nous ont été confiés, car leur manière dêtre nous inquiète. Nous avons des sollicitudes pour lavenir de nos enfants, jeunes gens et jeunes filles, chrétiens de tout ordre et de tout âge, qui font notre croix. Cest notre privilège dêtre dans cette atmosphère pleine danxiété sur le salut de nos ouailles. Que dire aussi de cette croix que nous portons quand nous sommes en butte aux médisances et aux calomnies ! Notre ministère est souvent incompris de la multitude, toujours prête à railler nos conseils et nos façons dagir. Notre zèle est mis en doute et nos luttes contre le mal sont diversement interprétées. Nos amis et, qui sait, nos confrères peut-être, contestent notre dévouement aux âmes, notre apostolat quotidien et nous desservent auprès des nôtres ou de nos supérieurs.

    Joseph nattendit que de Dieu le signe révélateur et concret de la fidélité de son épouse ; nespérons nous-mêmes que du Très-Haut notre justification ! Lui seul scrute les reins et les curs, et Lui seul saura nous calmer et nous fortifier. Longtemps et dans le silence Joseph supporta sa croix, soyons, nous aussi, patients et confiants. Il est des blessures sublimes dont peut saigner notre cur sur terre ; delles jailliront notre force et notre courage. La résignation, et plus, le crucifiement sil le faut, doivent être notre partage absolu. Faire son devoir et le bien namoindrissent jamais, mais, bien au contraire, grandissent. De son épreuve, Joseph est sorti plus noble et plus digne de Jésus et de Marie. Si nous savons tremper nos lèvres au calice sacerdotal, trop souvent amer, nous en serons récompensés. Les béatitudes sont composées de douleurs, ne loublions jamais et sachons y soumettre nos âmes. Quimportent les applaudissements humains, ce ne sont point eux qui sauveront le monde, ni nous, mais la croix. Il est à présumer que Joseph se sentit las, abandonné et que des larmes jaillirent de ses yeux. Heureusement Dieu vint et changea en joie toute sa tristesse. Ayons confiance, car nous renaîtrons, nous aussi ; notre allégresse éclatera. De notre douloureuse expérience sortira féconde une plus grande paternité pour les âmes, et la croix, comme Marie pour Joseph, sera pour nous une compagne que nous aimerons jusquà notre dernier soupir.

    SACERDOS.


    Un des plus grands secrets de la vie spirituelle est que le Saint-Esprit nous conduit, non seulement par les lumières, les facilités, mais encore par les obscurités, les insensibilités, chagrins, angoisses, révolte des passions et des humeurs.

    Je dis bien plus : cette voie crucifiée est la meilleure, la plus assurée, et elle nous fait arriver plus tôt à la perfection.

    Lâme éclairée estime chèrement la conduite de Dieu qui permet quelle soif accablée de peines, et elle comprend fort bien que ce sont là des faveurs et non des disgrâces... Il faut nécessairement passer par ce purgatoire des souffrances.

    Bossuet.

    1928/257-263
    257-263
    Anonyme
    France
    1928
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