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Pensées pour la retraite du mois 5

Pensées pour la retraite du mois La Visitation Bien que lEvangile ne nomme pas la ville de Juda séjour ordinaire de Zacharie, prêtre de la classe dAbia, la cité dAin-Karem, distante de 7 kilomètres environ de Jérusalem, réunit aujourdhui les opinions des géographes et des archéologues palestiniens. Cest là, selon toute tradition, que se rendit la Vierge partie de Nazareth pour visiter sa cousine Elisabeth, quelle lassista durant trois mois, chanta le Magnificat et que Zacharie entonna le Benedictus.
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    Pensées pour la retraite du mois

    La Visitation
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    Bien que lEvangile ne nomme pas la ville de Juda séjour ordinaire de Zacharie, prêtre de la classe dAbia, la cité dAin-Karem, distante de 7 kilomètres environ de Jérusalem, réunit aujourdhui les opinions des géographes et des archéologues palestiniens. Cest là, selon toute tradition, que se rendit la Vierge partie de Nazareth pour visiter sa cousine Elisabeth, quelle lassista durant trois mois, chanta le Magnificat et que Zacharie entonna le Benedictus.

    A peine a-t-elle conçu lHomme-Dieu que Marie, fidèle à son rôle de communiquer partout et toujours la vie de Jésus, quitte son foyer. Ni les fatigues dun long voyage à travers un pays très accidenté et peu sûr, ni la légitime raison de ne point mettre en péril son divin Fardeau ne larrêtent. Elle a Jésus vivant en Elle, mais, loin dêtre égoïste, elle va Le porter aux autres et les faire bénéficier de célestes faveurs. Elisabeth, sa cousine, par révélation directe sait le grand mystère : Marie, Mère de Dieu, bénie entre les femmes et dont le fruit des entrailles est Saint, vient la visiter. A linstant même, son fils, le plus grand des Saints de lAncien Testament, le Précurseur chargé daccréditer plus tard Jésus parmi les peuples, exulte de joie et manifeste sa présence intime devant la présence occulte de son Dieu. Cest alors la communication des biens entre Jésus et Jean, entre Marie et Elisabeth, et, selon toute vraisemblance, entre Joseph et Zacharie. Marie glorifie le Seigneur et des paroles sublimes jaillissent de ses lèvres embrasées damour divin. Le sentiment de son humilité profonde et de la grandeur de Dieu la confond. Le Magnificat, écho lumineux des perfections divines et des imperfections humaines, est proclamé par lenthousiaste servante du Seigneur. Il nest peut-être pas de scène évangélique plus émouvante et plus sublime que celle de la Visitation : cest la rencontre et la fusion des âmes les plus nobles de lAncien et du Nouveau Testament.

    Ainsi que Marie, nous sommes allés porter Jésus-Christ, nous missionnaires, à travers des pays lointains et difficiles. Remplissant notre vocation, notre rôle, nous avons quitté, sans souci des peines et des labeurs, notre patrie bien aimée pour éclairer divinement les âmes de ces païens devenus nos compatriotes. Nous y sommes-nous rendus toujours dans lunique but de montrer Jésus, dêtre ses hérauts, ses ambassadeurs ? Avons-nous dabord compris que nous devions porter en nous-mêmes Jésus avant de le communiquer aux autres ? Entourés de personnes et dobjets capables de nous faire oublier le Maître, obsédés de besoins matériels ou de soucis, notre vie na-t-elle pas suivi son cours humain plutôt que sa marche divine vers lInfini ? Hommes de peu de foi, avons-nous vécu en Jésus et acquis ses intimités ? Nous avons eu de temps en temps, sans doute, des sursauts de foi, lors de nos retraites mensuelles ou annuelles ; nous avons repris nos principes dunion pour en faire une application transitoire, inconscients de nos abandons fréquents. Alors que nous aurions dû nous diviniser, avoir des accroissements spirituels, notre insouciance, notre apathie, notre lâcheté peut-être nous ont courbés chaque jour davantage vers la terre, et notre âme en a respiré tous les miasmes. Au lieu dêtre amis du Christ, nous navons été bien souvent que des ingrats.

    Manquant de recueillement, troublés par mille occupations supposées légitimes, nous navons pas eu le temps de nous occuper du Maître, alors que nous en avions à perdre pour ses valets ou ses ennemis. Distraits par des courses, des visites et des lectures peu justifiables parfois, notre piété sest étiolée et nous sommes devenus ces bois morts, qui sait ? bons à jeter au feu peut-être !

    Comme il nous est utile de contempler Marie visitant Elisabeth ! Marie est le canal par où sécoule la source divine, Jésus, se répandant sur Elisabeth, Zacharie et Jean. Marie, dans toutes ses démarches, emporte Jésus, et ses pensées se concentrent sur Lui. Elle est en perpétuel contact avec son Dieu. Son Dieu reste encore caché, sans doute, mais pour parler à lâme, il na nul besoin de se manifester extérieurement. Tout colloque entre Jésus et lâme est intime. Jésus est alors un prisonnier, mais un prisonnier qui doit vivre en nous jour et nuit, car nous devons être, comme Marie et plus que Marie, son tabernacle. Notre communion quotidienne, continuée par laction de grâces la journée entière, nous assure la permanence de Jésus en nous. Et nos chrétiens profiteront de notre vie dunion. Nous serons, en effet, des âmes rayonnantes, au travers desquelles se montrera Jésus. Que de Saints et de Saintes nont-ils point ainsi fait transparaître la Divinité cachée !

    Vivants dune vie divine, nous aurons nécessairement à cur de la communiquer. Nous irons vers nos frères dans le sacerdoce dabord, puis vers nos chrétiens, vers ceux et celles qui forment notre troupeau. Se visiter entre confrères doit être plus que politesse et courtoisie. Il est des rencontres obligatoires et bénies. Visites à tel confrère souvent seul, malade, âgé, déprimé, persécuté. En ce temps dangoisses apostoliques, nous ne devons rien épargner pour rendre plus supportable à nos confrères le poids du jour et de la chaleur. Visites aux communautés religieuses, aux chrétiens, aux autorités, aux pauvres pour les assister, aux riches pour se ménager quelque aumône. Visites aux écoles, aux hôpitaux, aux prisons. Toutes visites qui simposent quand il sagit des affaires de notre Père.

    Jésus nest venu sur terre que pour y répandre le feu de lamour divin ; nous ne devons être en mission que pour agir de même. A la Loi de crainte succède, lors de la Visitation, la Loi damour. A Jésus en Marie y rachète lHumanité, figurée par Elisabeth et Jean. Nous sommes loin, hélas ! de voir sépanouir cette Loi damour parmi les peuples que nous évangélisons. Il semblerait, au contraire, que lheure présente ramène la haine et la cruauté. Nous assistons à de nouveaux sursauts sataniques et, tandis que le Christ cherche à mettre son emprise plus profonde en notre Extrême-Orient, Satan de son côté hurle à la mort.

    Pillages et meurtres sont à lordre du jour en Chine, et nous assistons impuissants au sac de nos églises, aux massacres de nos chrétiens. Ayons confiance, car Dieu veille. On a justement appelé la Visitation lEpiphanie de la Sainte Vierge : attendons. lEpiphanie de lÉglise catholique en Asie. Merveille de cette journée, sécrie Bossuet, Jésus-Christ est caché, et cest Lui qui opère tout ; il ne paraît en Lui aucun mouvement, et il meut tout. Dieu nest pas absent de notre pays dapostolat ; il y vit, encore caché en certains endroits, mais cest Lui qui meut tout. Les hommes sagitent les escadres savancent, les diplomates se réservent, la force armée piétine, quimporte ! Dieu se montrera quand il le voudra, et nous aurons la joie profonde de chanter tôt ou tard, comme Marie, notre Magnificat.

    SACERDOS.

    1927/265-268
    265-268
    Anonyme
    France
    1927
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