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Pensées pour la retraite du mois 4

Pensées pour la retraite du mois Fidelibus tuis perpetuam concede lætitiam...
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    Pensées pour la retraite du mois

    Fidelibus tuis perpetuam concede lætitiam...

    Une action durable naît dordinaire dune longue et sérieuse réflexion. Lâme sinstruit, se transforme par la méditation prolongée. Les mystères de lIncarnation et de la Rédemption ont une telle importance au point de vue de notre salut que nous devrions sans cesse les avoir présents à lesprit, dabord pour témoigner à Dieu une juste reconnaissance, et aussi pour profiter des lumières dont elles sont pour nous la source. Plus nous nous arrêterons souvent à considérer le bienfait de la Rédemption, plus notre cur sera rempli dune reconnaissance joyeuse, persistante, perpetuam concede lætitiam (Collecte du 2ème dimanche après Pâques), de cette joie sainte que les solennités pascales ont dû déposer comme un germe précieux dans les âmes, surtout dans les âmes de missionnaires.

    I. Il est bien impossible de comprendre jamais labaissement du Fils de Dieu prenant la nature humaine. Aucun esprit créé ne pourra jamais mesurer la distance qui sépare notre nature de la Divinité : les plus grands génies, St Paul, St Augustin, St Thomas sinclinent humblement. Si pendant les fêtes pascales il nous a été donné de recevoir quelque intelligence dun si étonnant mystère nous pourrons toujours dire que les desseins de Dieu sont impénétrables à notre esprit. Une chose du moins doit nous frapper : lexcès de bonté qui a déterminé notre Sauveur à cacher sa gloire sous les voiles de notre chair, à accepter les souffrances de la Passion, pour atteindre le but quil sétait proposé : in Filii tui humilitate jacentem mundum erexisti.

    Le péché dAdam avait séparé pour toujours lhomme de Dieu. Un sentiment de honte craintive avait poussé notre malheureux ancêtre à fuir la face divine, et triste conséquence de la faute héréditaire, ses malheureux enfants nosaient plus lever leurs yeux vers le ciel ; Adam pécha, dit lApôtre, et en lui péchèrent tous ses descendants.

    Mais à cette déchéance originelle sajoute pour nous-mêmes la déchéance causée par nos propres fautes. Ici encore les générations semblent solidaires les unes des autres, les fils héritent des crimes de leurs pères. Dans les pays de vieille civilisation nous avons pu constater le bien-fondé de ces remarques, combien elles nous paraissent plus vraies encore quand nous regardons ces nations païennes au milieu desquelles nous vivons.

    Javais reçu en moi limage de Dieu, dit St Grégoire de Nazianze, et je ne lavais pas conservée ; Dieu a pris une chair pour donner la vie à mon âme... dans la première alliance il nous donnait sa ressemblance, dans la seconde il daigne prendre notre nature elle-même... il se prive pour un moment de sa gloire afin que je participe à sa plénitude. Et voilà pourquoi le grand désir de ceux qui voudront travailler à lélévation de lhumanité sera détablir toutes choses dans le Christ. Instaurare omnia in Christo : nest-ce pas le mot dordre du jour ? Le Christ seul est constitué par Dieu pour relever non seulement les hommes en particulier, mais encore les sociétés déchues : in Filii tui humilitate jacentem mundum erexisti.

    On reprochait à Jésus daimer les gens de mauvaise vie et basse condition. Mais nest-ce pas par cet abaissement quil les relève ? Exemplum dedi vobis... lordre du maître est clair, et il sadresse surtout à nous prêtres-missionnaires. Il ny a pas dautres moyens pour convertir les païens : si nous ne nous abaissons pas, non tantum in verbo, sed et in opere, notre zèle, quelque ardent quil soit, quelque forme quil prenne, naboutira rien.

    II. Fidelibus tuis perpetuam concede lætitiam : donnez à vos fidèles une joie perpétuelle. Au jour de la Résurrection lEglise chantait : Cest aujourdhui le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous en ce jour et tressaillons dallégresse, à qui cette invitation est-elle adressée ? Aux fidèles fidelibus tuis, à tous ceux qui aiment Dieu, le servent en esprit et en vérité. Ceux-là possèdent la paix apportée par Jésus, cette paix, principe dune joie toute spirituelle qui rejaillit sur lêtre tout entier. La joie que nous appelons spirituelle est lapanage du juste, elle est la sauvegarde contre la fatigue, elle adoucit les peines de la vie, elle donne la patience et sexalte même en proportion de lépreuve et de la souffrance.

    A nous, missionnaires, les tribulations, les souffrances physiques et morales ne manquent pas, mais elles ne sont pas plus grandes que celles dont fut abreuvé le grand Apôtre qui savait trouver une surabondance de joie au milieu même de ses tribulations. La joie nous aide à faire le bien, grâce à elle le devoir a des attraits, on fait bien et sans peine ce que lon fait joyeusement, et surtout : hilarem datorem diligit Deus. En ce temps pascal nous avons une raison particulière de goûter cette joie que personne ne saurait nous ravir : cest la victoire que Jésus-Christ a remportée sur la mort, nous affranchissant de lempire quelle avait acquis sur nous pour nous asservir à lenfer : quos perpetu mortis eripuisti casibus. Plus la crainte dans un danger imminent a été vive, plus nous ressentons la joie den être délivrés.

    Cependant ici-bas notre quiétude ne saurait être parfaite, nous ne pouvons oublier la grandeur de notre faiblesse et la puissance de nos ennemis. Mais notre Divin Sauveur nous a assuré, si nous lui demeurons fidèles, une joie durable dans le temps. Enhardis par la concession dune si précieuse faveur et comme encouragés à ne point mettre de bornes à nos vux, lEglise nous invite à lui demander de nous faire participer aux joies éternelles : gaudiis facias perfrui sempiternis.

    En nous appelant à lapostolat, Notre-Seigneur nous a donné lassurance intime que nos noms, comme ceux des soixante-douze disciples, sont inscrits au Ciel : gaudete autem quod nomina vestra scripta sunt in clis. Nous sommes des prédestinés, à nous dassurer par nos uvres notre prédestination ; en tout cas lespérance est déjà une grande joie et une grande force.

    O mon Dieu, donnez-moi votre amour, donnez-moi la joie qui vient de votre amour, rien ne pourra ni me séparer de vous, ni troubler mon bonheur.
    1932/237-240
    237-240
    Anonyme
    France
    1932
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