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Pensées pour la retraite du mois 4

Pensées pour la retraite du mois Seigneur, donnez-nous des saints ou faites de nous des saints ! Je reviens à la formule dapostolat que je rappelais le mois dernier : se sanctifier, travailler à devenir des saints pour convertir les autres et les sanctifier à leur tour. Nous avons besoin de missionnaires, nous avons surtout besoin de saints, de saints missionnaires. Les bons prêtres, les missionnaires zélés et vertueux font du bien sans doute, mais beaucoup moins que nen ferait un saint prêtre, un saint missionnaire.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Seigneur, donnez-nous des saints
    ou faites de nous des saints !

    Je reviens à la formule dapostolat que je rappelais le mois dernier : se sanctifier, travailler à devenir des saints pour convertir les autres et les sanctifier à leur tour.

    Nous avons besoin de missionnaires, nous avons surtout besoin de saints, de saints missionnaires. Les bons prêtres, les missionnaires zélés et vertueux font du bien sans doute, mais beaucoup moins que nen ferait un saint prêtre, un saint missionnaire.

    Il nest que de parcourir lhistoire de lEglise : là où les saints ont travaillé, par exemple dans le Chablais, S. François de Sales ; en Vendée, le Bx Grignon de Montfort ; à Ars, S. Jean Vianney, quelles superbes victoires pour la religion, quels magnifiques succès pour lapostolat !

    Seigneur, donnez-nous donc des saints ! Tout compte fait, cest ce qui nous manque le plus : donnez-nous des saints, beaucoup de saints, des saints dans toutes les missions !

    Est-ce là trop demander ? Non, sans doute, car en définitive nous devons tous être des saints, du moins nous sommes tous appelés à la sainteté.

    Mais non, vous exagérez, dira peut-être quelquun, croyez-vous vraiment quun tel et un tel, par exemple, sont appelés à la perfection, à la sainteté ? Et sans aller chercher ailleurs, me voyez-vous devenir un saint, moi, avec mes passions si fortes, ma volonté si faible, mon caractère si défectueux, mon tempérament si mou, si paresseux ? Allons donc, la sainteté, la perfection, cest bon pour les natures délite ; avec un tempérament comme le mien, il ny a pas à y songer.

    Oui, il faut reconnaître notre misère, nous navons que trop lieu de le faire, je le sais, hélas ! mais il ne faut pas cependant nous dire, nous faire plus mauvais que nous ne sommes. Malgré nos défauts, nous avons assez de qualités pour que lon nous ait reconnus aptes au sacerdoce et à lapostolat. Etant prêtres, nous sommes par là même appelés à la perfection ; autrement dit, la vocation sacerdotale implique la vocation à la sainteté. Cest là une vérité incontestable, dont les preuves abondent.

    Une des plus fortes est sans doute lenseignement unanime des docteurs déclarant, à la suite de S. Thomas dAquin, que le digne accomplissement des fonctions sacerdotales exige plus quune vertu commune et même une vertu éminente. Ad idoneam executionem ordinum non sufficit bonitas qualiscumque, sed requiritur bonitas excellens, imo requiritur major sanctitas interior quam requirit etiam religionis status.

    Une autre preuve, cest que dans sa nouvelle législation lEglise insiste sur la nécessité de la sainteté pour le clergé et les moyens de lacquérir, et nous nous souvenons quaux jours de nos ordinations lEglise a demandé à Dieu que nous soyons des saints, ornés de toutes les vertus. Ut abundet in eis totius forma virtutis, dit le Pontifical, eluceat in eis totius forma justiti, clestis vit formam prbeant ; innova in visceribus eorum Spiritum sanctitatis... ut virtutibus universis instructi tibi compareant.

    Que dis-je : lEglise demande à Dieu la sainteté pour ses ministres, mais Notre-Seigneur lui-même a prié pour que ses apôtres et ses prêtres à venir fussent des saints, lorsquaprès la dernière Cène il disait à son Père : Pater, sanctifica eos in veritate.

    Puisque notre divin Maître a prié pour que nous soyons des saints, oserons-nous prétendre que nous ne sommes pas appelés à la perfection, ou que la sainteté nest pas faite pour nous ?

    On ne nous demande pas dêtre parfaits en un jour, on nous demande seulement de travailler à le devenir, cest-à-dire de tendre chaque jour à la perfection, à la sainteté. Or quest-ce que tendre à la perfection, travailler à devenir des saints ? Cest dabord ne pas prendre son parti de la médiocrité dans la vertu, ne pas dire : pourvu que je me sauve, cela me suffit ; cest ne pas fixer de limites à notre désir daimer Dieu et de lui plaire ; cest surtout travailler chaque jour à bien faire toutes nos actions, à bien faire oraison, à bien dire la messe, à bien réciter le bréviaire, à remplir soigneusement tous les devoirs de notre charge, à lutter contre nos passions et nos défauts, et malgré nos défaillances, nos lassitudes et nos chutes, à recommencer chaque matin notre tâche et notre lutte comme si de rien nétait.

    Daprès S. Bernard la perfection ne consiste pas précisément à ne point tomber, mais plutôt à ne point sarrêter, à reprendre chaque jour son travail et ses efforts pour plaire à Dieu, à avoir chaque jour lindéfectible souci de progresser : indefessum proficiendi studium, jugis conatus ad perfectionem, perfectio reputatur.

    Et cest pourquoi le chemin de la perfection nous est ouvert à tous tant que nous sommes ; quelles que soient nos fautes passées, quelle que soit notre faiblesse actuelle, si indignes et incapables que nous pensions être, et que nous soyons en effet, si infructueux quaient été nos essais précédents, si inefficaces quaient été nos résolutions jusquà ce jour, nous pouvons toujours commencer aujourdhui à suivre Notre-Seigneur, à nous donner entièrement à lui ; notre divin Sauveur est toujours prêt à nous recevoir et à nous accorder sa grâce pour nous aider à recommencer ou à continuer demain et chaque jour notre marche et notre oblation.

    En faisant ainsi, nous avancerons chaque jour et bien que partis de très bas nous arriverons très haut, nous laisserons les sentiers de la médiocrité et de la tiédeur, nous entrerons dans le chemin de la ferveur, nous y progresserons peu à peu et avant quil soit longtemps peut-être nous atteindrons la voie parfaite qui mène à la sainteté.

    Tout cela peut paraître difficile : oui, difficile pour ceux qui ne veulent pas ou ne veulent quà demi, non, pour ceux qui veulent sincèrement. Nous connaissons tous la réponse que fit un jour S. Thomas dAquin à une de ses surs qui lui demandait ce quil fallait faire pour être sauvée ? Il faut le vouloir, dit le saint. Et pour progresser dans la vertu ? Il faut le vouloir. Et pour arriver à la perfection ? Il faut le vouloir. Si vous le voulez vous serez sauvée, si vous le voulez, vous avancerez dans la vertu ; si vous le voulez vous deviendrez sainte. Le tout est de vouloir, car la grâce de Dieu ne nous fait jamais défaut.

    Les meilleurs auteurs spirituels ne parlent pas autrement que S. Thomas. Il est également certain, dit le P. Saint-Jure, que jamais Dieu ne donne si peu de grâce à aucun chrétien, et encore moins à aucun prêtre ou religieux, que sil voulait y coopérer et en faire bon usage, il ne se rendît fort vertueux et parfait. Certainement la grâce de Dieu ne nous manque pas, mais nous manquons à la grâce ; nous avons assez de moyens, mais nous ne voulons pas nous en servir ; Dieu nous prépare une très riche couronne et nous nous contentons dune moindre ! il veut nous élever à un haut degré de perfection et nous ne voulons quune vertu médiocre. (De la connaissance et de lamour de N. S. J. C. Liv. III, chap. XIII).

    Ayons donc la sagesse de vouloir désormais une vertu parfaite, ne nous laissons pas arrêter par les difficultés de lentreprise ; ces difficultés, nous ne pouvons certes en triompher par nos propres forces, mais nous sommes assurés du secours du Tout-Puissant qui ne demande quà nous venir en aide ; plus nous serons généreux envers lui, plus il sera libéral de ses dons et de ses grâces à notre endroit.

    Nos défauts, nos négligences, nos misères actuelles ne doivent pas être un obstacle à notre confiance darriver à la perfection. Les saints nous enseignent en effet que loin dêtre gêné par la misère dune âme. Dieu est attiré dès lors que cette misère savoue et le supplie. Autant dire que plus nous sommes misérables ou miséreux, plus Notre-Seigneur se penche vers nous avec amour, avec tendresse, telle une mère vers le plus infirme, le plus souffrant, le plus malheureux de ses enfants, et plus il est disposé à nous venir en aide.

    Nos passions, notre mauvaise nature, Dieu les connaît de reste, ipse cognovit figmentum nostrum, quoniam ipse fecit nos ; et cependant il nous a appelés à lapostolat, et par conséquent il nous appelle aussi à la perfection, à la sainteté. Or, nous dit le Concile de Trente, Deus impossibilia non jubet, sed jubendo monet et facere quod possis et petere quod non possis et adjuvat ut possis.

    Aidez-nous donc, Seigneur, ut digne ambulemus vocatione qua vocati sumus, aidez-nous à répondre parfaitement à votre appel, à votre attente, à votre amour, aidez-nous à devenir des saints.

    1933/241-245
    241-245
    Anonyme
    France
    1933
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