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Pensées pour la retraite du mois 4

Pensées pour la retraite du mois  BONTÉ PASTORALE Lorsque, écartant le voile des mots évangéliques pour contempler de plus près votre intime physionomie, ô Jésus, je vous trouve familier avec tous ceux qui vous entourent, apôtres, disciples, enfants, vous donnez alors à ma sévérité pastorale une salutaire leçon que je veux pieusement recueillir ce mois-ci.
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    Pensées pour la retraite du mois

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    BONTÉ PASTORALE

    Lorsque, écartant le voile des mots évangéliques pour contempler de plus près votre intime physionomie, ô Jésus, je vous trouve familier avec tous ceux qui vous entourent, apôtres, disciples, enfants, vous donnez alors à ma sévérité pastorale une salutaire leçon que je veux pieusement recueillir ce mois-ci.

    Oui, Seigneur, malgré la provenance sociale de la plupart de vos auditeurs, vous leur octroyez presque à tous, dans vos divines paroles, des qualités précieuses. Est-ce possible ? Vous constatez judicieusement leur nature vivante, active, pleine dinitiatives... Ici on a refusé de vous recevoir dans la ville, et voici Jacques et Jean qui veulent faire descendre le feu du ciel sur elle. Là cest Pierre, qui tire son épée dès quon vous touche.

    Plus même. Sur lun deux vous arrêtez avec complaisance vos regards : Ecce vere Israelita, in quo dolus non est. Vous êtes aimable avec Zachée, indulgent avec Madeleine, compatissant avec Judas. Vous ne permettez pas quon éloigne de vous les petits enfants, vous guérissez les lépreux qui vous crient de loin leur misère, vous ressuscitez le fils de la veuve. Immense est votre condescendance, votre amour pour lopprimé, le faible, le pécheur.

    O Jésus, je ne vous considère pas assez souvent sous cet aspect miséricordieux ; car alors combien différente serait ma conduite envers ceux que vous mavez confiés !

    Y a-t-il beaucoup de différence sociale, en effet, entre ceux que jai mission dévangéliser et ceux que vous avez choisis, dabord, par votre naissance au milieu deux, comme compatriotes ; puis, par votre élection, comme disciples ? Jen conviens à la réflexion : le terrain que vous mavez donné à défricher, nest pas moins fertile, si je le veux, que ne létait votre Gaulée de jadis. Comme vous, ô Jésus, quand jy regarde de près, je trouve des individus riches de vie, simples et généreux dans la foi. Et si mon lot évangélique comporte vraiment des natures difficiles, ingrates, tarées, des caractères frustes, inachevés, sans culture, ne dois-je point admettre que vous en avez trouvé, vous aussi ? Latmosphère païenne nest sans doute pas propice à léveil, soit ; mais le milieu juif et pharisien valait-il mieux ? Je me plains du manque délévation morale, des procédés indélicats, de lincorrection de mes ouailles ; mais vous, ô Jésus, navez-vous pas eu plus que moi à vous plaindre et à souffrir en silence ? Mes chrétiens, même les meilleurs, ont des passions dintérêt, denvie, dorgueil, des alliages de bons et de mauvais sentiments, une foi vacillante, quasi vénale et laïque : voilà ce que je constate en désemparé, comme si, tout le premier, vous ne laviez remarqué vous-même chez vos disciples et vos apôtres privilégiés, ô Jésus, Maître adoré ! En définitive, je me plains que luvre que vous mavez confiée soit pénible, dure, parfois presque au-dessus de mes pauvres forces... Pourquoi ? Parce que je nai ni votre programme, ni votre zèle.

    Vous voulez les vôtres parfaits comme votre Père céleste est parfait, mais vous tenez compte de leur extraction, de leur milieu social, de leur faiblesse naturelle, de leurs dispositions intérieures, de leur mentalité pleine derreurs charnelles, ainsi que sexprime Pascal. Mieux que personne, vous savez quils rêvent dun royaume terrestre, dhonneurs, de richesses ; ils demandent de sasseoir lun à votre droite, lautre à votre gauche. Et doucement, progressivement, paternellement surtout, vous avez peu à peu modifié leurs espérances et tourné leurs esprits vers un idéal meilleur. Ce nest pas dun jour de travail que vous avez fait dépendre leur perfection, mais dune conversation prolongée, tenace, intense. Enfin vous avez prié et souffert pour eux jusquà la mort.

    Nous, vos successeurs indignes, doués dune activité parfois fébrile, nous voulons un résultat presque immédiat, quasi visible dans un court, laps de temps. Nous cherchons à améliorer en vitesse, à sanctifier hâtivement, à forcer nos jeunes plants. Nous avons de lardeur, ô Jésus, et du zèle, mais combien impatient et désordonné ! Trop souvent nous refusons à nos chrétiens quelques années dapprentissage dans la vie spirituelle ; dès leur enfance à la vie intérieure, nous leur demandons les vertus, épanouies de lhomme complet. Nous laissons de côté ces importants facteurs : le temps, lhérédité, la nationalité ; ou bien nous nen tenons pas assez compte. Nous oublions surtout que votre Père est libre dans la distribution des grâces quil concède bénévolement à chacune de nos ouailles. Enfin nous prions trop peu pour nos chrétiens.

    Oh ! Seigneur, comme fruit de cette récollection, faites-moi comprendre que je suis le serviteur inutile, linstrument que vous avez sans doute choisi, mais qui doit se laisser manier par vous. Que votre volonté saccomplisse, ô Jésus, et non la mienne ! Que votre règne arrive !

    Régnez, Seigneur, sur mon petit troupeau. Je le trouve indocile à ma voix, lent à me suivre dans les prairies abondantes de paix où je voudrais tant le conduire. Quimporte, ô Jésus, pourvu que vous, Maître moins exigeant que moi, vous le regardiez malgré ses défauts avec complaisance, pourvu que vous le bénissiez et quun jour vous ladmettiez avec son pasteur dans la gloire de votre éternité !

    SACERDOS.

    1922/189-191
    189-191
    Anonyme
    France
    1922
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