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Pensées pour la retraite du mois 4

Pensées pour la retraite du mois LEnfance de Marie, son entrée au Temple et lAnnonciation.
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    Pensées pour la retraite du mois

    LEnfance de Marie, son entrée au Temple et lAnnonciation.

    Agée de trois mois environ, Marie, portée par sa mère, quitte Jérusalem pour Nazareth, où elle doit vivre désormais. La frêle enfant nest encore quun petit être dans un berceau, buvant le lait maternel et respirant lair frais de la Galilée. Anne et Joachim jouissent alors de Marie, dont ils doivent, hélas ! Se séparer avant trois ans, puisquils lont consacrée dès sa naissance au service du Seigneur dans le Temple. On aimerait à raconter ici certains épisodes de cette première enfance de la Vierge, et surtout admirer la munificence divine embellissant son âme, sans violer pourtant les lois ordinaires de la nature humaine. Mais, si les théologiens nont pu que balbutier sur ce sujet, la réserve, de toute évidence, simpose à nous. Ce quon peut assurer, cest que Dieu, sans écraser dune gloire alors incomprise sa Fille de prédilection, laimait déjà comme il naima nulle créature. Les anges seuls pénétraient le mystère dont Marie était lobjet, tandis que les habitants de Nazareth ne remarquaient quune enfant ordinaire, innocente et charmante.

    Vint un jour où Joachim, Anne et Marie quittèrent Nazareth en caravane, gravirent les monts de Juda et sapprochèrent de nouveau de Jérusalem. Débouchant sur la colline des Oliviers, ils purent deviner à lhorizon la mer Morte, tout proche le mont Moriah et le torrent de Cédron, quils traversèrent.

    Ce nest que plusieurs jours après son entrée à Jérusalem que Marie gravit les degrés du parvis des femmes. Elle y fut reçue par Zacharie. En sacrifice Joachim et Anne offrirent trois taureaux, du vin et un boisseau de farine ; puis quelques compagnes vinrent prendre lenfant et lintroduisirent dans une annexe du Temple.

    La vie de Marie se passe dès lors dans la prière et ladoration. Elle étudie la Loi, les Saints Livres, les Prophètes, et mieux que les Docteurs elle en comprend le sens et entrevoit des horizons insoupçonnés des maîtres hagiographes. Jusquà lâge de treize ans, Marie chante le Seigneur, auquel, la première de toutes les créatures depuis le commencement du monde, selon les Pères, elle aurait fait vu perpétuel de virginité. Vu, dailleurs, inouï et sans valeur aux yeux des prêtres, puisque le naziréat seul était permis jusquà lâge nubile. Et cest ainsi, nous dit lEvangile, que Marie fut fiancée à Joseph, jeune homme denviron dix-sept ans, de la descendance de David, qui la conduisit à Nazareth. Un an après eut lieu le mariage, suivi de lAnnonciation.

    La date du 25 mars est traditionnelle et les paroles de lannonce faite à Marie, consignées par saint Luc, sont dans toutes les mémoires. Le grand mystère neut aucun témoin, pas même lange Gabriel, qui se retira respectueusement avant que lIncarnation saccomplît. Quels furent les sentiments de Marie quand Elle comprit sa fonction de Mère de Dieu ? Nul ne le sait. On a souvent sondé ses douleurs, personne nest pleinement entré dans sa joie. Cest que lIncarnation dépasse limagination, et la conception dun Dieu par une Vierge sort des limites des lois de la nature humaine. LEsprit Saint façonne lhumanité du Christ et lui communique une âme pleinement apte au divin. Le Verbe, fait chair dans le temps, commence la rédemption. Anéanti, lHomme-Dieu rend à la Trinité le plus inconcevable hommage quElle puisse recevoir dune créature. Selon le mode ordinaire de tout être, Jésus-Christ vient en ce monde afin de lilluminer, de laimer et de le sauver. Gloire à Dieu et gloire à sa divine Mère !

    Cest par le sacrifice que Marie toute prédilection de la Trinité mise à part, sest acquis son ineffable titre de Mère de Dieu et cest également par le sacrifice que notre vocation de missionnaire sest épanouie. Audi, filia,. obliviscere domum patris tui,.et Marie se réfugie au Temple, comme nous plus tard dans quelque maison déducation chrétienne. Au Temple, Marie fut humble, studieuse et obéissante : ainsi dut-il en être de nous. Des maîtres vénérés nous promenèrent à travers les siècles passés, glanant pour notre imagination, notre mémoire et notre raison, des gerbes de faits historiques, littéraires, scientifiques et philosophiques. Moins que la Vierge, malheureusement, nous eûmes alors le loisir de feuilleter le Livre Saint et ce ne fut quà laurore de notre vie lévitique que la Bible et les sciences sacrées nous ouvrirent leurs incomparables trésors.

    Comme la Vierge nous eûmes longtemps une vie réglée, et la discipline fut notre partage. Heureux temps que nous nous prenons à regretter aujourdhui que le tourbillon des affaires nous harcèle. La règle, létude et la prière furent les trois grands devoirs détat de Marie et la triple voie qui la conduisit à Dieu. Il ny en a pas dautres pour nous, missionnaires. Sans doute, nous nentendons plus, comme au séminaire, lappel de la cloche, si ce nest trois fois le jour, alors que lEglise nous invite à nous souvenir du grand mystère de lAnnonciation et règle ainsi notre activité. Quimporte ! Notre règlement particulier doit nous rappeler à lordre à des intervalles réguliers et nous dicter lemploi de notre temps.

    A la prière, donnons la primeur de nos journées. Lhomme vaut par ses habitudes méditatives. Lartiste médite son chef-duvre, le diplomate médite son rapport ou son traité, le philosophe médite sa théorie. Et le prêtre ?.. La Vierge, siège de toute sagesse, a passée sa vie entière dans la méditation et Celle que lon ose faire participer au conseil de la Très Sainte Trinité apprit à se sanctifier par lunion constante avec Dieu. Faisons de même.

    Reste enfin le travail. Marie, fille de rois, Mère du Roi des rois, travailla. Elle est active dans la maison de Dieu et le labeur manuel ou intellectuel occupe ses jours. Elle coud ses tuniques ou déroule le manuscrit. Elle assiste aux sacrifices quotidiens, compte les victimes et reçoit les gâteaux de miel ou la mesure dhuile. Elle tisse le lin, brode les ceintures lévitiques et mêle la gamme des soies écarlates, hyacinthes et dorées, destinées à la fabrication du voile du saint des Saints. Plus souvent elle récite les bénédictions rituelles et prend part aux eulogies en lhonneur de Jéhovah. Elle en composera elle-même, imitant les psaumes davidiques ou les hymnes, quelle terminera par le solennel Halelou Yah. Ce fut peut-être durant une de ses effusions mystiques que la Vierge reçut en son sein le Désiré des Nations. En tous cas, combien grande dut être son extase quand la prodigieuse génération du Verbe saccomplit par son Fiat !

    Et pourtant, ce que la Vierge obtint une seule fois par sa parole créatrice, voici que nous, prêtres, nous le réalisons journellement. Aussi véritablement que Marie, nous créons Jésus eucharistique. A lénonciation de ces quatre paroles: Hoc est corpus meum, Dieu le Père ouvre encore son sein et le Fils par éternelle génération en jaillit. Ce nest plus, sans doute, lEnfant qui va naître à Bethléem, mais cest lHomme fait, qui de la crèche a bondi jusquà la croix, selon lexpression de saint Bernard. Au moment de la consécration, ni lAigle du Prophète, ni le Lion de Juda, ni ce Ver de terre qui se tordait sous le fouet ne se révèlent: la foi seule nous apprend que sous les apparences vit Jésus-Christ. Demandons à Marie cette foi vigilante et humble, cet esprit dadoration dont elle se nourrit durant les neuf mois dattente. Prosternons-nous aussi devant Jésus vivant en Marie: recueillons-nous et adorons. Au moment de lIncarnation, Marie ne vit plus, cest Jésus qui vit en Elle. Il y a alors union vitale de la mère et de lenfant, mais il y a de plus divinisation de vies. Que Jésus, écartant les obstacles, daigne nous admettre dans son intimité, quIl remplisse notre néant et nous fasse goûter ici-bas cette union transcendante qui doit être notre partage pour léternité: Fiat mihi secundum verbum tuum !

    SACERDOS.

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    Dieu appelle à son service qui il veut. A travers les siècles il pose son regard avec plus dinsistance sur certaines âmes quil désire voir entrer au service de son Christ. Cest lappel mystérieux, la vocation... Pour saisir cet appel, pour lentendre, il faut avoir une âme limpide, une foi profonde et lumineuse. Alors lEsprit de Dieu intervient. Sous cette lumière de la foi il laisse entrevoir à lâme la douce figure du Crucifié qui invite à collaborer à son uvre ; il lui laisse entendre cette parole du Christ : Une moisson se lève pour laquelle il est besoin de beaucoup douvriers. La grande ombre de Jésus en croix sanime, le regard du divin Crucifié se fait suppliant. Cela suffit pour quun homme de cur parte de chez lui, où la vie lui était faite très large peut-être. Cela suffit pour quil quitte tout et sengage, à la suite des Apôtres, au service du Christ.

    Pour entrer dans lintimité de Notre-Seigneur, il nest point nécessaire dêtre riche ou puissant, ni homme desprit. Il suffit davoir le cur grand et, sous la lumière de la foi, de se donner à fond, sans calcul, sans détours, pour la vie.

    A. GHESQUIÈRE, O. P.

    1927/193-197
    193-197
    Anonyme
    France
    1927
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