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Pensées pour la retraite du mois 4

Pensées pour la retraite du mois. Jésus à Nazareth.
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    Pensées pour la retraite du mois.

    Jésus à Nazareth.

    Le gracieux village de Nazareth forme une sorte de vaste sanctuaire caché dans une vallée, à lécart des villes et des routes fréquentées par les caravanes. Les hauteurs qui lentourent nouvrent de perspective que sur le ciel et, par la plaine dEsdrelon, sur la route de Jérusalem. Mais des cimes les plus rapprochées le regard embrasse un merveilleux panorama. Avec Joseph, Jésus les gravit quelquefois, et de là parcourt des yeux le pays quil évangélisera. Vers loccident, cest le Mont Carmel et les flots bleus de la Méditerranée. Au nord, lHermon aux sommets neigeux. Plus près, le lac de Tibériade, ses verdoyants jardins et ses coquettes cités : Magdala, Capharnaum, Bethsaïde. Le voyageur venant de Jérusalem aperçoit, des dernières cimes de la Samarie, Nazareth aux cinq portes.

    Au bas de la bourgade jaillit une source célèbre dans le pays. Chaque soir, de longues théories de Nazaréennes y descendent, portant sur la tête ou sur lépaule la cruche dargile ou loutre en peau de chèvre. Au centre de la ville se trouve la synagogue où, selon la coutume, Jésus a été introduit.

    A lextérieur, la maison de la Sainte Famille ne se distingue en rien de ses voisines. Placée à mi-côte, bâtie de pierre et de terre glaise recouverte dune couche de chaux, elle sappuie à la montagne. Au dessus sétend une terrasse sur laquelle on monte par un escalier extérieur. Dans la petite cour qui précède, entourée dune haie, on aperçoit un four, quelques figuiers et une vigne. Le rez-de-chaussée comprend trois salles. La plus vaste, ornée de nattes, descabeaux, à lentrée de laquelle se trouve le coffret renfermant les rouleaux de la Loi, est le séjour ordinaire de la famille. Marie y prie, y travaille et, la nuit, y repose. A gauche, Joseph a son atelier ; Jésus a sa chambrette au fond.

    Lameublement est primitif : une table, des coussins étendus le long des murailles, un chandelier, une lampe à huile dans un angle du mur, un large coffre pour le linge et les habits, un boisseau, quelques urnes, la meule en basalte pour le grain.

    Nul sanctuaire pourtant nest plus auguste que cet humble logis, à peine remarqué dans son fouillis de verdure par létranger qui gravit les sentiers. Les habitants de Nazareth, qui en ignorent le mystère, savent du moins que cette maisonnette est, entre toutes celles du bourg, la demeure de la prière, du travail, de la charité.

    Jusquà trente ans, en effet, Jésus va nous donner lexemple dun travail obscur, continu, méthodique, maniant la varlope ou la scie, fabriquant des jougs et des charrues. Exemple riche de leçons pour nous présentement, comme il le fut pour ceux de la génération même du Christ, pour tous ces hommes libres qui navaient alors que mépris pour le labeur manuel.

    Le divin ouvrier de Nazareth a réhabilité le travail le plus vulgaire. Ses premiers disciples, ses préférés, ont été des ouvriers, ouvriers capables de convertir plus tard des sénateurs, des patriciens et des consuls. Jésus le premier a proclamé que tout travail mérite estime et respect, dès lors quil est fait en conscience et pour lutilité du genre humain. Vivant en société, il est de notre devoir de coopérer pratiquement et selon nos forces au bien général. Notre époque actuelle, plus que toute autre, vante la condition magnifique des ouvriers, et un grand Pape, successeur du Christ, nous le rappelait naguère. Cest que lEglise noublie pas plus lexistence présente que la vie future. Sans doute, cest un reproche que lui font ses adversaires, et donc à nous, prêtres, de ne reconnaître la vie présente que comme bien peu de chose, de se désintéresser du sort matériel de la classe laborieuse et de ne vouloir conduire les hommes quau bonheur de lau-delà, sans se préoccuper de leur procurer un peu de joie, un peu de bien-être susceptible densoleiller leurs jours. Jésus-Christ, semble-t-il, a prévu lobjection et y a magnifiquement répondu.

    A sa naissance, louvrier nexistait pas ; il ny avait que des maîtres et des esclaves, esclaves quun Varron nomme mobilier muet, demi-parlant et parlant. Etres humains pourtant, êtres condamnés, hélas ! à tourner la meule, à faire la vendange ou la moisson, à servir, selon le caprice de lhomme libre, ou de nourriture à des murènes ou de torches vivantes quon allumera durant quelque somptueux festin.

    Heureusement, plus tard, dans la primitive Eglise, tout changera : cpit facere et docere ; Jésus soblige au travail, et lun de ses disciples, Paul, pourra proclamer quil ny a pas de différence entre lesclave et lhomme libre. Bientôt même de riches patriciens et de nobles dames romaines travailleront de leurs mains pour le profit des premières communautés religieuses. Jésus leur a montré la voie.

    Il leur a de plus appris que le travail a réellement une valeur presque infinie. Quest-ce, en effet, que travailler, sinon continuer luvre créatrice divine des six jours et faire en même temps la volonté de Dieu, qui, depuis Adam, veut que tout homme gagne son pain à la sueur de son front ? La terre est féconde en dons : à nous de les exploiter.

    Il y a longtemps que nous, du moins, prêtres et missionnaires, avons compris la noblesse, lutilité, la nécessité du travail manuel. Nous continuons aujourdhui, en Extrême-Orient, la lignée de ces grands bâtisseurs dabbayes et de cathédrales dOccident. Nos mains, bien souvent, tiennent le marteau, la scie, la truelle, le mètre, et nous construisons nos églises, nos modestes presbytères et nos couvents. Notre apostolat missionnaire a son fondement à Nazareth et notre apprentissage à la vie des missions y plonge ses racines. Notre première fonction, sans doute, est de prier, mais laborare, orare est, daprès saint Augustin. Serviteurs inutiles, nous restons quand même des instruments dont Dieu se sert pour la sanctification des âmes et des corps. Les grains de riz que nous récolterons après en avoir jeté la semence au sein de notre terre riz que nous distribuerons ensuite à nos ouailles, nous auront peut-être coûté peines et soucis, mais en fortifiant les corps nous atteignons les âmes. Jésus na-t-il pas multiplié le pain, le poisson, le vin ? Agissons selon Jésus notre modèle : des âmes plus nombreuses viendront à nous et notre travail, même manuel, aura sa récompense.

    SACERDOS.

    1926/197-200
    197-200
    Anonyme
    France
    1926
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