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Pensées pour la retraite du mois 3

Pensées pour la retraite du mois Ferveur Soutenue du zèle.
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    Pensées pour la retraite du mois


    Ferveur Soutenue du zèle.

    Jamais le Divin Fondateur du Christianisme na mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien que le jour où il a enseigné à ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, la Prière étant comme la respiration religieuse de lâme, cest dans la formule élémentaire quen a donnée N.S.J.-C. quil faut chercher tout le Programme et tout lesprit du Christianisme. Or, voici comment doit prier le chrétien, sic orabitis dit J.-C.. Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel.

    A peine a-t-il ouvert la bouche, ce faible mortel qui a besoin de tout, quil soublie et se néglige lui-même dans un magnifique désintéressement, pour ne songer quà celui qui est lEtre Nécessaire, et na besoin de rien, ni de personne.

    Avant toute autre chose, sa préoccupation cest la glorification du nom de Dieu sur la terre, cest létablissement du règne de Dieu sur la terre, cest laccomplissement de la volonté de Dieu sur la terre. Le premier devoir de tout chrétien est donc de prendre parti pour la cause Divine, et, écoutez bien ceci, de sacharner à vouloir une chose qui ne sera jamais réalisée dans le temps, puisquil naspire à rien moins quà voir Dieu glorifié, servi, obéi sur la terre comme Il lest au ciel : idéal quil ne lui sera point donné datteindre entièrement, mais quil lui est ordonné de poursuivre. Un chrétien est par conséquent un homme qui a le cur éminemment Catholique, sintéresse ardemment à tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre ; comme ses uvres doivent être coordonnées avec sa prière, il nest pas digne de son nom sil ne semploie activement, dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu, à renverser ce qui lui fait obstacle.

    Si tel doit être lobjectif du dernier de nos chrétiens qui ne veut pas donner un démenti à son Oraison Dominicale, on devinera sans peine quel doit être le nôtre, à nous qui, de par notre caractère sacerdotal, devons être plus parfaits que le plus parfait de nos chrétiens, à nous qui, du fait de notre Vocation, avons été chargés tout spécialement par J.-C. de lui soumettre les esprits et les curs, à nous, dont le devoir essentiel, comme celui de St-Paul, est de porter le nom de J.-C. devant les Nations et les Rois, et de propager partout sa Doctrine et sa Loi.

    Si le chrétien est incompréhensible sans le zèle pour la Gloire de Dieu et le Salut des âmes, le Missionnaire dont la vocation, dont luvre par excellence, dont la raison dêtre est la conversion des Infidèles, est-il plus compréhensible sil ne dirige pas toutes ses forces, tous ses moyens daction, toute sa vie, en un mot, vers ce but sublime ? Evidemment non, il nest pas plus nécessaire de respirer pour un homme vivant quil ne lest de travailler avec ardeur et sans défaillance à étendre le règne de Dieu, à convertir les âmes des Infidèles à notre Sainte Religion, pour être un vrai Missionnaire. Nous aurons beau nous ingénier pour découvrir des raisons qui justifient notre inaction, expliquent la stagnation des conversions dans notre district, comme le matérialisme, lapathie des populations, et autres lieux communs ; si nous laissons le feu sacré du zèle se refroidir dans notre cur, si nous ne persévérons pas, quoiquil advienne, dans notre travail dévangélisation, en un mot, si nous nentretenons pas en nous, envers et contre tout, lesprit de conquête des âmes, nous ne sommes plus missionnaires.

    Il arrive quelquefois, faisait observer un de nos vénérés Vicaires Apostoliques, quil sétablit dans une Mission, on ne sait trop comment, une mentalité opposée au progrès et à la conversion des payens. On dirait quil est admis en principe que les conversions sont impossibles. Chacun suit ce courant didées on ne peut plus déplorable et personne ne songe à le remonter.

    Sans vouloir discuter ce quil y a de coupable dans cette manière de faire, je me contente daffirmer ce qui est indiscutable, cest quelle dénote labsence desprit apostolique. La belle ardeur du Jeune Partant sest étonnamment refroidie. On nose pas dire que cest de la lâcheté, mais il ny a plus de courage dans le cur, ni de vigueur dans la volonté, la première énergie sest ramollie sous linfluence de lair ambiant.

    Actuellement, la science a dingénieux procédés pour communiquer à un bois dune essence tendre les propriétés des essences les plus dures ; elle est parvenue à donner à une pierre-friable et poreuse la fermeté du silex. Ah ! que na-t-elle trouvé le secret dinjecter lénergie morale dans les âmes, de silicatiser, comme elle dit, ces caractères qui se pulvérisent au premier souffle du vent, au premier contact de lair ?

    Mais ce qui est impossible à la Science, la Religion le peut facilement. Que le Divin Paraclet daigne descendre dans lâme faible et sans consistance de ces missionnaires ; la simple compénétration de cette âme par la Vertu dEn-Haut, par lesprit apostolique, lui donnera une autre nature et une essence nouvelle. Lâme de missionnaire qui se complait et se délecte dans cet élément surnaturel, lâme dapôtre qui tient tous ses conduits ouverts à lirrigation de cette onde imprégnée de sels Divins, qui sappelle lesprit apostolique, cette âme est dacier, elle est douée dune trempe à toute épreuve.

    Noublions pas que nous sommes nécessaires aux payens pour quils se convertissent. Dans lordre de la nature, Dieu pourvoit en quelque sorte à tout par lui-même. Il a établi des lois générales, il a dit aux êtres : Croissez et multipliez-vous. Crescite et multiplicamini et replete terram, et la terre fleurit comme delle-même, les herbes naissent dans les vallées, les grands arbres sur les monts. Mais les âmes, les âmes dont une seule vaut plus que toute la Création, Dieu ne leur donne la vie surnaturelle que par la main du prêtre. En règle générale et à part les voies exceptionnelles que le Tout-Puissant sest réservées, si lApôtre nenseigne pas la Doctrine du Salut aux âmes qui ne la connaissent pas encore, ces âmes resteront dans les ténèbres, narriveront jamais à la lumière de lEvangile. Quomodo audient sine prdicante ? Dieu sen est rapporté à lui-même et à ses lois établies pour la beauté naturelle du monde. Il ouvre la main, il remplit tout être de bénédiction, cest-à-dire, lui donne son développement propre et naturel : Aperis tu manum tuam et imples omne animal benedictione.

    Dans lordre surnaturel, il a tout remis aux mains de ses apôtres qui sont ses Délégués. Pro Christo legatione fungimur. Ce sont eux dont la main doit souvrir pour que la bénédiction surnaturelle descende et remplisse toute la capacité des âmes. Dieu sen remet à nous, du salut des Infidèles, si nous ne le voulons pas, ils ne seront pas sauvés. Terrible responsabilité quand on y songe. Ces pauvres âmes ont besoin de nous pour arriver jusquà Dieu, si nous nous dérobons à elles, elles en resteront éternellement éloignées. Si nous redoutons la fatigue quil y a à enseigner, à guider, à conserver ces âmes qui viennent nous demander de les introduire dans le royaume de Dieu, ne devons-nous pas redouter davantage le péril et le crime quil y aurait à les abandonner ? Faillir à son devoir, trahir la confiance de Dieu de la sorte, est un forfait capable, à cause de ses conséquences, de faire pleurer le ciel et la terre. Il faudrait un Jérémie pour se lamenter sur de semblables tristesses. Parvuli petierunt Panem et non erat qui frangeret eis.

    Introduire les âmes qui se présentent ne suffit pas, il faut aller chercher celles qui ne viennent pas. Il ny a rien à faire dans mon district ; chez moi, les Conversions sont impossibles, dira le missionnaire pusillanime, sur un ton doracle, et là-dessus, on se croise les bras ; là-dessus, on fait une sorte de pacte implicite avec le démon, pacte par lequel on lui abandonne le terrain quil occupe, pourvu quil nempiète pas sur le nôtre, ne reprenne pas ce quil a perdu, ce qui serait par trop humiliant pour notre indolence.

    Mais, qui sommes-nous donc, pour poser des bornes à la miséricorde du Bon Dieu ? Aurions-nous donc oublié la dernière recommandation de celui qui nous a envoyés, avant de monter au ciel ? Non est vestrum, nous a-t-il dit expressément, nosse tempora vel momenta qu pater posuit in sua potestate. Avouons-le en toute loyauté, ce qui nous lie les mains et les pieds, cest la peur des difficultés. Horror difficultatis et labor certaminis. Le doux St François de Sales disait en parlant de la Prédication apostolique. Il ne faut pas sen mêler si lon nest résolu à mille travaux et à mille traverses. Si donc nous nous sommes enrôlés librement, si au début de notre vocation, nous avons été généreux en acceptant davance toutes les fatigues et tous les mécomptes de lapostolat, soyons-le jusquau bout. Travaillons darrache-pied, prenons pour nous la parole dencouragement de St-Paul à son Disciple Timothée : Labora sicut bonus miles Christi Jesu. Le vrai zèle opère toujours et ne se repose jamais. Le Modèle des apôtres, J.-C., a dit cette grande et mémorable parole : Mon Père agit sans cesse, moi jagis aussi. Pater meus usque modo operatur et ego operor. Telle est la règle de notre apostolat, notre action ne doit jamais être interrompue. A lexemple de Dieu qui nest pas une puissance mais un acte. Deus non est potentia sed actus, il faudrait en quelque sorte que le Missionnaire fut aussi un acte pur ou du moins que ses puissances fussent toujours en exercice. Il est le grand ressort de la religion ; sil vient à sarrêter, cest la force motrice qui fait défaut, tout sarrête avec elle.

    Nous sommes les Chargés dAffaires du ciel dans les pays infidèles. La Grande uvre qui nous est confiée, cest la Gloire de Dieu, le Salut des âmes : ni nous ny travaillons pas, si nous nous endormons sur nos devoirs, notre crime est celui de lAmbassadeur infidèle ; devant Dieu et devant son église, nous sommes traîtres et félons.

    Nous avons lhonneur dêtre placés aux avant-postes, en sentinelles vigilantes, ne nous laissons jamais surprendre par le sommeil. O mes apôtres, sécriait le Divin Sauveur dans la nuit de Son Agonie au Jardin des Oliviers, vous qui aviez fait le vu de mourir pour moi, quoi donc, vous ne pouvez pas même veiller une heure avec moi? Nourrissons dans notre cur, un zèle toujours ardent, toujours en activité, afin que N. S. nait jamais à nous faire le même reproche. Evitons par conséquent le défaut de ces natures molles et apathiques qui se renferment géométriquement dans le cercle des devoirs essentiels et ne savent ni tenter une démarche délan, ni faire un effort de saint enthousiasme, ni simposer un sacrifice de surcroît, pour imprimer à la religion une marche en avant, pour donner un branle salutaire aux populations payennes du voisinage.
    1932/153-158
    153-158
    Anonyme
    France
    1932
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