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Pensées pour la retraite du mois 3

Pensées pour la retraite du mois Les Vieilles Formules Dans une page qui nétait pas dépourvue dhumour, un de nos spirituels chroniqueurs nous parlait, il y a quelques mois, du départ des vieilles formules et de larrivée de nouvelles méthodes dapostolat. En cherchant le sens de cette curieuse page, que du reste je ne suis pas bien sûr davoir trouvé, je me disais que lesprit humain en effet est toujours en mouvement, toujours en quête de nouveauté et de progrès, nunquam in eodem statu permanet, comme il est dit au livre de Job.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Les Vieilles Formules

    Dans une page qui nétait pas dépourvue dhumour, un de nos spirituels chroniqueurs nous parlait, il y a quelques mois, du départ des vieilles formules et de larrivée de nouvelles méthodes dapostolat.

    En cherchant le sens de cette curieuse page, que du reste je ne suis pas bien sûr davoir trouvé, je me disais que lesprit humain en effet est toujours en mouvement, toujours en quête de nouveauté et de progrès, nunquam in eodem statu permanet, comme il est dit au livre de Job.

    Non seulement dans le domaine des sciences et des arts, en médecine comme en chirurgie, en agriculture comme en aéronautique, il y a de continuels changements, dincessantes transformations et améliorations, mais encore dans les choses déglise, en pastorale et en apologétique, en catéchèse et en éloquence sacrée, on parle de renouveau et de progrès.

    En apostolat aussi, on a créé récemment, je ne sais plus où, des chaires de missiologie. Nous allons donc avoir bientôt des missiologues, comme il y a depuis longtemps des archéologues, des sociologues, et jadis des astrologues. Dans lart du bâtiment on a trouvé de nouvelles formules pour le dosage et lemploi du béton armé ; on va peut-être aussi découvrir et préconiser de nouvelles méthodes, de nouveaux procédés pour lévangélisation des peuples, la prédication aux païens, linstruction des néophytes, la formation du clergé indigène.

    Tout cela est ou sera très bien, car il faut marcher avec son temps, se mettre à la page, comme on dit maintenant et ne pas bouder le progrès. Dautant que, en fait de formules et de méthodes, il nest pas question, je suppose, doublier ou de mettre a remotis la belle et bonne formule apportée et appliquée jadis par Notre-Seigneur lui-même : Pro eis ego sanctifico meipsum ut sint et ipsi sanctificati.

    Cette vénérable formule nest pas récente, mais elle nest pas à dédaigner pour autant, car elle a fait ses preuves ; à lusage elle sest révélée dune efficacité merveilleuse et infaillible ; elle est toujours dactualité et il est vraisemblable quon ne trouvera jamais mieux ; elle a ceci de particulier quelle peut tenir lieu de toutes les autres et que si on néglige son emploi, les autres, toutes bonnes quelles soient, nont quune efficacité très faible.

    Ainsi jaurai beau être au courant des derniers travaux missiologiques, appliquer les méthodes les plus récentes et les plus perfectionnées, employer les découvertes les plus modernes, pour attirer les infidèles, instruire mes nouveaux convertis, enseigner mes ouailles, former mes élèves, si je ne veille pas à pratiquer la charité, lobéissance, lamabilité, la patience, lhumilité, la douceur, le renoncement, la mortification, en un mot, si je ne travaille pas à devenir un saint, je serai simplement un airain qui sonne, une cymbale qui retentit, s sonans, cymbalum tinniens, je ferai du bruit peut-être, mais non pas du fruit.

    Si au contraire je cherche résolument et coûte que coûte à me sanctifier, si je travaille chaque jour à mater mon orgueil, à réprimer ma sensualité, à fouler aux pieds mon amour-propre, à accepter comme choses qui me sont dues les humiliations, les oublis, les critiques, voire les injures, etc, le bon Dieu bénira sûrement mes humbles travaux ; sans que je men doute peut-être, il méclairera, me guidera, morientera vers les bonnes formules, vers les méthodes efficaces ; ma prière lui sera plus agréable et mobtiendra des grâces plus nombreuses et plus puissantes....

    Tout cela me paraît évident, pour peu que jy réfléchisse, mais je suis porté à loublier. Je viens de relire la lettre Maximum illud de Benoît XV, qui sans doute avait qualité pour juger de la valeur des formules, et qui semble bien mettre au-dessus de toutes les autres celle que nous a enseignée Notre-Seigneur : Pro eis ego sanctifico meipsum ut sint et ipsi sanctificati, car après avoir montré quelle doit être la préparation de louvrier apostolique, il ajoute : Mais pour le missionnaire qui veut être bien armé pour lapostolat, il y a une chose quil lui est nécessaire avant tout dacquérir, parce quelle est la plus importante, cest, nous lavons déjà dit, la sainteté. At qui se ad apostolicum munus rite accingit, unum necesse est ante omnia sibi comparet, utpote maximi momenti ac ponderis, videlicet quod supra memoravimus, vit sanctimoniam. Et Benoît XV fait remarquer que lexemple est pour la foi un bien plus sûr véhicule que la parole.

    Il faut certes, dit-il, que le missionnaire se recommande par toutes les qualités de lesprit et du cur, par une culture intellectuelle générale et une excellente éducation, mais sil manque à ces dons le complément dune vie sainte, ils naideront en rien ou que bien peu, au salut des âmes et pourront même, le plus souvent, devenir des écueils pour le missionnaire lui-même et pour les autres. Le missionnaire donnera donc lexemple de lhumilité, de lobéissance, de la pureté et surtout de la piété. Il sadonnera à loraison et à lunion continuelle avec Dieu, auprès de qui il traitera soigneusement du salut des âmes. Plus il sera uni à Dieu et plus il recevra de grâces et de secours de Dieu.

    Comme on le voit, le Souverain Pontife est loin de mépriser ou de déprécier les talents naturels, les qualités acquises de louvrier apostolique ; ce sont là, daprès lui, des dons précieux, mais qui à eux seuls sont insuffisants, inaptes à produire le résultat que nous cherchons, cest-à-dire la conversion des infidèles ou des pécheurs, la persévérance des justes ou de nos néophytes. Pourquoi ? Parce que ce nest pas nous qui produisons, qui pouvons produire ce résultat ; cest Dieu par nous ou Dieu avec nous.

    Comme le dit encore Benoît XV, divinum est prorsus longeque ab humanarum rationum exiguitate remotum, quod vobis propositum est, jacentibus in mortis umbra lucem admovere et ruentibus in interitum cli viam aperire ! Cest quelque chose dabsolument divin et qui dépasse de beaucoup la petitesse des industries et des moyens humains, que la mission qui nous est confiée : porter la lumière à ceux qui gisent dans lombre de la mort, et ouvrir la porte du ciel à ceux qui courent à la perdition !

    Oui, cest là quelque chose dabsolument divin, divinum prorsus, ne loublions pas, et rappelons-nous que tout notre zèle, toute notre industrie, toutes nos méthodes, nos formules, toute notre pauvre action humaine en un mot na defficace pour le bien quautant quelle est accompagnée de la grâce divine. Ce nest pas nous qui éclairons les esprits, qui convertissons les curs, cest la grâce de Dieu se servant de notre parole et de notre exemple.

    Pour la conversion dun pécheur, dun païen, pour lamendement dun coupable, le progrès dun juste dans la vertu, il faut que lesprit soit convaincu, cest-à-dire il faut une grâce de lumière qui éclaire lesprit et échauffe le cur, il faut une grâce de force qui aide la volonté à réaliser ce que lesprit croit être le vrai et le bien, à rompre avec le passé, avec les mauvaises habitudes. Or à qui Dieu donne-t-il la grâce ? En règle générale, à la prière, à la meilleure prière, à la prière des saints. Le P. de Foucauld avait donc bien raison de dire : Une âme fait du bien aux autres non pas dans la mesure de son intelligence et de sa science, de son habileté et de son savoir-faire, mais dans la mesure de sa sainteté.

    Mon Dieu, mon Dieu ! faites-moi comprendre cette vérité, gravez-la dans mon esprit et dans mon cur, et donnez-moi la force et le courage dêtre un saint dans une large mesure.


    1933/149-153
    149-153
    Anonyme
    France
    1933
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