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Pensées pour la retraite du mois 3

Pensées pour la retraite du mois 3 PRENDRE CONTACT Depuis que je suis prêtre, depuis que je suis missionnaire surtout, ai-je pris contact avec ceux que Dieu, par lintermédiaire autorisé de mes Supérieurs, ma confiés ?
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    Pensées pour la retraite du mois 3

    PRENDRE CONTACT

    Depuis que je suis prêtre, depuis que je suis missionnaire surtout, ai-je pris contact avec ceux que Dieu, par lintermédiaire autorisé de mes Supérieurs, ma confiés ?

    Jeune apprenti ou vénérable vétéran dans la carrière apostolique, mon contact avec mes chrétiens est plus ou moins facile ou ingrat. Je ne sais pas ou peu saisir leur forme mentale et conséquemment je ne projette que mal cette forme mentale en termes adéquats et usuels. Mon initiation linguistique est imparfaite. Je suis loin de posséder le génie de la langue parlée ou écrite, ce sermo urbanus, véhicule indispensable des idées et des sentiments. Prononciation, morphologie, syntaxe, vocabulaire, méchappent en partie et me mal obligent en proportion dans mes relations ordinaires avec mes ouailles.

    Dailleurs, plus incomplète encore est mon adaptation aux murs de mon pays dadoption. Je constate des coutumes et des usages en contradiction flagrante avec mes habitudes occidentales. Les gens, pour la plupart, me paraissent bizarres de caractère, originaux de tempérament, capricieux et fantasques. Si je ne réagis pas contre mes impressions personnelles, si jhésite à me lancer résolument en avant, comment prendrai-je jamais contact avec mes fidèles ? Comment me communiquerai-je, personne et doctrine, à eux ?

    Car de ma formation, de ma technique, jallais dire locale, dépendent en grande partie mes succès ou mes revers apostoliques. Je dois, coûte que coûte, après deux, dix ou vingt ans, toujours, édifier de solides assises ethnographiques, si je désire faire oeuvre utile et religieuse.

    Je ne le sais que trop par expérience ! En mission, le moment pour chacun de voler de ses propres ailes est vite arrivé et lheure de lapostolat personnel et direct sonne trop vite. Catéchiser, prêcher, sont des arts difficiles. Il est, de plus, des rapports journaliers nécessaires, une sphère daction dans laquelle on doit agir, malgré son mutisme relatif, malgré sa timidité naturelle. Quimporte ? Il faut prendre contact.

    Nul ne vient en mission totalement inconscient du travail à faire, et sans lespoir de conquérir des âmes. Cest alors que notre intelligence a droit à de nouvelles clartés et notre jugement à de nouvelles raisons. Notre instruction et notre éducation nont point été terminées, en effet, le jour de notre départ de Paris : en réalité, lune et lautre commençaient.

    Alors, alors seulement, souvrait lère des idées orientales, des horizons païens et des perspectives de lutte évangélique. Nous allions commencer à vivre pratiquement. Cétait un état dâme nouveau, plein de problèmes philologiques, historiques et sociaux, quil fallait adopter et réaliser.

    Grâce à Dieu, grâce aux lumineux conseils, grâce aux encouragements et aux directions de nos supérieurs, nous nous sommes frayé un chemin, progressant même avec les ans dans notre prise de contact.

    Nous nous en sommes rendu compte dès le début ; tout est là : prendre contact avec notre petite portion du troupeau du Christ, Etablir ou rétablir des points de ralliement entre les païens, les apostats, les chrétiens et nous. Dans lEvangile, Jésus cherche la brebis égarée, il lappelle, il court à elle : agissons de même. Les bien portants ont moins besoin de notre ministère que les malades ou les agonisants à la vie de la grâce. Avec ces derniers surtout prenons contact.

    Mais avant tout et tous, occupons-nous des enfants. Le bon Dieu les veut à Lui dès leur naissance par le baptême, dès léveil de leur esprit par lEucharistie : nous, les représentants de Dieu, approchons nous deux le plus tôt possible. A tout prix quils entrent dans notre rayon dinfluence. Il semble quà lheure actuelle la lutte satanique se soit concentrée et quasi limitée sur lenfant : avec lenfant, de toute façon, prenons contact. Si nous avons lenfant dans notre poste, dans notre district, nous avons lavenir de vie chrétienne assuré chez nous. Léducation de la jeunesse prime toutes nos uvres, car elle est la source doù jaillira lélément utile, indispensable à nos vues de conquête. Lenfant est le facteur primordial de toute notre civilisation chrétienne ; par lenfant, notre ministère séclaire, se prolonge au foyer, enrichit notre domaine.

    Toutefois, lenfant grandissant, grandissons à sa mesure nos méthodes. Suivons-le adolescent, jeune homme, père de famille, vieillard. Encore une fois, que notre contact avec lui soit de tous les instants et sopère sous toutes les formes. Distribuons-lui la vérité à lécole, au catéchisme, au hasard des rencontres, par la brochure ou la feuillé de propagande, par lhomélie dominicale.

    Dès lors notre action sera féconde parce que notre contact incessant. Ce nest pas, habituellement parlant ; en sisolant que le missionnaire gagne des âmes à Dieu. Semeur didées et de conseils, il faut quil sorte dans son champ, quil en étudie lassolement, quil y laisse couler sa sueur. Mais là même, pas de zèle damour propre, de goût naturel ou de vanité. La prière seule, fervente et prolongée, sera la règle de parole et daction du pasteur. La prise de contact avec Dieu est rigoureusement indispensable pour toute réussite : Spius de animarum salute cum Deo esse colloquendum quam cum ipsis peccatoribus , dit saint François-Xavier.

    Prenons cette pensée comme bouquet spirituel de notre retraite. Dieu, voyant notre bonne volonté de connaître et daider dans son ascension vers le ciel notre petit troupeau, donnera abondamment sa grâce et rendra fructueux nos efforts.

    SACERDOS.

    1922/115-118
    115-118
    Anonyme
    France
    1922
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