Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pensées pour la retraite du mois 3

Pensées pour la retraite du mois Enfance et Adolescence de St Joseph
Add this
    Pensées pour la retraite du mois

    Enfance et Adolescence de St Joseph

    La patrie terrestre de saint Joseph, cest la Terre sainte ; nous ne la décrirons pas. Jérusalem en est la capitale et cest dans cette capitale, centre du culte et de la vie publique, que régnèrent, environ cinq cents ans, ses ancêtres. Mais, depuis que les Juifs ont été emmenés à Babylone, sous le roi Jéchonias, la couronne royale a été soustraite à la famille de David. Zorobabel (550 av. J. C.), un des héritiers du saint roi, a bien essayé de reconstituer la ville, mais nest pas arrivé à ressaisir le pouvoir dEzéchias et de Josaphat. Au temps des Machabées, une autre famille est montée sur le trône. Ses derniers représentants ont été ou seront égorgés par lIduméen Hérode, le fils de leur ancien ministre. Lusurpateur, qui naura point de repos tant que subsistera un rejeton des Machabées, semble, au début de son règne, ne rien redouter des héritiers de David. Leur obscurité les garantit contre ses coups. Il venait dêtre déclaré, par Antoine, roi de Judée et solennellement couronné au Capitole (39 av. J. C.) lorsque, sous le toit de Jacob, à Bethléem, naissait saint Joseph.

    Bethléem forme, comme Jérusalem, une sorte de presquîle tenant dun côté aux montagnes qui lentourent et inaccessible par ailleurs. Sa porte regarde Jérusalem. Près de cette porte est le puits ; et cest alentour et proche également de la porte que se trouve le forum. Chaque soir et chaque matin les troupeaux y vont boire conduits par les bergers, et les jeunes filles, la cruche sur lépaule, viennent puiser leau pour lusage domestique.

    A côté, sétait élevée jadis la maison ou, mieux, la métairie de Jessé et de ses descendants.

    Le maître de cette demeure, la plus grande de Bethléem, Jacob, fils de Mathan, chef de la famille des Davidides, jouissait dune large aisance. Il avait six garçons (Joseph était le troisième), mais il sen désintéressait, imité dans cette insouciance par sa femme Estha. Ils pensaient lun et lautre avoir pourvu suffisamment à leur éducation en les confiant à un précepteur, Israélite âgé et suffisamment versé dans la science profane comme dans létude de la Loi.

    Mais, quétait en définitive la Loi ? et que prescrivait-elle à ses adeptes ? Ici simposent quelques intéressantes digressions.

    Quil sagît de filles ou de garçons, denfants ou dadultes, les études étaient chez les Juifs, uniquement religieuses. Une fois en possession de ces éléments qui sont pour ainsi dire la clef de nos autres connaissances, telles que les langues, lécriture et la lecture, etc., un enfant napprenait plus autre chose et, devenu adulte, il lapprenait dans les synagogues jusquà la fin de sa vie.

    La Loi, qui était une pour les Sadducéens, parce quils ne croyaient quaux Livres saints et rejetaient tout le reste, était double pour toutes les autres sectes. Le programme embrassait la Loi écrite et la Loi orale.

    La Loi écrite comprenait le Pentateuque, qui en était la partie essentielle, les Hagiographes et les Prophètes. Tous ces livres sont encore entre nos mains et nous pouvons entrevoir ce que put être pour Joseph létude de la Loi écrite.

    La Loi orale était le commentaire de la Loi écrite ou, plus exactement, lensemble des traditions qui avaient, depuis Moïse, réglé son application. Les Pharisiens attachaient aux deux Lois une importance égale.

    Voici, dailleurs, des détails.
    A peine le jour blanchissait-il le ciel que, dun bout à lautre du pays, un homme, dans toutes les synagogues, poussait le même cri : O Israel, lEternel est ton Dieu et lEternel est un ! Aussitôt tous les hommes, ayant revêtu un manteau blanc rayé de violet dont les coins étaient garnis de glands, et enroulé les phylactères autour de leur front et à leur poignet gauche, commençaient leurs prières. Cétait le Schéma, puis cétait lAmida. Le Schéma comprenait un mélange de prières et de citations bibliques, qui variait avec les jours et amenait, dans le cours de trois années, le Pentateuque tout entier. LAmida, composée par Esdras, était une série de dix-huit longues bénédictions. LAmida se répétait à midi. Le soir, après le coucher du soleil, nouveau Schéma, puis lAmida du soir.

    Entre temps, le plus grand nombre des fidèles allaient à leur travail et menaient la vie ordinaire des ouvriers, sauf que la Loi, pratiquée à la manière des docteurs, ne leur laissait pas un moment de répit. Loi sur les hétérogènes, qui leur défendait de mêler dans leurs vêtements le lin avec la laine, de laisser croître ensemble dans un même champ les espèces différentes, enfin datteler au même joug un buf et un âne. Loi sur les dîmes, qui les obligeait, à mesure quils cultivaient, récoltaient ou simplement consommaient quelque produit du sol, à mettre de côté les trois parts inviolables. (Il est impossible dexposer ici les complications auxquelles linterprétation pharisienne de cette loi donnait lieu dans la pratique). Loi sur le glanage et le grapillage, destinée à venir en aide aux indigents. Loi contre lusure, qui interdisait toute transaction dans laquelle lun des contractants aurait pu tirer trop de profit ou toucher un trop gros intérêt. Loi contre le blasphème, qui non seulement ne souffrait pas quun Juif prononçât sans raison le nom divin, mais qui le forçait, sil lentendait prononcer par un autre, à déchirer ses vêtements. Loi contre limpureté, qui obligeait hommes, femmes et enfants à une continuelle surveillance, et, si malgré cette surveillance ils étaient devenus impurs, à toute une série de purifications et de sacrifices, parfois même à une réclusion fort pénible et fort préjudiciable à leurs intérêts. Loi sur les bénédictions, qui était peut-être la plus assujettissante : Jouir de quoi que ce fût, sans avoir béni le Seigneur, cétait commettre une prévarication. Un Juif devait dire une bénédiction quand il voyait se lever ou se coucher le soleil, quand il mettait pied à terre et à mesure quil prenait chacun de ses vêtements, quand il entrait dans une ville et quand il en sortait, quand il apercevait la mer, une montagne, un fleuve, quand il entendait tonner, quand il apprenait une nouvelle et surtout quand il buvait et mangeait. Les repas étaient une véritable cérémonie : il y avait une ablution à faire au commencement, puis on récitait, avant chaque mets, une formule spéciale, sans que celle du pain pût servir pour le vin, ni celle du sel pour les autres condiments. Bref, celui qui pratiquait la Loi à la pharisienne avait récité, quand il se couchait, une centaine de bénédictions. Et cétaient là les devoirs des ouvriers.

    Ceux qui avaient des loisirs restaient des heures à la synagogue. Sils étaient vraiment pieux, ils avaient une règle : se recueillir une heure, prier une heure, se recueillir de nouveau une heure. Cétaient ces Juifs assidus à la synagogue qui arrivaient à former, quand ils étaient intelligents, la classe des Docteurs. Ce dernier titre, accessible à tous, ne comportait aucun grade sacerdotal.

    Chaque sabbat plongeait le pays, depuis Jérusalem jusquau moindre village, dans une sorte dimmobilité. Il commençait le vendredi soir au coucher du soleil et se terminait le samedi à lheure où se montraient les premières étoiles. Notre repos dominical, tel quil est pratiqué dans les pays protestants par les plus rigides puritains, donne à peine lidée du sabbat juif. Tant de choses étaient défendues que les hommes avaient pris le parti de passer la journée entière à la synagogue. Les moins zélés y restaient trois heures ; le reste du temps, assis dans les maisons avec les femmes incapables comme eux de se livrer à aucun travail, ils osaient à peine élever la voix pour sadresser mutuellement la parole. Le violateur du sabbat était puni de mort.

    Une fois par mois, pour la néoménie, un festin devait avoir lieu dans toutes les familles ; le lendemain ou lun des jours suivants, selon la distance qui séparait le pays de Jérusalem, des messagers arrivaient et informaient les habitants du jour auquel tomberaient les fêtes du mois. Ces fêtes, très nombreuses, se célébraient pour la plupart dans les synagogues avec des rites variés. Pour les trois plus solennelles : la Pâque, la Pentecôte, les Tabernacles, tous les hommes devaient se rendre à Jérusalem et y rester chaque fois huit jours. Les voyages ne se faisaient pas alors comme aujourdhui et ces déplacements représentaient pour les Juifs, qui demeuraient à lextrémité de la Palestine, plus de deux mois quils passaient chaque année hors de leur maison. Mais ce nétait pas tout. Un enfant naissait : cétait la mère quil fallait, quarante jours après, transporter à Jérusalem pour sy faire purifier au Temple. Des noces, des funérailles avaient lieu : cétaient sept jours de festins sans compter tous les détails du rite nuptial ; cétait le deuil si compliqué, sans compter lenterrement avec flûtes et pleureuses. Et nous n avons pas encore parlé ni des jeûnes très fréquents (environ deux par semaine pour certaines sectes pharisiennes), ni des prières à faire pendant les deux semaines par an où chaque Israélite était censé de service au Temple de Jérusalem, ni de lannée sabbatique, pendant laquelle les paysans, chaque sept ans, cessaient toute culture.

    Vers lâge de douze ans, Joseph fit au Seigneur le vu de virginité perpétuelle. Il est possible que ce vu ait été loccasion de départ de la maison paternelle. Nous le voyons, en effet, un peu plus tard quitter secrètement sa demeure natale de Bethléem et se diriger vers Lébonah, au pays de Samarie, sur le versant méridional du Garizim. Ayant quelques notions de géométrie, apprises en compagnie de son ancien précepteur, et connaissant le maniement de la scie et du rabot, Joseph sengagea comme apprenti chez le charpentier de la bourgade. Joseph trouva chez son patron le moyen dapprendre sérieusement son métier et loccasion dexercer lhumilité, qui lui était si chère. Nayant que de modestes clients, son maître ne soccupait guère que douvrages grossiers et il traitait parfois son apprenti comme il aurait fait dun esclave. Avec une parfaite soumission Joseph lui rendait toutes sortes de services.

    Ses parents, inquiets de son absence, crurent dabord à un enlèvement par des bandits. Plus tard, ses frères découvrirent sa retraite et lui reprochèrent vivement de déshonorer sa famille. Ils narrivèrent pas, néanmoins, à le ramener avec eux. Joseph continua la profession quil avait embrassée par modestie ; mais, peut-être afin de faire perdre sa trace, il quitta Lébonah et gagna Thaanach, près de Megiddo. Bourgade antique et populeuse. Thaanach dressait ses blanches murailles sur les rives du Cison. Le nouveau maître, au service duquel Joseph entra, ayant une clientèle plus riche, le chargea de travaux un peu plus élégants que ceux quon lui avait confiés à Lébonah.

    Quelques années plus tard, Joseph eut loccasion de traverser Nazareth pour la première fois. Les circonstances lamenèrent en effet à limportante ville de Tibériade. Vers lâge de trente ans on ly trouve au service dun troisième patron. Ses parents étaient morts depuis quelque temps déjà. Deux de ses frères résidaient encore à Bethléem, les autres étaient dispersés. La maison paternelle avait passé dans dautres mains, et la famille était tombée dans une relative indigence.

    A Tibériade, Joseph habitait seul, au bord du lac, une petite maison. Il était en train dy aménager un oratoire où il pût prier dans une plus grande solitude, lorsquun Ange lui apparut et lui dit de cesser ce travail. Comme autrefois Dieu avait confié à son homonyme, le patriarche Joseph, ladministration des blés dEgypte, ainsi le Grenier qui renfermait la Moisson du salut serait confié à sa garde.

    Joseph ne comprenant pas ces paroles continua de prier avec ferveur pour lavènement du Messie, quand on lappela au Temple.

    Si nous nous sommes longuement étendu sur les coutumes juives, létude de la Loi et la vie dun Israélite dalors, ce nest évidemment pas sans raison. Nous pourrons établir ainsi facilement le parallèle entre la Loi ancienne et les obligations de la Loi nouvelle et reconnaître combien avec raison Jésus à pu dire de le suivre, son joug étant suave et son fardeau des commandements léger. Notre esprit moderne saccommoderait bien peu des obligations anciennes et nous aurions peine à nous conduire saintement à travers le dédale des prescriptions mosaïques. Saint Joseph en fut le fidèle observateur dès son jeune âge. Sa vie pleinement vouée à Dieu ne pouvait attirer sur lui que des bénédictions. Dès son plus tendre jeune âge, il sadonna totalement au service de Dieu qui, en récompense, ne devait pas tarder à le choisir comme Epoux de Marie. Sublime vocation sans doute, incomparable dans lhistoire du monde. Elle nous apprend, du moins, comment Dieu récompense ses fidèles serviteurs, parfois dès ici-bas. Et nous-mêmes ? Nest-ce pas, en effet, grâce à une jeunesse vouée au Seigneur que nous avons goûté les joies du sacerdoce et que nous sommes devenus Pères du Christ plus efficacement et réellement que Joseph ? Parfois, sans doute, notre ministère semble pénible, plus pénible que celui quexerça Joseph près de Marie, mais cest que Dieu veut allier chez nous, comme chez son représentant, la joie et les peines : miscens gaudia fletibus. Ayons confiance au milieu de nos tribulations et, durant ce mois consacré par lEglise au culte de saint Joseph, demandons-lui très ardemment courage pour continuer notre labeur et confiance pour illuminer notre voie terrestre, en attendant notre illumination définitive au ciel.

    SACERDOS.

    Saint JOSEPH est le plus pur, le plus humble, le plus fervent et le plus puissant des intercesseurs.

    St Bernard.

    1928/129-135
    129-135
    Anonyme
    France
    1928
    Aucune image