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Pensées pour la retraite du mois 2

Pensées pour la retraite du mois \Au soir de cette vie, vous subirez l'examen sur l'amour". Cette maxime de S. Jean de la Croix vise sans aucun doute la divine charité. Le saint Docteur veut nous rappeler qu'au tribunal de Dieu, ce qui comptera avant tout, ce qui comptera uniquement, c'est la charité, c'est l'amour que nous aurons eu pour notre souverain Maître. Nous serons donc examinés et jugés sur l'amour et c'est l'amour qui décidera de notre place dans le Paradis."
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    Pensées pour la retraite du mois

    \Au soir de cette vie, vous subirez l'examen sur l'amour".

    Cette maxime de S. Jean de la Croix vise sans aucun doute la divine charité. Le saint Docteur veut nous rappeler qu'au tribunal de Dieu, ce qui comptera avant tout, ce qui comptera uniquement, c'est la charité, c'est l'amour que nous aurons eu pour notre souverain Maître.
    Nous serons donc examinés et jugés sur l'amour et c'est l'amour qui décidera de notre place dans le Paradis.
    Les princes de l'Eglise comme les rois de la terre, les savants et les illettrés, les riches et les pauvres, tous subiront l'examen sur l'amour ; ceux qui auront le plus aimé leur Créateur auront les premières places, et ainsi des génies remarquables, des personnages illustres, des prêtres même et des missionnaires, pourront être devancés au ciel par d'obscurs portefaix comme Matthieu Talbot, d'humbles lingères comme Marie Eustelle, des mendiants sordides comme Benoît Labre, bref par de toutes petites gens totalement ignorés sinon méprisés du monde, mais dont l'ardent amour aura su amasser devant Dieu d'immenses trésors de mérites.
    La situation que l'on aura occupée parmi les hommes, dans le monde ou dans l'Eglise, les années plus ou moins longues qu'on aura vécu, les oeuvres qu'on aura fondées, les actions d'éclat qu'on aura accomplies, voire les travaux apostoliques qu'on aura entrepris et menés à bonne fin, les succès qu'on aura remportés dans la Prédication de l'Evangile, les conversions que l'on aura obtenues, la peine qu'on se sera donnée, les souffrances qu'on aura endurées, tout cela n'est qu'une ombre qui se dissipera, un rêve qui s'évanouira et dont rien ne subsistera, si tout cela n'a pas été animé, vivifié par l'amour.
    C'est en effet la charité qui donne leur prix à toutes nos actions ; plus nous y mettons d'amour et plus elles procèdent de l'amour, plus elles sont agréables à notre Père des Cieux. Les oboles offertes à Dieu avec un coeur brûlant lui plaisent plus que les riches présents d'un coeur froid, car Dieu ne considère pas tant la grandeur de nos oeuvres que l'amour avec lequel nous les faisons.
    Nos ergo diligamus Deum ; nous sommes les privilégiés du Bon Dieu qui nous a aimés infiniment plus que des millions et des millions d'autres hommes, aimons-le donc en conséquence, pensons que la question posée jadis à S. Pierre ; Diligis me plus his ? Sadresse aussi à chacun de nous, et ne nous laissons devancer par personne dans la voie de l'amour.
    Nos ergo diligamus Deum ; l'acte de charité, l'amour de Dieu, est l'acte le plus parfait, le meilleur, le plus excellent que nous puissions faire ici-bas, l'acte que nous ferons incessamment, éternellement dans le Paradis, charitas nunquam excidit.
    Nos ergo diligamus Deum ; nous n'avons pas autre chose à faire en ce monde que de l'aimer et de le faire aimer, de l'aimer et de le faire aimer chaque jour davantage. Comme disait le P. de Foucauld, " l'heure la mieux employée de notre vie est celle où nous aimons le plus Notre Seigneur ". Jamais nous ne pourrons l'aimer et le faire aimer comme il le mérite. Aimons-le du moins comme il nous demande de l'aimer, c'est-à-dire de tout notre coeur, de tout notre esprit, de toute notre âme, de toutes nos forces. Que nos pensées, nos affections, nos désirs aillent sans cesse vers lui, notre Créateur, notre Sauveur, notre souverain Bien. Ste Thérèse conseillait à ses filles de faire quotidiennement beaucoup d'actes d'amour ; il faut si peu de temps, un instant suffit pour faire un acte d'amour, pourquoi n'en ferions-nous pas des centaines au cours d'une journée ?
    Mais surtout appliquons-nous à agir en tout par amour ; veillons avec soin sur les mobiles de nos actions, ne nous laissons pas aller aux vues purement naturelles, cherchant, sans y prendre garde peut-être, notre plaisir, notre avantage, notre satisfaction, notre intérêt, bien plus que le bon plaisir ou les intérêts de Dieu. Notre pauvre nature est tellement portée à se rechercher elle-même que nous devons chaque jour élever et purifier nos intentions. Tout ce que nous faisons dans le cours d'une journée, soit les oeuvres du ministère, prédication, catéchisme, administration des sacrements, soit les occupations matérielles ou autres, voyages, lectures, etc., appliquons-nous à le faire vraiment pour Dieu, dans la pure intention de lui plaire. De plus quand viennent les contrariétés, les peines, les ennuis, les fatigues, les maladies, les croix en un mot, acceptons-les de bon coeur par amour pour notre Père céleste, pour suivre sa sainte volonté qui nous ménage ainsi une excellente occasion, on peut dire : une occasion sans pareille, de pratiquer l'amour de Dieu.
    Remarquons en effet que l'amour, en définitive, c'est le don de soi : aimer Dieu, c'est lui donner quelque chose de soi ; plus nous donnons à Dieu de nous-mêmes, plus nous l'aimons. Or c'est en acceptant ce qui est pénible, c'est en faisant ce qui coûte à la nature, c'est en renonçant à notre volonté propre pour suivre son adorable volonté que nous donnerons le plus à Dieu et que nous l'aimerons davantage. Appliquons-nous donc à donner ainsi chaque jour à Dieu beaucoup de nous-mêmes ; les occasions de renoncement sont si fréquentes au cours d'une journée ! C'est là le meilleur exercice de l'amour, celui qui est le moins sujet aux illusions et qui nous fera avancer le plus vite dans les voies de la divine charité, qui ne sont autres que les voies de la perfection.
    En outre, comme la charité est un don surnaturel, une grâce de Dieu, demandons-la lui souvent, à l'exemple de l'Eglise qui nous fait dire chaque jour : Ignem sui amoris accendat Deus in cordibus nos-tris, et encore : Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium et tui amoris in eis ignem accende. Combien de fois peut-être n'avons-nous pas récité comme machinalement et du bout des lèvres ces vénérables formules ! Veillons désormais à les dire du fond du coeur: Et puis chaque jour, dix fois, vingt fois, cent fois par jour, disons, répétons : " Mon Dieu, faites que je vous aime ", ou bien : " Cur Sacré de Jésus, faites que je vous aime de plus en plus". Soyons bien persuadés qu'aucune prière n'est plus agréable au Coeur de notre divin Maître et donc ne sera plus sûrement exaucée.
    Heureux, trois fois heureux le prêtre, le missionnaire dont l'âme a été blessée d'amour pour Dieu, au point de se donner irrévocablement et entièrement à lui, sans réserve aucune, afin de lui rendre amour pour amour !
    Heureux, trois fois heureux, parce que son coeur étant pris tout entier par l'amour le plus noble qui soit, le voilà prémuni contre la fascination des bagatelles de ce monde, le voilà affranchi de mille petites servitudes, libre de mille entraves dans le service du Bien-Aimé et le service des âmes. Amans volat, currit et loetatur, liber est et non tenetur.
    Heureux, trois fois heureux, non parce que la croix ou l'épreuve lui sera épargnée, nam sine dolore non vivitur in amore, mais parce que l'amour du Bien-Aimé la lui rendra plus légère et plus douce. Amor onus non sentit, labores non reputat.
    Heureux, mille fois heureux, parce que, où qu'il aille, quelque charge qui lui soit confiée quoi qu'il lui advienne, rien ne pourra le séparer de son Bien-Aimé, neque tribulatio, neque angustia, neque mors, neque vita, neque creatura alia, et qu'à chaque instant du jour et de la nuit il peut dire : Dilectus meus mihi, et ego illi, en attendant qu'il le redise au ciel pendant toute l'éternité bienheureuse.

    " L'amour de Dieu est seul capable de remplir mon coeur, de satisfaire toutes mes aspirations, de transformer les instincts de nia nature, de nie rendre heureux complètement, même en cette vie, par opposition à l'amour des créatures qui est incapable de tout cela ; car chez les créatures il n'y a jamais certitude d'un retour suffisant d'affection, jamais possession complète. Dans l'amour de Dieu il y a cela ; et ces deux choses ne se trouvent vraiment que dans l'amour de Dieu ; c'est pourquoi l'amour de Dieu seul doit me satisfaire même sur la terre, et mon coeur sera tourmenté tant qu'il ne se reposera pas en lui..... Hélas ! Sur la terre nous ne pouvons qu'approcher de l'amour de Dieu ; approchons le plus près, le moins loin possible ".
    J.-B. Aubry, (Notes intimes).

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    1934/81-85
    81-85
    Aubry
    France
    1934
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