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Pensées pour la retraite du mois 2

Pensées pour la retraite du mois A peccatorum vinculis....ab omni adversitate. Dans loraison du dimanche de la Quinquagésime, lEglise nous fait solliciter particulièrement deux grâces : la première est dêtre affranchis des liens du péché, a peccatorum vinculis absolutos, la deuxième dêtre préservés de toute espèce dadversité en cette vie : ab omni nos adversitate custodi.
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    Pensées pour la retraite du mois

    A peccatorum vinculis....ab omni adversitate.

    Dans loraison du dimanche de la Quinquagésime, lEglise nous fait solliciter particulièrement deux grâces : la première est dêtre affranchis des liens du péché, a peccatorum vinculis absolutos, la deuxième dêtre préservés de toute espèce dadversité en cette vie : ab omni nos adversitate custodi.

    I. Le péché, quelle quen soit la nature, le péché mortel surtout, alors même que les chutes seraient rares, nous établit dans une sorte desclavage : tous les auteurs spirituels laffirment, et nous prêtres nen avons-nous pas lexpérience que nous trouvons peut-être en nous-mêmes, et sûrement dans notre ministère de confesseur.

    La première fois que le pécheur commet une faute grave ou dimpureté, ou dinjustice, ou de colère, etc., dordinaire il est agité, troublé, bouleversé par le remords de sa conscience. La honte, la crainte, dit Tertullien, suivent de près le dérèglement, le désordre. Mais quand ce pécheur a le malheur de retomber souvent dans ses fautes, la crainte, la honte, le remords ne tardent pas à se dissiper. Son insensibilité saffermit à chaque nouveau pas dans la voie fascinante du mal. Cest alors quil se forme en lui comme une chaîne de fer aux mailles serrées et puissantes. Nous savons tous par cur ce que dit St Augustin sur ce sujet, parlant des années antérieures à sa conversion : Jétais, ô mon Dieu, dans une condition déplorable ; je sentais ma misère, je désirais sortir de lesclavage de mes péchés. Mais tous mes désirs étaient inutiles et mes efforts impuissants. Je ressemblais à un homme profondément endormi qui voudrait sortir de son lit, et qui y est retenu malgré lui, ou encore à un captif qui cherche à rompre ses liens pour senfuir et nen a ni le moyen ni la force. Jétais lié non avec des fers étrangers, mais par ma propre volonté plus dure que le fer. Qui na pas éprouvé en lui-même cette douloureuse perplexité, si, tombé dans quelque grave désordre, il a enfin résolu de sarracher à létreinte du vice ? Un événement imprévu, un deuil, une disgrâce, un grave accident attirent lattention sur tel ou tel défaut dont la gravité avait plus ou moins échappé ; on remarque tout à coup quon est devenu coléreux, rancunier, envieux, avare etc.... Alors on convient de ses torts ; la conscience du danger fait promettre de se corriger, on commence même à faire des efforts pour briser les liens, et.... la force de lhabitude reprend le dessus, les bras tombent comme sous un poids trop lourd. Quel est le prêtre qui ne connaît de ces pauvres âmes pour qui ces vaines tentatives daffranchissement ont été suivies dun découragement profond ? Pour plusieurs ce fut labandon de tout, la fin de la résistance et de la lutte.

    Heureux si, nous étant trouvés nous-mêmes dans ce triste état, Dieu par sa miséricorde nous en a retirés ! De quelle reconnaissance ne devons-nous pas être pénétrés envers lui ! En récitant le psaume des vêpres de la 2ème férie, redisons avec les mêmes sentiments que David : Dirupisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis et nomen Domini invocabo.

    Cependant ne nous endormons jamais dans une entière tranquillité ; quand une expérience réitérée ne nous aurait point appris à quel point nous sommes faibles, dans lhistoire de lEglise nous trouvons souvent de tristes exemples, et sans aller bien loin, ne connaissons-nous pas tel ou tel prêtre.... Alors nous devons nous appliquer à nous-mêmes la remarque de St Augustin : Nullum peccatum facit homo quod non possit facere et alter homo. Se sentir fort nest pas toujours une preuve quon le soit, ou si on est fort cest en Dieu et non pas en soi, et en croyant ne pas lêtre.

    II Ab omni nos adversitate custodi. Les conséquences du péché ce sont les fléaux déchaînés contre nous, cest ladversité sous toutes ses formes. Mais comment espérer que nous éloignerons de nous les effets du péché, si nous ne commençons point par nous délivrer du péché, source de tous les maux ? Voilà pourquoi dans notre oraison nous avons en premier lieu demandé dêtre affranchis des liens du péché. La simple raison suffirait à nous persuader
    dagir ainsi : le malade doit avant tout se débarrasser de la fièvre pernicieuse qui le brûle, sil veut trouver quelque repos ; le prisonnier sefforcera avant de jouir de la liberté de rompre les chaînes de sa captivité. Ainsi la sagesse prescrit au pécheur de se délivrer des liens de liniquité, de guérir par des remèdes opportuns le mal qui vicie lâme toute entière. Il pourra alors demander justement à Dieu dêtre prémuni contre ladversité causée par ses péchés.

    Nous sommes ici en famille ; plusieurs de ceux qui liront ces lignes ont peut-être gardé le souvenir dune certaine lecture spirituelle du P. Delpech, de vénérée mémoire. Cétait pendant les vacances à Ferrières, je ne sais plus quel désordre sétait produit dans la communauté, le bon Père Delpech commença ainsi son discours : En apprenant les manquements graves à la discipline qui mont été signalés, jai commencé par faire mon examen de conscience pour me rendre compte si je navais pas récemment commis quelque faute dont le bon Dieu me punissait... Cette remarque dun prêtre que tous les aspirants, vénéraient fit sur eux la plus profonde impression. Lexemple du P. Delpech est à suivre ; quand nous rencontrons dans notre ministère quelque difficulté inattendue, particulière : scandale, mauvais esprit, défections etc., avant toute chose faisons notre examen de conscience, souvent nous trouverons que notre première ferveur est bien refroidie, que nous avons fait quelque grave imprudence, peut-être même commis quelque faute non légère. Rappelons-nous le terrible châtiment que sattira David pour avoir ordonné le dénombrement de ses sujets. Son crime avait été tout intérieur ; lorgueil, la folle curiosité de savoir la grandeur de ses forces, comme sil eût voulu sattribuer toutes ces choses et y mettre sa confiance plutôt que dans le secours de Dieu. Pourquoi telle uvre, après avoir donné tant despérances, devient-elle parfois une source de tant danxiétés ? Le promoteur, le chef, sil fait un sérieux examen de conscience souvent remarquera quau lieu de sappuyer sur Dieu, de rendre gloire à Dieu, il a cherché à majorer son propre rôle, à grossir son personnage.

    Payons donc nos dettes envers la Justice divine. Cette justice apaisée se montrera alors favorable à nos supplications, elle écartera de notre ministère ces calamités que nos fautes auraient autrement rendues nécessaires : A peccatorum vinculis absolutos, ab omni nos adversitate custodi.

    1932/81-84
    81-84
    Anonyme
    France
    1932
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