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Pensées pour la retraite du mois 2

Pensées pour la retraite du mois Tempus breve est : reliquum est ut... qui utuntur hoc mundo tanquam non utantur, prterit enim figura hujus mundi. Le temps est court, il passe, il passe et avec lui la figure de ce monde, les choses de ce monde. Le temps est court, bientôt il sera passé, bientôt il nous fera défaut, bientôt nous aurons quitté cette terre, cest pourquoi, nous dit S. Paul, reliquum est ut qui utuntur hoc mundo, tanquam non utantur.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Tempus breve est : reliquum est ut... qui utuntur hoc mundo tanquam non utantur, prterit enim figura hujus mundi.

    Le temps est court, il passe, il passe et avec lui la figure de ce monde, les choses de ce monde. Le temps est court, bientôt il sera passé, bientôt il nous fera défaut, bientôt nous aurons quitté cette terre, cest pourquoi, nous dit S. Paul, reliquum est ut qui utuntur hoc mundo, tanquam non utantur.

    Ô lexcellent conseil, ô la règle dor ! User de ce monde et des biens quon y trouve, comme si on nen usait pas, cest-à-dire sans y mettre sa joie, sans sy attacher, non diligant quo utuntur, dit S. A.ugustin ; non adhreant ei nimia delectatione, ajoute S. Thomas.

    Nimia delectatione, les biens de ce monde, en effet, ne sont pas sans attraits pour la nature humaine ; même le prêtre, même le missionnaire doivent veiller à ne pas sy laisser prendre et à se maintenir au contraire dans le détachement des choses dici-bas.

    Puisque nous ne faisons que passer sur cette terre, non habemus hic manentem civitatem et que bientôt, demain peut-être, il nous faudra tout quitter sans retour, à quoi bon nous attacher, à quoi bon augmenter ou renforcer les liens qui nous retiennent ici-bas ? Quand le moment de partir sera venu, ces liens seraient plus difficiles à rompre et ainsi la séparation finale serait plus douloureuse. Si donc nous voulons partir sans regrets, ne nous attachons pas, ne nous attardons pas à jouir, ne laissons pas notre cur se prendre aux vains attraits des choses créées, mais gardons-le libre et dégagé de tout, et lorsque lange de la mort viendra nous annoncer que notre pèlerinage terrestre ou notre exil touche à sa fin, nous serons tout prêts pour le grand départ.

    Une autre raison de ne pas nous attacher aux biens de ce monde, cest que nous ne sommes pas faits pour eux, nous sommes faits pour autre chose : nous sommes faits pour Dieu. Le côté sensible de notre nature nous incline, il est vrai, vers les biens créés, vers les joies de ce monde, mais ni les uns ni les autres ne peuvent nous satisfaire.

    Memento illius frequenter proverbii, quia non satiatur oculus visu, nec auris impletur auditu. Stude ergo cor tuum ab amore visibilium abstrahere et ad invisibilia te transferre (Imit).
    Fecisti nos ad te, Domine, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te. (S. Augus.)
    Quam sordet tellus dum clum aspicio. (S. Ignace.)

    Voilà ce que disaient les saints et ce que nous devrions nous redire souvent, car malgré la sublimité de notre vocation, nous demeurons hommes, enclins à la triple concupiscence et si nous ny prenons garde, nous nous laissons facilement aller aux convoitises terrestres. On ne trouvera certes pas chez nous lavarice sordide, ni le luxe effréné, ni la joyeuse et fine chère, mais sommes-nous toujours exempts de toute attache à largent, de toute recherche dun certain confort peu apostolique ; le logement, le vêtement et la table nous laissent-ils toujours indifférents et S. Paul pourrait-il nous mettre au nombre de ceux qui usent de ce monde comme sils nen usaient pas ?

    Il y a dans lImitation une petite prière que sans doute nous aurions avantage à redire assez souvent :

    Non me vincat, Deus meus, non me vincat caro et sanguis...
    Ecce cibus, potus, vestis ac ctera utensilia ad corporis sustentandum pertinentia, ferventi spiritui sunt onerosa.
    Tribue talibus fomentis temperate uti, non desiderio nimio implicari.
    Abjicere omnia non licet, quia natura sustentanda est : requirere autem superflua et qu magis delectant lex sancta prohibet, nam alias caro adversus spiritum insolesceret.
    Inter hc, quso, manus tua me regat et doceat, ne quid nimium fiat.

    Une troisième raison duser de ce monde comme si on nen usait pas, autrement dit, de garder son cur libre et détaché, cest que lattachement aux biens de ce monde, aux choses créées, est un obstacle à lamour de Dieu et par conséquent au service de Dieu et des âmes.

    Dieu veut avoir notre cur tout entier, et il le mérite certes après tout ce quil a fait pour nous, cest son premier commandement : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cur... Or notre capacité daimer est limitée, ce que nous donnons aux créatures, aux choses de ce monde, nous lenlevons à. Dieu.

    Et puis cet amour des biens créés, ces attaches aux choses dici-bas sont, à nen pas douter, une source de nombreuses distractions dans les exercices de piété : elles engendrent et entretiennent la tiédeur, elles brisent lélan de lâme vers le Souverain Bien, elles empêchent lunion de lâme à Dieu.

    Si nous voulons réussir dans nos exercices de piété, si nous voulons y trouver Dieu, il nous faut absolument pratiquer le détachement des créatures et des biens de ce monde. Dieu nest jamais en. reste de générosité avec nous, mais après avoir fait les premières avances, il attend ordinairement notre correspondance à sa grâce ; si nous lésinons avec lui, si nous lui mesurons notre amour, il se retire ou se cache, il ne se donne à nous que dans la mesure où nous nous donnons à lui. Cest ce que lui fait dire lauteur de lImitation : Dimitte omnia et invenies omnia, relinque cupidinem et invenies requiem. Da totum pro toto....

    Pour que Dieu se donne totalement à lâme fidèle, il faut quelle soit libre de toute attache, que vraiment elle use de ce monde comme nen usant pas. Quimporte, dit S. Jean de la Croix, que loiseau soit attaché par un simple fil ou par une corde ; quelque faible que soit le lien, sil nest rompu, loiseau ne pourra prendre son vol. Ainsi lâme retenue par quelque attache ou captivée par quelque affection, quelles que soient dailleurs les vertus quelle possède, ne peut arriver à la liberté de lunion divine. Et le saint Docteur ajoute : Oh ! quil est regrettable de voir certaines âmes, semblables à des navires richement chargés de bonnes uvres, dexercices spirituels, de vertus et de dons de Dieu, de les voir, dis-je, manquer de courage pour se vaincre en de petites satisfactions, en des bagatelles, et pour cette raison échouer au port de la perfection. (Montée du Carmel, liv. 1, chap XI).

    Voyons donc, chers confrères, où nous en sommes de lusage des biens créés et si nous découvrons en nous quelque attache, ayons le courage de la briser au plus tôt : nous avons si peu à y perdre et tant à y gagner ! Nous perdrons un pour gagner mille et dix mille ; nous perdrons une petite satisfaction passagère et nous gagnerons lamitié de notre grand Dieu, son amitié éternelle et la récompense infinie quil a promise à ceux qui vraiment quittent tout pour son amour.



    1933/85-88
    85-88
    Anonyme
    France
    1933
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