Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pensées pour la retraite du mois 2

Pensées pour la retraite du mois. La Fuite en Egypte. La nuit même qui suit le départ des Mages de Bethléem, un Ange apparaît à Joseph, chef de la Sainte Famille, et lui dit : Lève-toi, prends lEnfant et sa Mère, fuis en Egypte et restes-y quau moment où je te donnerai de nouveaux ordres, car Hérode va rechercher lEnfant pour le faire mourir.
Add this
    Pensées pour la retraite du mois.

    La Fuite en Egypte.

    La nuit même qui suit le départ des Mages de Bethléem, un Ange apparaît à Joseph, chef de la Sainte Famille, et lui dit : Lève-toi, prends lEnfant et sa Mère, fuis en Egypte et restes-y quau moment où je te donnerai de nouveaux ordres, car Hérode va rechercher lEnfant pour le faire mourir.

    Alors commence le pénible voyage. Les vignes de Bethléem disparaissent, puis les rochers et les térébinthes dHébron sestompent, tandis que les coteaux stériles de lIdumée se dressent et que les eaux de la Mer maudite miroitent à la gauche des persécutés, LEgypte sapproche et la célèbre prophétie dIsaïe saccomplit :
    Voici que Jéhovah, porté sur une nuée légère, entre en Egypte :
    Les idoles de lEgypte tremblent en sa présence
    Et le cur de lEgypte se fond au dedans delle.

    Lantique terre de Misraïm apparaît, puis la Mer Rouge, le port de Clysma, Héliopolis enfin. Cette dernière est lancienne ville de On, patrie dAseneth, femme du patriarche Joseph, fils aimé de Jacob. Son nom sacré Pi-ra (demeure du soleil) sest vu supplanté par Héliopolis dans lEgypte hellénisée. Tout près, Matarieh, résidence dune petite colonie juive, où va se réfugier pour un temps la Sainte Famille. Ici lidole Osiris, enveloppée de bandelettes, ceinte du scarabée dor, reçoit les hommages des fellahs, des chameliers et des pêcheurs niliens, tandis que grouille une foule bruyante, où se remarquent les accoutrements les plus divers : tuniques syriennes, chlamydes grecques, toges romaines, pagnes de nègres et desclaves.

    Humainement parlant, nest-elle pas étrange et inconcevable cette fuite du Fils de Dieu par nature vers une région, patrie jadis du peuple dIsraël, fils lui-même de Dieu par adoption ? Dieu navait-il donc pas à sa disposition de moyen plus simple pour sauver son Fils ? Pourquoi la Providence réserve-t-elle aux innocents la persécution, voire même une mort violente, tandis quHérode, le coupable, ne mourra que plus tard, ignominieusement, il est vrai ?

    Cest que, puissant et sage, Dieu règne et laisse agir les causes secondes, se dérouler les événements de ce monde, où nous lui refusons presque dintervenir par le miracle. Puis trop souvent nous ne voyons, hélas ! nous autres hommes, que le petit fait actuel, sensible et tangible, inconscients même de ses répercussions possibles et de ses réfléchissements, sans nous douter de ses irradiations lointaines. Nous mesurons à notre aune la conduite de Dieu, qui laisse fuir son Fils en Egypte, alors que nous ne pouvons guère plus discerner les pensées de ceux qui nous entourent et les secrets désirs de leurs curs ?

    Par amour pour nous, le Père, notre Père, a désiré que son Fils, notre frère, se fasse petit enfant, et il ne veut pas le sauver dautre manière quon sauve un petit enfant, par la fuite devant le danger : libre à lui. Libre à lui encore de le faire souffrir, car Jésus sest offert en holocauste. Libre à lui enfin de poursuivre quand il lui plaira les persécuteurs et de récompenser les persécutés. Qui sait, dailleurs, si la cruauté dHérode na pas été plus utile aux Bethléhémites, parents et enfants, que ne leussent été ses faveurs ?

    A la réflexion, cette fuite en Egypte nous amène insensiblement à chercher pour nous-mêmes la raison des voies par lesquelles Dieu nous conduit. Où Dieu nous a-t-il envoyés ? Vers quelle terre didoles, de volupté, dorgueil, nous a-t-il acheminés ? Pourquoi sommes-nous au Japon plutôt quen Corée, au Tonkin de préférence au Laos, en Birmanie alors que le Maïssour eût pu nous échoir ? Cest que, nous aussi, comme Marie, nous sommes venus dans ces régions dExtrême-Orient pour y apporter Jésus Enfant, pour le faire naître, le créer à nouveau par nos paroles consécratoires chaque matin. LAnge, voix de nos Supérieurs, nous a dit : Prends lEnfant et sa Mère, mes deux plus grands trésors, et va les montrer dans cette Inde mystérieuse, dans cette Chine ombrageuse de ses prérogatives, mais qui verront un jour leurs idoles brisées. Nous avons répondu vaillamment à cet appel. Sans nous soucier de la longueur de la route et des privations de toute sorte, avec Jésus et Marie nous avons gagné la terre dexil, terre devenue par amour notre nouvelle patrie. Ayons confiance. Si les temps paraissent incertains et si de nouveaux Hérodes méditent la persécution, quimporte ? Nous avons Jésus avec nous. LEnfant Jésus, terreur des rois, comme sexprime Bossuet, est partout signe de contradiction et il nentre dans une ville ou chez un peuple quavec sa croix. Pour laccompagner jusquau bout, nous aurons aussi nos croix à porter. Ne nous décourageons pas. Nous nous sommes élancés, à laube de notre vie sacerdotale, vers un avenir apostolique que maintenant nous trouvons parfois critique ; nous nous étions illusionnés, et, devant la réalité, il se peut que nous soyons pris de peur...

    Cest que notre foi vacille, alors que nous avons pourtant la plus belle part. Concrétisons notre cas. Ne soyons pas dabord jaloux du sort dautrui, voyons le nôtre. Nous avons des soucis matériels, des travaux incessants nous accablent, la persécution nous harcèle : union et conformité totale et constante à la divine volonté. Le degré de notre élévation surnaturelle dépend uniquement de notre zèle à correspondre à la grâce divine. Elevons-nous chaque jour au dessus des mesquineries terrestres ; laissons-nous emporter par Dieu où il le veut et comme il le veut. Souvent, en esprit, accompagnons la Sainte Famille dans sa fuite en Egypte. Quest, encore une fois, lEgypte pour nous, sinon la terre de notre apostolat, terre tour à tour ingrate et féconde ? Terre ingrate, car elle a ses philosophes, ses magiciens, ses poètes, ses faux sages, difficilement convertissables. Terre féconde cependant, car elle souvre, où que nous soyons, à la connaissance de lEvangile et reçoit, peut-être contre son gré ou à son insu, le divin Enfant Jésus. Et voici le miracle. Pendant quon persécute Jésus dans les terres doù nous venons de par notre naissance et notre éducation, Jésus senfuit vers les Barbares. Il les conquiert par son amour et son humilité, par son innocence et sa bonté. Voici lheure de la Providence. Comme en Egypte, un Dieu balbutie dans notre Extrême-Orient, où sa doctrine nest guère plus que tolérée ; il y essaie ses premiers pas à travers nos villes, nos provinces et nos royaumes ; il y prend son premier vêtement dans nos églises, dont certaines sont encore bien pauvres. Mais Jésus grandira. Cest encore pour lEnfant Dieu la vie cachée : respectons-la, imitons-la, désirons-la. Résolument prenons notre place dans cette maison dexil : nous y goûterons lordre voulu par Dieu pour le bonheur des peuples et le repos des nations ; nous y jouirons surtout, en attendant le ciel, de lamitié divine et de la familiarité si profitable et de Joseph et de Marie.

    SACERDOS.

    Que sommes-nous dans lespace ? Une goutte deau dans un océan, un grain de poussière dans un monde, un misérable rien noyé dans un abîme. Si, dans les autres planètes se trouvent des êtres comme nous qui regardent vers notre terre, ils ne nous voient pas, pas plus que nous ne les voyons. Nous sommes donc si petits quà une certaine distance on peut dire que nous cessons dêtre.

    Que sommes-nous dans le temps ? Considérée dans le temps où elle sécoule, notre existence nest quune chute perpétuelle dans la mort, une sorte de continuel trépas. Que reste-t-il de nos joies et de nos douleurs dhier ? Rien, ou si peu ! Il en sera de même de nos joies et de nos douleurs daujourdhui. Nous sommes encore plus fragiles quinfimes, sil est possible. Un instant doubli, et voici que le fonctionnement de notre machine humaine sarrête pour toujours. Que dis-je un instant doubli ? Cela nest pas même nécessaire ; notre organisme se détraque de lui-même, malgré nos soins les plus attentifs.

    La science moderne, par ses découvertes, naboutit quà rendre plus saisissant ce double caractère de notre petitesse et de notre caducité. Elle agrandit, en effet, lespace qui toujours se dérobe à nous en ne cessant pas de nous emprisonner. Le monde est un vaste cachot dont elle ne démolit les murs que pour nous contraindre à nous heurter sans fin à dautres murs. De même, reculant indéfiniment les origines de lUnivers que nous habitons, elle nous fait sentir plus douloureusement combien sont fugitifs les instants que nous y passons.

    Initiés ou non initiés aux découvertes de la science, tous, le temps nous emporte inexorablement. Quand nous sommes jeunes, nous appelons à nous les années : A moi la vie ! Mais bientôt nous nous apercevons que cest la vieillesse et la décrépitude que la vie nous apporte avec elle. La réponse quelle nous donne, quand nous linterrogeons, est une réponse de mort, comme dit saint Paul. Toute année qui sajoute à nos années est une étape vers la catastrophe finale. Avez-vous jamais compris la grande leçon que vous donne votre montre ? Vers quoi donc se hâtent ces aiguilles qui tournent si vite ? Vers votre dernière heure. Chaque seconde qui passe est une blessure que le temps fait à votre être ; il en viendra une qui sera la dernière et qui vous tuera. Vulnerant omnes, ultima necat !

    R. P. SANSON

    1926/61-71
    61-71
    Sanson
    France
    1926
    Aucune image