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Pensées pour la retraite du mois 12

Pensées pour la retraite du mois O fortunatos nimium sua si bona norint !
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    Pensées pour la retraite du mois

    O fortunatos nimium sua si bona norint !

    Nous avons sans doute lu plus dune fois léloge enthousiaste que St Paul fait de la foi au Chap. XI de lEpître aux Hébreux ; cest la foi qui a soutenu les justes de lAncien Testament, les patriarches et les prophètes : par la foi ils ont conquis des royaumes, exercé la justice, obtenu leffet des promesses, fermé la gueule des lions, éteint la violence du feu, échappé au tranchant du glaive, triomphé de la maladie, affirmé leur vaillance à la guerre, mis en fuite des armées ennemies....

    Nous aussi nous pourrions entonner un chant de triomphe en lhonneur de la foi, force et soutien du missionnaire, et il serait long dénumérer tous lès bienfaits dont nous sommes redevables à la vertu de foi, à lesprit de foi, à la foi vive et agissante ; en voici du moins quelques uns.

    La foi vive, qui ne dort jamais, qui est toujours éveillée, qui a sans cesse le regard fixé sur Dieu et les choses divines, acquiert une telle pénétration que, au témoignage des saints, elle nous fait pour ainsi dire voir linvisible et toucher limpalpable. Par la foi, disent-ils, nous croyons ce que nous ne voyons pas; par la foi vive nous voyons en quelque sorte ce que nous croyons.

    Avantage inappréciable qui nous est dun puissant secours dans notre commerce journalier avec Dieu, dans nos exercices de piété, car il empêche la routine et facilite grandement la dévotion. Quand on a la foi, on se comporte avec Dieu comme si on le voyait, invisibilem tanquam videns, ainsi quil est rapporté de Moïse, On sapproche de lui avec un saint tremblement, on sabîme dans une adoration profonde et lon demeure facilement recueilli en sa sainte présence : le moyen vraiment dêtre distrait lorsquon se tient devant Dieu comme si on le voyait ! Loraison alors est fervente, le bréviaire est récité digne, attente ac devote, la sainte messe est célébrée avec un respect, un recueillement, une dévotion qui réjouissent les Anges.

    Non seulement la foi vive nous aide puissamment à bien accomplir nos exercices de piété, mais encore elle transforme toute notre vie par linfluence profonde quelle a sur nos idées, nos sentiments et nos uvres. Cela va de soi. Les sentiments et les affections suivent les idées, et les idées agissent surtout par la vigueur des sentiments quelles provoquent, des passions quelles mettent en branle. Trahit sua quem que voluptas ; ou encore, comme dit S. Augustin : Amor meus pondus meum, eo feror quocumque feror. Lamour est le poids qui mentraîne, où que jaille, cest lamour qui my mène.

    Quétaient, que sont, en définitive, les Saints, sinon des passionnés, de grands passionnés de lamour divin ? Et cest la foi, la foi vive qui avait ainsi allumé, qui allume encore chez eux la passion de lamour de Dieu, la passion de la gloire de Dieu, la passion du salut des âmes, la passion du sacrifice, du renoncement, la passion de la réparation, la passion de la sainteté.

    Et pour nous qui ne sommes pas des saints mais voulons le devenir, cest aussi la foi, la foi vive, qui, nous fournissant les raisons les plus convaincantes, les arguments les plus décisifs, les motifs les plus parfaits, nous aidera puissamment à nous amender, nous guidera sûrement et efficacement dans lacquisition et la pratique des vertus de notre état. Daprès lenseignement unanime des Docteurs, nous ne pouvons atteindre un degré tant soit peu élevé de vertu si nous ne sommes soutenus par les motifs de la foi, et nos vertus ne peuvent être grandes si notre foi est petite.

    Malgré nos lassitudes, nos défaillances, nos chutes peut-être, nous devons chaque jour nous remettre à luvre, cest-à-dire reprendre le travail de notre sanctification et la lutte contre nos défauts. Or, qui soutiendra notre courage dans ce labeur quotidien, parfois bien rude et peut-être bien ingrat, qui nous ranimera chaque matin, sinon les pensées de la foi, comme, par exemple, que nous travaillons pour Dieu qui compte nos moindres efforts et nous en récompensera au centuple, que Dieu est avec nous, en nous, que son secours nous est assuré, quil ne demande quà nous aider et quil dé sire plus que nous notre avancement dans le chemin de la perfection.

    Mais outre le labeur quotidien de laccomplissement généreux de nos devoirs détat, nous avons sans doute, depuis que nous sommes en mission, eu à supporter bien des épreuves et nous en rencontrerons encore certainement dautres pour peu que se prolonge notre vie, car les épreuves sont le lot des ouvriers apostoliques et des âmes que Dieu appelle à une vie parfaite. Or dans ces épreuves parfois très dures, quest-ce qui nous soutient ? La grâce divine, sans doute, mais la grâce de la foi, de la foi vive qui sans cesse nous élève et ramène à Dieu, nous fournit les pensées les plus consolantes ou les seules consolantes.

    La foi vive, disais-je en commençant, a le don de nous rendre sensible en quelque sorte ce qui est insensible, de nous faire comme voir et toucher Dieu, invisibilem tanquam videns. Oui, mais il y a des jours, des mois, des périodes plus longues peut-être, où la foi vive paraît avoir perdu toute vertu. Il nous semble alors que Dieu est loin de nous, quil nous abandonne et ne veut plus de nous. On ne peut plus se recueillir, on est en proie à je ne sais quel dégoût et quelle inquiétude, rien ne va, on ne voit que le vide en soi et autour de soi, cest la sécheresse et la désolation spirituelle, épreuve parfois très pénible, plus pénible peut-être que toutes les autres.

    Eh bien, là encore, dans cette détresse intime, quest-ce qui va soutenir et sauver le pauvre missionnaire ? La foi, uniquement la foi, la foi vive et tenace, qui lui donnera une paix durable en lui rappelant sans cesse que Dieu a beau se cacher, il nest pas loin, il ny a pas à le chercher comme sil était absent, il ny a même pas à désirer sa présence, il y a plutôt, il y a seulement à jouir de cette présence invisible, car la foi croit indubitablement et fermement à la présence réelle de Dieu en nous par la grâce.

    Voilà ce que nous dit la foi, voilà comment elle nous garde et nous soutient dans les épreuves physiques et morales, temporelles et spirituelles, que nous rencontrons sur notre route. Bien plus, elle est pour nous une source de joies ineffables par les assurances quelle nous donne des biens présents et des biens à venir.

    Elle nous enseigne en effet que, si nous le voulons, nous nous sanctifierons très certainement et très certainement nous serons sauvés, nous posséderons éternellement le bonheur infini du Paradis.

    Voilà pour les biens à venir ; quant au présent, elle nous apprend que le Souverain Bien, dont nous aurons au ciel la pleine et parfaite possession, est déjà vraiment notre partage ici-bas, puisque le Dieu tout-puissant, le Dieu trois fois saint, le Créateur du ciel et de la terre, daigne habiter véritablement et réellement en nous tant que nous sommes en état de grâce ; malgré notre indigence et nos misères, ladorable Trinité établit en nous sa demeure et elle déclare que ses délices sont dêtre ainsi avec nous. Oh ! posséder en soi la Très Sainte Trinité, source de tout bien et de toute joie, être lobjet de lamour dun Dieu, des délices dun Dieu, lui être uni de lunion la plus intime y a-t-il sur cette terre bonheur plus grand, félicité plus haute ? Que sont au regard de la foi les autres joies de la terre : joies de lesprit, joies du cur, joies de lamitié, joies du succès, sinon de toutes petites joies accidentelles, accessoires, auprès de la joie substantielle, de la joie infinie qui nous vient de la possession, de la présence en nous du Souverain Bien ! Et puisque le Seigneur du ciel daigne faire ses délices dêtre avec nous, pourquoi ne ferions-nous pas les nôtres dêtre avec Lui, de converser avec Lui ? Pouvons-nous trouver ici-bas un Ami plus charitable et plus bienveillant, pouvons-nous fréquenter une société plus distinguée et plus joyeuse, plus savante et plus sainte, plus aimable et plus aimante ?

    Je ne sais pourquoi me revient en mémoire le vers des Géorgiques :

    O fortunatos nimium, sua si bona norint,
    Agricolas !

    A combien plus forte raison devons-nous dire : O fortunatos nimium sua si bona norint sacerdotes ! Sua si bona norint ! Connaissons-nous nos biens ? Connaissons-nous notre bonheur ? Si nous lignorons encore ou si nous lavons oublié, demandons à la foi de nous lapprendre. Nous devrions pouvoir dire comme St Paul : Superabundo gaudio in omni tribulatione nostra. St Paul avait les mêmes biens que nous, nous avons les mêmes biens que lui, que nous manque-t-il donc pour surabonder de joie comme lui ? Il nous manque sans doute davoir autant de foi que lui.

    Une émule de Ste Thérèse de lEnfant Jésus, Sur Elisabeth de la Trinité, disait : Jai trouvé mon ciel sur la terre, puisque le ciel cest Dieu et Dieu est en mon âme ; le jour où jai compris cela, tout sest illuminé pour moi. Le jour où jai compris cela ? Et nous, lavons-nous compris, cela ? Si nous ne savons trop, demandons à la foi, à la bienheureuse foi de nous le faire comprendre à fond, et alors nous aussi, nous serons heureux, aussi heureux quon peut lêtre ici-bas en attendant le bonheur infini du Paradis.




    1933/847-891
    847-891
    Anonyme
    France
    1933
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