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Pensées pour la retraite du mois 12

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    Pensées pour la retraite du mois

    Noli negligere gratiam Dei quae in te est, quae data est tibi .....
    cum impositione manuum presbyterii (I Tim. IV, 14).
    Ne néglige pas la grâce qui est en toi, qui t'a été donnée
    lorsque les prêtres t'imposèrent les mains.

    Au jour de notre ordination sacerdotale, le sacrement a imprimé en notre âme un caractère ineffaçable. Ce caractère est une marque, un sceau, l'effigie même de Jésus-Christ Prêtre. Il est l'insigne de notre dignité incomparable. Ce caractère est en même temps une puissance, la puissance de faire des choses que sans lui nous ne pourrions faire : c'est un pouvoir d'action infaillible sur le corps naturel et sur le corps mystique du Christ. Aucun pouvoir ici-bas ne l'égale ni ne peut l'égaler.
    Honneur donc et puissance. Le prêtre se trouve ainsi établi dans un état nouveau, l'état du sacerdoce du Christ Prêtre, pour tenir sa place ici-bas et y remplir les mêmes fonctions d'Adorateur, de Purificateur et de Sanctificateur.
    Mais un état d'une telle sublimité demande, au jugement de l'Ange de l'Ecole, une sainteté intérieure non seulement supérieure à celle des laïques, mais plus grande encore que celle des religieux qui ne sont pas prêtres. Ad quod requiritur major sanctitas interior quam requirit etiam religionis status. (2a 2æ q. 184, a. 8). D'autre part, le soin des âmes nous expose à de nombreux périls : il nous faut rester purs malgré les contacts quotidiens avec la corruption, monter toujours plus haut vers la perfection tout en demeurant entourés de médiocrité. Difficilius est bene conversari cum cura animarum propter exteriora pericula. (S. Th. ibid.).
    Mais ayons confiance. S'il est bien haut l'idéal à atteindre : reproduire en nous la sainteté de notre divin Modèle, le Christ Prêtre, et remplir notre ministère avec la perfection que sa sublimité demande, Dieu nous a préparé des secours de choix. A nous de les employer, car évidemment ils exigent notre coopération.
    Tout d'abord, comme les simples fidèles nous avons à notre disposition tout l'organisme surnaturel, la grâce sanctifiante, les vertus infuses, les dons du Saint Esprit et les grâces actuelles. Mais à des obligations particulières conviennent des secours spéciaux. Dans sa bonté Dieu y a pourvu. Les sacrements ont été institués pour nous aider à vivre notre vie surnaturelle au milieu des contingences d'ici-bas, chacun d'eux pour une circonstance particulière de cette vie de l'âme. C'est pourquoi, quand nous les recevons, outre la grâce habituelle ordinaire qu'accompagne le cortège des vertus infuses et des dons du Saint Esprit, chacun nous apporte une grâce particulière qui lui est propre et que les théologiens appellent la grâce sacramentelle.
    En nous imposant les mains, avec le concours des prêtres qui l'entouraient, cum impositione manuum presbyterii, l'Evêque a fait descendre en nos âmes la grâce sacramentelle du sacrement de l'Ordre.
    En quoi consiste cette grâce précieuse que saint Paul recommandait à son disciple Timothée de ne pas négliger, c'est-à-dire de rafraîchir, de faire revivre ?
    La grâce sacramentelle n'est pas spécifiquement distincte de la grâce sanctifiante ordinaire, mais elle y ajoute, selon saint Thomas, une vigueur spéciale destinée à produire des effets en rapport avec chaque sacrement : Gratia sacramentalis addit super gratiam communiter dictam et super virtutes et dona quoddam divinum auxilium ad consequendum sacramenti finem. (3a, q, 62, a 2). Par conséquent dans le sacrement de l'Ordre, à la grâce habituelle, aux vertus et aux dons, Dieu a ajouté une qualité qui les a mis en harmonie avec la grandeur de la dignité à laquelle nous avons été élevés et des pouvoirs qui nous ont été conférés ; ils sont devenus grâce, vertus, dons sacerdotaux. Par là nous avons acquis un titre \ exigitif " de grâces actuelles spéciales, qui nous seront accordées en temps opportun pour que nous puissions rester toujours à la hauteur de notre sacerdoce et en remplir dignement, fidèlement et plus facilement les devoirs et les fonctions. Nous avons le droit de les réclamer et Dieu ne saurait nous les refuser. Quand nous aurons à agir en prêtres, les grâces actuelles qui seront le principe de nos actions seront des " grâces d'état " sacerdotal.
    Appuyés sur la grâce sacramentelle de notre ordination, nous échapperons aux dangers auxquels nous expose notre ministère, nous sortirons vainqueurs des tentations délicates dont notre genre de vie est naturellement l'occasion. C'est pourquoi la pusillanimité doit être bannie de tout coeur de prêtre, ainsi que toute crainte exagérée et tout découragement. Fortitudo mea Dominus.
    De plus, nos pouvoirs merveilleux de consacrer l'Eucharistie, de remettre les péchés, d'administrer les sacrements, de prêcher la doctrine chrétienne, la grâce sacramentelle de l'Ordre nous les fait exercer saintement ; elle nous donne en particulier un amour fervent pour l'Eucharistie, un zèle ardent pour le salut des âmes, une volonté ferme de nous dépenser, de nous immoler pour Dieu et pour les âmes. Libentissime impendam et superimpendar ipse. (II COR. XII, 15).
    Etre prêtres partout et toujours, voilà l'incomparable bienfait dont nous sommes redevables à la grâce sacramentelle de l'Ordre.
    Cette grâce qui fait les bons et saints prêtres, Notre Seigneur l'a demandée pour les Apôtres et leurs successeurs d'une façon spéciale dans cette " Christi oratio sacerdotalis " que nous lisons au chapitre XVII de l'Evangile de saint Jean. Il l'a prononcée au moment solennel où, après l'institution de l'Eucharistie et du Sacerdoce, il allait quitter le Cénacle pour se rendre au jardin des Oliviers y commencer sa douloureuse Passion. " Ego pro eis gogo, dit-il,... pro his quos dedisti mihi, quia tui sunt.... Pater sancte, serva eos in nomine tuo, quos dedisti mihi. Sanctifica eos in veritate.... Et pro eis ego sanctifico meipsum (je m'offre en sacrifice pour eux) ut sint et ipsi sanctificati in veritate ". (JOAN. XVII, 9-19).
    Unissons nos prières de prêtres à ces supplications du Souverain Prêtre, pour que reste vivante en nous, qu'elle ressuscite, s'il en était besoin, la grâce sacramentelle de notre prêtrise, qu'elle nous fasse atteindre la sainteté sacerdotale, qu'elle nous donne une foi, une espérance, une charité vraiment sacerdotales et des vertus morales dignes du sacerdoce : Dignum sacris altaribus fac ministrum... Ut ad exsequendum injuncti officii ministerium me tua gratia dignum efficiat... Ut tuae majestati digne merear famulari. (Missale Rom. Orat. pro seipso sacerd.).
    En nous conférant le sacerdoce, Dieu nous a donné tout ce qu'il fallait pour l'exercer dignement et saintement : la grâce sacramentelle est un droit dont nous pouvons user à tout instant. Mais il en est de cette grâce et de scelles dont elle est la source comme de toutes les autres, il faut que, vivant dans le recueillement habituel, nous ne les laissions pas passer inaperçues, il faut aussi que nous ayons de la bonne volonté pour leur apporter notre concours, ce qui ne va pas sans effort. Noli negligere gratiam Dei que data est tibi curn impositione manuum.
    Pour cela il est de la plus haute importance d'entretenir habituellement en nous une claire connaissance, doublée d'une haute estime, de ce que c'est que notre sacerdoce : connaissance de Jésus-Christ Prêtre et connaissance de la part qu'il nous a donné de prendre à sa dignité et à ses pouvoirs. Théoriquement nous le savons, mais faute de culture, cette conviction se dissout facilement dans les mille tracas et dissipations de la vie. Elle devient en quelque sorte inconsciente, et par suite sans influence sur notre activité. " Vous en voyez, dit le Pape Pie X, de sainte mémoire, qui ont laissé s'alanguir en eux le sens du Christ, ce bien excellent entre tous. Videas enim homines, in quibus sensus Christi, illud tam praestabile bonum, elanguit ". (Exhort. ad Clerum).
    Cette insouciance, injurieuse à Dieu et préjudiciable à nous-mêmes, doit être combattue sans relâche ; il y faut substituer l'intelligence soutenue de notre vocation. Ce n'est pas là une vertu de détail. " C'est la vertu d'ensemble, le point de départ et le terme, la base et la clef de voûte de notre destinée entière ". (Abbé Planus).
    " C'est pourquoi, nous dit S. S. Pie XI, nous vous exhortons avec l'Apôtre des Gentils à " considérer votre vocation ", et cette considération ne pourra pas ne pas vous faire estimer toujours davantage cette grâce, qui vous a été conférée par l'ordination sacrée, et ne pas vous stimuler à " marcher dignes de la vocation à laquelle vous avez été appelés " ; Quamobrem videte (cohortatione ad vos utimur Doctoris gentium) videte vocationem vestram, quia si haec animo cogitationeque contemplati fueritis, facere neutiquam poteritis, quin quotidie pluris gratiam aestimetis, vobis sacros suscipientibus ordines collatam, atque spiritus strenue sumatis ut " digne ambuletis vocatione qua vocati estis ". (Encycl. Ad cath. sacerd.)

    DIEUDONNÉ,
    Miss. apost.


    "

    1938/791-795
    791-795
    Anonyme
    France
    1938
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