Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pensées pour la retraite du mois 12

Pensées pour la retraite du mois La Sainte Vierge et la France. Le texte du Magnificat : Ecce enim beatam me dicent omnes generationes, proclame Marie la Sainte universelle et dans tous les temps et chez tous les peuples. Aussi bien, loin de nous la pensée de limiter et de rapetisser son rôle de Mère du genre humain. Il nous sera permis du moins, en une dernière étude, de saluer humblement, comme tout chevalier franc doit le faire, notre benoîte Dame dont le fief est la France : Regnum Galli, Regnum Mari.
Add this

    Pensées pour la retraite du mois

    La Sainte Vierge et la France.
    _______

    Le texte du Magnificat : Ecce enim beatam me dicent omnes generationes, proclame Marie la Sainte universelle et dans tous les temps et chez tous les peuples. Aussi bien, loin de nous la pensée de limiter et de rapetisser son rôle de Mère du genre humain. Il nous sera permis du moins, en une dernière étude, de saluer humblement, comme tout chevalier franc doit le faire, notre benoîte Dame dont le fief est la France : Regnum Galli, Regnum Mari.

    A la Vierge qui devait enfanter, nos aïeux, les Gaulois, navaient-ils point jadis, au pays des Carnutes, dédié mystérieusement une grotte, et les Druides, sous leurs chênes, préludé par leurs invocations à son histoire ? Or, si vingt siècles ont passé, Marie, tout en restant prodigieusement vénérée en son premier sanctuaire (les fêtes dhier, où nous étions tous présents ou représentés, en font foi), Marie, depuis, a traversé le beau pays de France. En reine elle a visité son royaume, semant à larges mains les bénédictions de la terre et du ciel. Bien impossible serait-il de donner une liste complète de toutes les Madones françaises qui, dâge en âge, ont surgi sur les divers points du territoire. Il est des noms du moins que toutes les mémoires conservent. Les Notre-Dame de Pontmain, de la Délivrande, de Montligeon, de la Treille, de Brebières, des Victoires, de Fourvières, de la Salette, du Laus, de Rocamadour, du Puy, de Font-Romeu, de la Garde, de Lourdes, etc., etc sont de renommée mondiale. Et de cette litanie, si pleine de bénédictions, trois Vierges émergent plus touchantes et plus glorieuses pour nous missionnaires : la Vierge de Lourdes, la Vierge de Fourvières et la Vierge de la Garde. Notre-Dame de Lourdes a vu la France toute entière défiler devant elle, et il nest pas au monde dempire, de royaume, de république, de province, de tribu ou de clan qui nait député vers elle ses ambassadeurs dans la personne decclésiastiques, de magistrats ou dofficiers de son Etat. A Lourdes coule toujours la source deau vive spirituelle et matérielle qui régénère les âmes et les corps. Nul lieu au monde peut-être nest plus foyer de charité que Lourdes. Le dévouement y est perpétuel, la générosité légendaire, lélan vers les cimes surnaturelles sublime. Marie, proclamée par lEsprit-Saint belle comme une armée rangée en bataille, y déploie ses bataillons, et les chevaliers des temps modernes sy donnent rendez-vous. A Lourdes se fait lunion sacrée par la prière à Notre-Dame. Cest un pan du ciel que les doigts de notre Mère découvrent à nos yeux : que lImmaculée veuille ne point nous le cacher durant notre pèlerinage dici-bas !

    Un jour ou lautre également, nous avons vu sévanouir et sombrer, dans le bleu méditerranéen, la haute silhouette de Notre-Dame de la Garde. La houle violette de la mer, au soir tombant, nous décela des fantômes et leffroi nous surprit. Invinciblement alors notre imagination nous déposa dans le temple où Marie nous avait réconfortés lors de notre dernière halte sur le sol français. Nous lui avions juré fidélité, nous les partants, et nous voulions tenir parole malgré tous les dangers et de la mer et du monde et de Satan. Depuis, Notre-Dame de la Garde est demeurée dans lhorizon de notre cur ; grâce à elle nous avons atteint sains et saufs, en conquérants, le port extrême-oriental, et notre avenir sest transformé. Daigne Notre-Dame de la Garde rester notre phare maintenant et toujours !

    Mais, si la contemplation des foules de Lourdes ou le récit de ses merveilles au foyer domestique fut une des causes de léclosion de notre vocation ; si celle-ci a vu son épanouissement définitif quand, sous les regards de Notre-Dame de la Garde, nous avons quitté Marseille, cette porte de lExtrême-Orient, cest grâce toutefois à Notre-Dame de Fourvières que notre apostolat sélargit et obtient son couronnement. Cest elle, en effet, qui nous en a donné et nous en donne encore les moyens. Ne loublions jamais ; luvre de la Propagation de la Foi, fleur magnifique de la civilisation et de la charité catholiques, a germé près du sanctuaire lyonnais. Cest de là que Pauline Jaricot, inspirée de Dieu et de la Vierge, a lancé son appel à la générosité mondiale pour les missionnaires. Notre-Dame de Fourvières a béni elle-même le projet conçu par lune de ses enfants. Et nous admirons aujourdhui lépanouissement de cet arbre splendide qui couvre lunivers, mais dont la racine primitive sest plongée dans le sol imprégné du sang des Blandine et des Pothin.

    Or, nous navons, en rappelant ces Vierges vénérées, queffeuillé seulement quelques pétales de la Rose mystique, dont la suave odeur sétend sur la France et lembaume. Que de cathédrales sépanouissent sur le sol français pour abriter dans leur reliquaire de dentelle la Vierge au doux sourire ! Nest-ce pas elle, Marie, qui donne naissance à la France chrétienne quand, pour répondre aux prières de Clotilde, elle dirige la main de Remi versant leau baptismale sur le chef de Clovis ? Plus tard, Roland voudra quon élève an sanctuaire à Marie sur sa tombe de chevalier. Les Normands viendront près des murs de Lutèce, mais le voile sacré de Notre-Dame, porté par lEvêque de Chartres en guise de drapeau au bout dune lance, fera fuir linvincible Rollon. Puis, ce sont les Croisés qui, sous légide de Marie, partent à la délivrance du Saint-Sépulcre. Viendra lheure où lhérésie des Albigeois mettra le Midi de la France à feu et à sang : Marie en triomphera en bénissant Dominique, qui, le Rosaire en main en guise dépée, vaincra les sectaires dhier fort semblables à ceux de nos jours, nihilistes et communistes sans Dieu ni Maître. Alors, par deux fois Marie devra secourir son fief près de tomber en pouvoir anglais. Sans doute, elle voulut en ces temps combattre par la main dune géniale enfant, Jeanne dArc, désormais Patronne secondaire de la France. Mais, si la Libératrice remplit un rôle si merveilleux, cest la Vierge elle-même quelle représente. Puis, le luthéranisme et le calvinisme voudront saisir dans les mailles de leur filet les bons français, mais, grâce toujours à celle qui veille sur ses enfants, bien peu deviendront huguenots, et Louis XIII reconnaissant lui consacrera son royaume, comme il la remerciera en même temps de la naissance dun fils que les siècles nommeront Louis le Grand. Sans doute, lheure de la Révolution française sonnera le glas de toutes les croyances et de tous les cultes. Sans doute les rationalistes et les philosophes diviniseront la créature née bonne et rabaisseront lEglise, son sacerdoce et son culte. Sans doute, surgira le surhomme, lanimalis homo, qui bornera son horizon à ses intérêts et à ses affaires, insouciant de son âme et de sa destinée. Quimporte ! la Mère commune de tous les Français reste alors à son poste et veille sans repos. Cest le moment choisi par elle pour opérer des merveilles quand son effigie, frappée sur la médaille miraculeuse, se répandra par millions. A la France athée, matérialiste et voluptueuse, la Vierge opposera la France croyante, pénitente et pure. Nous en voyons au vingtième siècle lefflorescence. Si la France est encore un grand pays chrétien, si les vertus nationales nont point disparu, si les secousses franc-maçonnes contre lécole catholique, contre la famille, contre la foi des ancêtres ébranlent, sans le faire tomber, lédifice moral de la Patrie, si lidéal apostolique et missionnaire fleurit au pays français plus que dans nul autre, si Satan ne règne pas, cest que sa tête infernale est écrasée en France par les pieds de lImmaculée. La Femme conçue sans péché prie à Lourdes pour la Nation, dont elle est lAme surnaturellement protectrice et maternelle.

    Il faut le dire encore. A toutes les époques de lHistoire, des chantres français ont célébré sa magnificence, sa bonté, son amour pour les Français : Saint Fulbert et Saint Yves sont docteurs du dogme marial. Puis Saint Bernard composera son immortel Souvenez-vous. Vers 1198, un évêque de Paris, Eudes Sully, enrichira lEglise de lAve Maria. Viendront François de Sales, Bérulle, Olier, Saint Vincent de Paul, S. Jean Eudes, tous fervents dévots de Notre-Dame, dont la tutelle sétendra sur leurs familles religieuses. Entre temps, Bossuet, au génie sans égal au monde, élèvera son verbe devant le Protestantisme et ses écrits abaisseront le Jansénisme. Dautres, innombrables, en ces deux derniers siècles ont également acclamé Marie, si bien quen nommer quelques-uns devient difficulté réelle, choix partial. Le Saint Curé dArs, le Cardinal Pie, Lacordaire, lAbbé Gerbet, Champagnat, Colin, Mazenod, dom Guéranger, Monseigneur Gay sont tour à tour, entre beaucoup dautres, les hérauts de Marie et les propagateurs dévoués de son culte.

    En conclusion, comme tous ceux que nous venons de nommer, et comme tous nos devanciers dans lapostolat des Missions-Étrangères, nous sommes et nous serons nous aussi des dévots à Notre-Dame et des dévoués à létablissement de son règne en Extrême-Orient. En bons missionnaires français, nous imiterons dabord les vertus de la Reine des Apôtres et des Vierges. Nous sommes, à travers lAsie, les pèlerins de lImmaculée, ses chevaliers prêts à tous les sacrifices, ses croisés accourus pour la défense et le règne de son divin Fils Jésus-Christ. De Paris au Japon, disséminés en tous lieux, nous formons, flambeaux vivants, une procession grandiose de serviteurs occupés à répandre les louanges, le respect et lhonneur de notre Mère. Confions-lui nos âmes, nos corps, nos uvres, nos chrétiens, notre apostolat. Lannée 1928 savance pleine de mystères : lavenir est à Dieu et à Marie. Comme Jeanne dArc inscrivons sur notre bannière : Jhesus-Maria . Avec ce cri de combat la victoire est certaine : Jésus et Marie nous sauveront.

    SACERDOS.
    1927/713-717
    713-717
    Anonyme
    France
    1927
    Aucune image