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Pensées pour la retraite du mois 11

Pensées pour la retraite du mois Solus non sum Qui misit me mecum est.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Solus non sum Qui misit me mecum est.

    Les nécessités de lapostolat obligent souvent le missionnaire à vivre seul au milieu de populations presque entièrement païennes, et celui-là même, qui a charge dune ou plusieurs chrétientés bien constituées, se trouve un peu isolé au milieu de ses paroissiens qui nont ni la même langue, ni la même éducation, ni les mêmes goûts que lui. Lorsque nous sommes partis, cétait là chose prévue et acceptée davance, mais la vocation apostolique ne change pas la nature humaine, et il est des jours où cet isolement devient plus pénible et nous pèse davantage.

    Cest alors le moment plus que jamais de nous rapprocher de Dieu en pensant à la parole de Notre Seigneur dans lEvangile : Solus non sum,... qui misit me mecum est (Joang VIII) ou encore à la parole de lapôtre S. Jean : Societas nostra sit cum Patre et Filio ejus Jesu Christo (I, Joan 1. 3.). Cest alors quil faut plus que jamais élever notre esprit et notre cur vers les réalités invisibles mais vivantes et vivifiantes... qui peuplent notre solitude.

    Ainsi la raison, daccord avec la foi, nous apprend que Dieu, étant lEtre suprême, lEtre par excellence. Dieu étant Celui qui est, existe non seulement de toute éternité, mais encore est nécessairement en tout lieu, en nous-mêmes comme dans toutes les créatures. Pour le trouver, pour lui parler, nous navons pas de chemin à faire, nous navons pas à nous déplacer. Il est là où nous sommes, il est en nous, il est avec nous ; après nous avoir donné la vie, il nous soutient dans lexistence, il est lâme de notre âme, la vie de notre vie. Si nous pensions davantage à cette divine présence, nous y trouverions sans doute un réconfort en même temps quune sauvegarde.

    Mais il y a beaucoup mieux que lubiquité divine, il y a la grâce sanctifiante.
    Nous savons en effet, par lenseignement très certain et très clair du Nouveau Testament et de toute la Tradition, que la grâce sanctifiante est un don divin qui comporte nécessairement la présence de la Sainte Trinité dans lâme juste, présence plus intime et plus excellente que celle qui résulte de lubiquité divine. Par son essence même, son immensité ou sa puissance, Dieu est présent en nous et en tout lieu comme Etre suprême, Cause première, Créateur et Conservateur de toutes choses ; par la grâce, cest la Trinité, ce sont les Trois Personnes divines qui viennent établir en nous leur demeure ; par la grâce, Dieu trois fois saint habite en nous comme notre Père, notre Frère et notre Ami.

    Quelle faveur inouïe, inespérée, quelle adorable merveille que cette présence ininterrompue, cette habitation permanente de la Sainte Trinité en nous ! Notre âme, notre corps, tout nous-mêmes devenus un temple, un sanctuaire, un tabernacle où Dieu réside, où Dieu habite réellement, personnellement, aussi réellement et véritablement quil est dans le Ciel !

    DIEU HABITE EN NOUS, DIEU VIT EN NOUS ! Qui comprendra jamais tout le sens de ces simples mots, toutes les divines réalités quils expriment ? Dieu vit en nous, quest-ce à dire ? sinon que la Vie divine est en nous et la Vie divine cest la vie éternelle, vie bienheureuse faite de lumière, de complaisance, damour et de joie infinie, vie bienheureuse dont le spectacle rassasie pleinement les élus ; vie ineffable assurément, mais dont il a plu à la divine Bonté de nous révéler quelque peu ladorable mystère.

    Ainsi nous savons que la vie intime de Dieu consiste dans la connaissance et dans lamour quil a de lui-même. Alors, dire que Dieu vit en nous, cest dire que dans la pauvre demeure de notre âme Dieu se connaît et saime infiniment. Or Dieu se connaissant et saimant cest le Père engendrant le Fils, Verbe éternel, cest le Fils à son tour connaissant et aimant le Père, et cest aussi le Père aimant le Fils, et cet amour ineffable, éternel, consubstantiel au Père et au Fils est le Saint-Esprit.

    Notre pauvre langage humain ne peut hélas ! que balbutier quand il veut exprimer ce mystère de la Vie éternelle de Dieu dans lUnité de la Trinité, où tout est lumière sans ombre, amour sans mesure, délices sans bornes, paix sans nuage, joie sans mélange, bonheur sans limites !

    Et cette Béatitude vivante, cette joie infinie, cette Paix éternelle, cette Société infiniment parfaite des Trois adorables Personnes divines est en nous, habite en nous, demeure en nous ! Et ainsi nous pouvons dire comme jadis notre divin Sauveur : Solus non sum, qui misit me mecum est. Je ne suis pas seul, Celui qui ma créé, qui m a tout donné, Celui qui ma appelé et qui ma envoyé ici dans ce coin perdu de la Chine ou dailleurs, Celui qui ma envoyé ici est avec moi, demeure en moi. Je ne suis jamais seul ! A toute heure du jour et de la nuit, jai en moi, je possède en moi, au plus intime de mon âme, la société la plus haute, la plus puissante et la plus sainte, la société la plus savante et la plus aimable, la plus bienveillante et la plus parfaite quil soit possible de concevoir et qui ne demande quà me rendre service, quà venir à mon aide du matin au soir.

    Car cest par amour pour moi que les Trois divines Personnes sont venues habiter en moi et quelles y demeurent ; par amour pour moi, donc pour me faire du bien, et, en effet, elles veillent sur moi, me protègent, me secourent à tout instant, me donnent la grâce sanctifiante, cest-à-dire la vie divine, ou du moins me font participer à cette vie ineffable ; de quelle façon, dans quelle mesure, je lignore, mais je sais avec la plus entière certitude, je sais que, malgré toutes mes misères, mes ingratitudes et mes fautes, elles maiment spécialement, infiniment ; je sais que le Père tout-puissant me regarde comme son enfant chéri et quil maime comme jamais la mère la plus aimante na aimé son enfant ; je sais que le Fils de Dieu, le Verbe éternel, la Sagesse incréée, voit en moi son frère bien-aimé et quen effet il maime infiniment plus que ne peuvent saimer les frères les plus affectueux ; je sais que le Saint-Esprit daigne me considérer comme son ami très cher et que lamour du plus tendre des époux pour lélue de son cur nest rien en comparaison de lamour dont le divin Paraclet aime ma pauvre âme. Alors que ne dois-je pas attendre de la toute-puissance de ces adorables Hôtes et de leur infinie miséricorde, si je ne mets pas dobstacles à leurs divines largesses !

    Sachant tout cela et le croyant fermement, car il ny a absolument aucune raison den douter, notre cur, nest-il pas vrai ? devrait se fondre dans lamour et la reconnaissance pour un si grand bienfait et ne jamais oublier les merveilles de la grâce sanctifiante, les divines réalités que nous portons en nous.

    Assurément nous ne pouvons pas toujours y penser actuellement, in actu, comme disent les théologiens, puisque, dans le cours dune journée les facultés de notre âme sont souvent prises ou même absorbées par les diverses formes de notre labeur quotidien, par laccomplissement de nos devoirs détat, toutefois même au milieu de nos occupations et de nos travaux nous pouvons et nous devrions souvent nous recueillir, diriger notre esprit et notre cur vers le sanctuaire de notre âme où habite réellement, substantiellement, le Saint des Saints, notre Père, notre Frère, notre Epoux. Une minute, une seconde suffit pour leur dire : Mon Dieu, je crois en vous, je vous adore et je vous aime.

    Mais surtout nous devrions veiller à ce point sur les puissances de notre âme, cest-à-dire, sur notre intelligence, notre mémoire, notre imagination, notre volonté, notre cur, nous devrions les avoir si bien en main, pour ainsi dire, que, dès que la nécessité ne les retient plus au dehors, ne les occupe plus ailleurs, elles reviennent aussitôt vers les Hôtes divins de notre âme, pour leur rendre les devoirs dadoration, damour et de reconnaissance qui leur sont dûs, ou pour converser avec cette adorable société dont certes la conversation na point damertume et nengendre pas lennui, mais bien la joie et lallégresse, non habet amaritudinem conversatio illius, nec tdium convictus illius, sed ltitiam et gaudium (Sap. VIII, 16).

    Si scires donum Dei ! disait Notre Seigneur à la Samaritaine ; nous le connaissons, nous, le don de Dieu, le don magnifique, le don ineffable quest la Très Sainte Trinité vivant et habitant continuellement en nous. Puissions-nous lapprécier, comme il convient, et mettre notre honneur, notre consolation et notre joie à tenir compagnie à ces Hôtes divins de notre âme qui, encore une fois, ne demandent quà nous consoler, nous soutenir, nous fortifier et nous combler de grâces au cours de notre pèlerinage terrestre, en attendant de se révéler et de se donner pleinement à nous facie ad faciem dans la lumière de gloire et la joie infinie des parvis éternels.


    1933/807-811
    807-811
    Anonyme
    France
    1933
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