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Pensées pour la retraite du mois 11

Pensées pour la retraite du mois Saint Joseph Patron des Mourants. Ce fut quelque temps avant la mission publique de Jésus quarriva la mort de Saint Joseph.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Saint Joseph Patron des Mourants.

    Ce fut quelque temps avant la mission publique de Jésus quarriva la mort de Saint Joseph.

    Depuis de longs mois déjà, Jésus passe seul les journées à latelier pour gagner le pain de la famille. Joseph, dont la vie est pleine et mûre, ne peut plus quitter son logis. Bien quil ait à peine dépassé sa soixante-deuxième année, ses forces sont épuisées. Sa santé, qui a résisté aux privations, aux voyages et à lexil, a été, ces derniers temps visiblement atteinte. Soit à la synagogue, soit au dehors, son Fils a plusieurs fois contredit les prétendus sages de la bourgade. Il a démontré la fausseté de leurs préjugés sur le règne messianique, la damnation des gentils, les conditions du salut. Pleins dorgueil et de dépit, ces sages lui ont, en retour, voué une haine implacable. On veut même lui rendre intolérable le séjour à Nazareth. Il faudra donc bientôt, Joseph le pressent, quavec Marie il quitte la paisible demeure. Mais, où quils aillent, ils seront en butte aux mêmes propos outrageants et à la même haine. Joseph regrette presque le temps où, pour sauver lEnfant et sa Mère de dangers différents, il les conduisait vers la terre dEgypte. La tempête qui se lève sera plus terrible que celle dautrefois et il ne sera plus là pour la prévenir.

    Une dernière fois, Joseph a voulu se rendre pour la Pâque au temple de Jérusalem. Il y est arrivé très exténué, mais le cur content davoir une fois encore accompli son devoir. Une maison amie la recueilli. Malheureusement ses forces physiques labandonnent par degrés. Visiblement, sa dissolution finale sapproche et son agonie va bientôt commencer. Tandis que la Vierge et le Sauveur le soutiennent entre leurs bras pour quil respire avec moins de peine, le mourant les remercie des grâces sans nombre dont il leur est redevable. Il leur demande pardon des fautes quil a commises involontairement à leur service. Il les prie de lui donner lun et lautre leur bénédiction. Mais Jésus et Marie se sont jetés à genoux : ils invitent le Saint à les bénir, lui-même dabord, au nom du Père Céleste. Alors tous deux lembrassent avec tendresse et Jésus lui parle :

    Mon père, reposez en paix, dans la grâce de mon Père du ciel et dans la mienne. Aux saints et aux prophètes qui vous attendent dans les limbes, annoncez que leur rédemption est proche. Vous êtes maintenant dans laffliction parce que vous nous quittez, mais nous vous reverrons, votre cur se réjouira et nul ne ravira votre joie.

    Cest après ces paroles quexpira Saint Joseph. Aux sons dune divine harmonie, des anges vinrent recueillir et escorter dans les régions de lautre vie lâme humble et pure du plus grand des élus.

    Aussitôt Jésus et Marie ferment les yeux du vieillard, lui croisent les mains sur la poitrine, lui couvrent la tête dun suaire, et, après avoir placé sous ses bras, autour de son cou et de ses pieds, des bouquets de myrrhe et daloès, lenveloppent dun blanc linceul. Le corps est ensuite couché dans une bière étroite et déposé dans la chambre haute. Selon lusage, lensevelissement se fait le jour même, huit heures au plus après le décès.

    Daprès certaines traditions, la dépouille du saint, déposée dans la vallée de Josaphat, serait demeurée exempte de toute corruption jusquà la mort du Sauveur. Le soir du Vendredi-Saint, Jésus aurait ressuscité son père adoptif avec les autres justes dont parle lEvangile de saint Mathieu. Ceux-ci, après avoir rendu témoignage à la divinité du Sauveur, seraient rentrés dans leurs tombeaux, mais, au jour de lAscension, Saint Joseph aurait été, comme la Sainte Vierge le fut plus tard, transporté au ciel en corps et en âme. Il faut croire, dit saint Bernardin de Sienne, que Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui a élevé dans le ciel le corps et lâme de sa chère et glorieuse Mère, aurait fait le même honneur à Saint Joseph le jour de lAscension. Et Saint François de Sales est plus formel encore : Comment eût pu refuser cette grâce à Saint Joseph Celui qui lui avait été obéissant tout le temps de sa vie...? Et sil est vrai, ce que nous devons croire, quen vertu du Très Saint Sacrement que nous recevons, nos corps ressusciteront au jour du jugement, comment pourrions-nous douter que Notre-Seigneur ne fît monter avec Lui au ciel, en corps et en âme, le glorieux Saint Joseph qui avait eu lhonneur et la grâce de le porter si souvent entre ses bénis bras...?

    Quoiquil en soit, il semble hors de conteste que Saint Joseph est au ciel à la première place après Marie, son Epouse, et que la Sainte Famille dici-bas sest reformée au ciel, indestructible et glorieuse.

    Sans doute, ce récit, dallure historique, que nous avons donné de la mort du juste Joseph ne correspond guère à ceux de quelques auteurs mystiques telle la Vénérable Sur Marie dAgréda qui chargent le corps de lagonisant datroces souffrances et dinfirmités sans nombre. Par contre, les biographes les plus récents, les cardinaux Dubois et Lépicier lui donnent une mort douce et paisible et lassimilent à celle de Marie si magnifiquement décrite par Bossuet.

    Ce qui nous importe, à nous missionnaires apostoliques, cest, en définitive, de croire que bienheureux sont-ils ceux qui meurent dans la paix du Seigneur. Sans doute, hommes pécheurs, nous ne pouvons prétendre nous soustraire aux maladies et aux souffrances qui restent lhéritage des fils dAdam, héritage dailleurs précieux. Acceptons-le de bonne grâce, car il nous vaudra la récompense finale, purifiés que nous serons comme lor dans la fournaise. Au soir de notre vie, si nous pouvons déclarer que nous nous sommes efforcés de parcourir toujours le chemin de la vertu, si nous pouvons porter témoignage de notre renoncement quotidien au monde, à ses pompes et à ses uvres, ayons pleinement confiance. Nos uvres nous accompagnent et nous suivent. Une vie bien remplie de missionnaire apostolique est une assurance, une garantie, un passeport pour le ciel. Nayons ni découragement ni sérieuse inquiétude. Nos pieds auraient-ils heurté certains obstacles et serions-nous entrés parfois dans un nuage de poussière qui nous aurait enveloppés, ou même tombés dans une boue qui nous aurait salis, quimporte ! si le bain de la Pénitence nous a, depuis, lavés et remis en meilleur état. Nous avons tout quitté pour suivre Jésus-Christ, il est juste que nous recevions le centuple à lheure de notre mort. Nos félicités terrestres ont été nulles ou quasi, soyons sûrs des jouissances célestes qui nous attendent. Lépreuve a pris fin pour nous, la bénédiction divine arrive. Un jour viendra, plein dapaisement, ou Dieu nous délivrera de nos occupations matérielles, de notre corps de mort, et nous montrera les clartés éternelles. Arrivés à lautomne ou à lhiver de notre existence, surchargés de fruits, nous aurons droit au repos et à la paix. Lamour, pour nous aussi, sera plus fort que la mort, et, dévorés dembrasement, nous nous consumerons devant le Très-Haut. Le jour de notre mort sera celui de notre victoire, quand, à linstar de Joseph, délivrés des filets de la chair, nous nous endormirons dun paisible sommeil, le front ceint dune magnifique couronne :

    Hinc stygis victor, laqueo solutus
    Carnis, ad sedes placido sopore
    Migrat ternas, rutilis que cingit
    Tempora sertis !

    O Saint Joseph, Patron de la Bonne Mort, quand nous serons couchés sur notre lit dagonie, accordez-nous dans cet instant suprême qui décidera pour jamais de notre sort, accordez-nous ce parfait détachement de cur qui vous permit de quitter, sans résistance à la volonté divine, les Êtres que vous aimiez si tendrement : votre Epouse et votre Fils. Nous nous voyons pleins encore, jusquà ce jour, dattaches dangereuses, qui nous lient de mille manières diverses à nos possessions terrestres, à nos amis, à nos parents, à nous-mêmes ; préparez-nous donc, dès maintenant, par des dispositions plus généreuses et plus saintes, afin que, à lheure de la mort, lorsque nous entendrons lappel divin, nous puissions obéir au commandement du Seigneur, sans déchirement et sans tristesse, afin que nous puissions, sans obstacle, voler en avant sous le souffle du Saint-Esprit, comme un vaisseau dont toutes les ancres sont levées, et qui vogue vers la haute mer en liberté !

    Donnez-nous encore quelque chose de ces flammes célestes, que Marie fit descendre en votre cur. Que notre âme ne meure point de la mort des esclaves, qui bornent toute leur vertu à se soumettre à la nécessité qui les presse ! Que plutôt nous mourions de la mort des Justes parfaits et sans défauts, chez qui la loi damour a chassé la loi de crainte ! Que nous mourions tout embrasés par le désir des biens célestes, tout altérés de ces eaux divines, dont la sainte abondance inonde les âmes des Bienheureux dans la Patrie ! Que nous mourions pleins du désir de nous trouver enfin réunis à Dieu, à Jésus-Christ, à Marie ; et, sil se peut, que nous rendions lesprit comme vous, ô Saint Joseph ! dans lextase dun saint Amour !

    SACERDOS.

    1928/641-645
    641-645
    Anonyme
    France
    1928
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