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Pensées pour la retraite du mois 11

Pensées pour la retraite du mois òòòòò Jésus au Calvaire.
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    Pensées pour la retraite du mois

    òòòòò

    Jésus au Calvaire.
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    Cest au Golgotha que se déroule la dernière et la plus pathétique phase de la Passion du Christ. La prière après la Cène sest achevée au Jardin des Oliviers. La tristesse et langoisse sont venues, souffrances intérieures de lâme bientôt suivies des douleurs extérieures du corps. Lagonie, la prière au Père, la trahison, labandon des Apôtres, la comparution chez Anne, puis chez Caïphe, le reniement de Pierre, le prétoire de Pilate, la cour dHérode, Barabbas, la flagellation, le couronnement dépines, lEcce Homo, la condamnation, le portement de croix, ont tour à tour saisi lâme et torturé le corps du Roi des Juifs. Le voici sur le Calvaire, cest-à-dire sur cette protubérance rocheuse, sur cette excroissance fichée au flanc est de la colline du Gareb. A la distance dun double jet de pierre, Jésus peut voir la porte dEphraïm, puis, à quelques centaines de mètres, le Temple ; au nord-ouest, le mont Scopus par où savancera plus tard Godefroy de Bouillon avec ses Croisés ; à lest le Mont des Oliviers. Cest alors le printemps palestinien : le soleil étincelle sur le marbre blanc des murailles et sur les degrés davidiques que la foule gravit en chantant. Des porteurs deau courbés sous leurs outres en peau de bouc, des marchands de colombes, de brebis et de bufs, foisonnent et sinjurient. Ne dépendant de personne, mais sachant que son heure est venue de passer de ce monde à son Père, Jésus, déjà tombé trois fois sous le faix de sa croix, Jésus, ver de terre et non plus homme, aidé par Simon, salué par les filles de Sion, épongé par Véronique, rencontré par sa Mère corédemptrice du genre humain, se livre aux bourreaux qui lattachent au gibet. Simple poutre de trois mètres de haut, grossièrement équarrie, elle reçoit le corps du Maître, dont les mains sétendent sur une pièce transversale fixée presque au sommet, tandis quil ramène ses jambes sur la poutre elle-même pour que le plat des pieds soit facilement cloué. Cette fois le Christ nest plus physiquement libre. Le lieu du crâne le reçoit, hérite de lui, car le sang imbibe la terre. Le thaumaturge entend les lazzi des soldats et les commentaires des passants. Sauf un petit groupe sympathique qui se lamente au pied de la croix sur le Fils de David, personne nacclame plus le Prophète dépouillé de son manteau dont la frange jadis guérissait. Cest labandon : presque personne ne soccupe plus de lHomme des douleurs. La pâque humaine se déroule joyeuse, tandis que le signe de contradiction sélève, pâque divine, au milieu des oliviers, des figuiers et des grenadiers. A lheure chaude du jour se consume damour lAgneau qui se tait malgré les spasmes et qui se dispose à crier son Consummatum est, dont le répercutement se prolongera jusquà la fin des siècles.

    Aujourdhui regardons longuement notre crucifix, ce bois embrassé par le Christ avec amour. Ne loublions jamais : si quelquun veut venir après Lui, quil porte sa croix, car celui qui ne la prend pas nest pas digne de Lui. La croix a des enivrements profonds, et delle découlent vertus et richesses, gloire et immortalité. Nous lavons dit : Dominus pars... calicis mei ; et nous le savons : Christus passus est pro nobis. Nous sommes donc pleinement prévenus et consentants.

    Et pourtant ! A lheure actuelle, où tant de croix pèsent sur nos épaules, ne serions-nous point tentés de déposer notre fardeau ? Nous passons les jours de notre vie mêlés à des gens sans idéal, sans élévation morale. On nous traque de partout et on nous chasse. Nous sommes bafoués et en butte à de stupides contradictions. Les foules nous rejettent parce que nous nestimons ni leur or, ni leurs réjouissances, ni leur vivre, ni leur vêtement. Notre nature, qui ségratigne aux épines de la terre, souffre constamment, insouciante parfois du creuset qui la transforme et lélève. Comme saint Paul, que de fois navons-nous pas dit : Supra modum gravati sumus, ita ut tederet nos etiam vivere ! Notre désir du martyre, après lequel nous soupirions dans notre vingtième année, sest éteint. Les crises sont venues, pâlissant par degrés lauréole dont nous avions ceint notre front daspirant. Notre sensibilité, pleine démotions pieuses et dillusions, sest émoussée. Lexpérience du ministère nous est venue, tandis que la défaveur, la médisance et la calomnie des multitudes ont rejailli sur nous. Nous avons subi de ces incisions vives que lon pratique sur certains arbres pour en tirer leur latex et nous avons donné de notre sève. Membres du Christ, nous avons souffert sous notre Chef couronné dépines. Tout cela certes concourait à notre bien, car a Domino corripimur ut non damnemur. Nos croix sont des grâces de préservation ou de restauration. Nos épreuves ont leur valeur purificatrice et rédemptrice. Ne rêvons sur terre à nul paradis de délices, à nul oasis, même de piété. La douleur physique ou morale, patiemment endurée, et même recherchée par lélite, est une onction royale qui sacre ceux quelle atteint. Le prêtre, autre Christ, doit sassocier, se clouer à la croix : Christo confixus sum cruci. Quil létreigne en sa vie et quil répète jusquà son dernier soupir la belle prière de saint André : O bona Crux, qu decorem ex membris Domini suscepisti, diu desiderata, sollicite amata, accipe me ab hominibus, et , redde me magistro meo, ut per te me recipiat, qui per te me redemit, Amen !

    SACERDOS.

    oOo

    Comme à loffice de Prime le prêtre répète par trois fois : Deus, in adjutorium meum intende, de même je répète à tous les prêtres : Enseignez le Catéchisme ; enseignez le Catéchisme ; enseignez le Catéchisme !

    Je recommande aux prêtres de veiller spécialement à la formation du cur et de la volonté des enfants dont ils ont la charge, en leur inculquant les deux grands principes de notre sainte Religion : lhumilité et la charité. Noublions pas que, sans charité et sans soumission et humilité, il ne peut y avoir de vrai christianisme.

    Mgr LÉPICIER
    (Lettre au Directeur de luvre des Ecoles de Pondichéry)

    1926/645-648
    645-648
    Anonyme
    France
    1926
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