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Pensées pour la retraite du mois 10

Pensées pour la retraite du mois JÉSUS ET LA MORT LE MISSIONNAIRE ET LA MORT. Pour procurer une gloire infinie à son Père, pour racheter le genre nain, pour rouvrir le Paradis à lhomme, Jésus est mort. De sa mort nous est venue la vie, cette vie même qui continuera pour nous quand lheure de notre mort aura sonné, car, nous mourrons : pensons-y bien pendant notre retraite du mois.
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    Pensées pour la retraite du mois

    JÉSUS ET LA MORT
    LE MISSIONNAIRE ET LA MORT.

    Pour procurer une gloire infinie à son Père, pour racheter le genre nain, pour rouvrir le Paradis à lhomme, Jésus est mort. De sa mort nous est venue la vie, cette vie même qui continuera pour nous quand lheure de notre mort aura sonné, car, nous mourrons : pensons-y bien pendant notre retraite du mois.

    Par amour pour Dieu son Père, mais par amour également pour nous, Jésus sest livré lui-même, et parce quil la voulu : Semetipsum tradidit... oblatus est, quia ipse voluit... Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, sic facio. Angoisses et craintes dâme, coups et plaies du corps peuvent broyer le Christ agonisant : Il fera quand même et jusquau bout la volonté de son Père : Non mea voluntas, sed tua fiat. Après le Consummatum est, Il ne pourra rien ajouter à son sacrifice, parfait damour et parfait de liberté. Voilà brièvement expliquée la raison de la mort du Fils de Dieu fait homme.

    Pour nous, missionnaires, bon gré, mal gré, lheure de la mort inexorablement sonnera. Le décret divin est formel : Statutum est omnibus hominibus semel mori : notre expérience personnelle nous en a prévenus depuis longtemps. Parents, confrères, amis, paroissiens descendent tour à tour au tombeau. Ni ceux comblés dhonneurs, ni les riches, ni les jouisseurs, ni les puissants, ni les saints dès ce monde nont été jamais épargnés ! Vanitas vanitatum et omnia vanitas... Qui même, plus que le missionnaire, pourrait être mieux renseigné sur linévitable mort ? En sa compagnie ne fait-il pas chacune de ses tournées apostoliques ? Pour lui périls quotidiens sur mer, sur terre, sur fleuve, en montagne et en brousse ! Périls soudains dinondation, de tremblement de terre, in ictu oculi, dinsolation ! Périls aussi des créatures animales, périls enfin très nombreux issus de la malice des hommes. Pour le missionnaire, vraiment, la terre quil défriche nest quune vallée de larmes. En est-il mieux préparé pour cela à sa mort ?

    Entraîné par ses absorbantes occupations matérielles ou spirituelles, préoccupé du salut de ses ouailles, il ne prend pas toujours de temps de réfléchir sur sa mort. Il a confiance surtout dans cette santé si florissante, et pourtant si fragile, puisquun souffle dair ou une goutte de sang coagulé peut lanéantir... Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris.

    Familier de la mort, le missionnaire ne se prépare peut-être pas assez, dordinaire, à recevoir la Visiteuse. Non pas, certes, quil ait peur delle, mais il néglige de la regarder en face. Il la voit de loin luttant avec dautres dont elle triomphe : Mors et vita duello conflixere mirando ; son agonie à lui nest pas prochaine...

    Cest pourtant en pleine vie que le missionnaire devrait affronter la mort, car il fait partie de cette légion dâmes délite, de cette milice de curs généreux qui, pour la gloire de Dieu et pour lamour des âmes, consument leur temps à la recherche de la mort. Le Christ a vaincu la mort ; à lui de la vaincre également.

    Quotidie morior, doit-il se dire. Son âge ne le dispense pas de méditer sur la mort. Que de jeunes sont fauchés ! A plus forte raison si les rides couvrent son front, si les cheveux blancs couronnent sa tête ou si la maladie laccable. Viendra le jour où, comme le Christ, le missionnaire sera détaché de sa croix pour être mis dans un tombeau. Il suivra lapprêt de ses funérailles. Couché sur un lit de parade ou déposé sur une simple planche, il verra le défilé de ceux qui lont connu : ses confrères, ses voisins de poste, ses paroissiens, les enfants quil a vus naître et grandir. Il entendra les réflexions des uns et des autres, réflexions qui ne seront probablement pas toutes à sa louange. Puis le son des cloches et la définitive pelletée de terre ou le dernier coup de truelle du maçon qui cimente son caveau de briques.

    Hic jacet : cest tout ce que les générations futures connaîtront de lui, sil na point laissé duvres terrestres, uvres dailleurs qui, fussent-elles dairain, disparaîtront à leur tour. Bienheureux alors le missionnaire sil a su mourir durant sa vie, sil est riche duvres surnaturelles, sil a su quitter cette foule de riens qui le pressent et lenserrent : bibliothèque, vestiaire, bibelots, mobilier ; sil sest dégagé de sa fortune, de sa position, de son rang ; sil sest insensiblement détaché de toutes ces amitiés humaines, qui laidaient à vivre agréablement ; sil a même vu séteindre sans effroi la flamme de son esprit, sachant que Dieu a placé deux enfances aux extrémités de la vie de tout homme et que le vieillard finit bien souvent, comme lenfant, par dincompréhensibles bégaiements !

    Bienheureux le missionnaire qui pourrait sappliquer ces paroles saint Paul chaque soir de ses journées, quand, il remet son âme entre les mains divines, avant de sendormir : Bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi. Aujourdhui jai combattu le bon combat, jai rempli ma carrière apostolique, jai surtout gardé la foi. Jai gardé la foi dans mon esprit, inébranlablement attaché aux principes catholiques. Jai gardé la foi intacte, malgré la violence de plus en plus grande des attaques des sophistes et des déclamateurs. Jai gardé la foi comme règle de mes actions : faisant tout avec foi, rien par caprice, par vanité, par intérêt, par mobile égoïste. Jai gardé la foi chez ceux aussi que Dieu ma confiés, en priant pour eux, en les instruisant, en leur donnant tous les sacrements dont ils avaient besoin.

    Si chaque jour le missionnaire a gardé la foi, chaque jour il pourra répéter sans crainte : Ubi est, mors, victoria tua ? Ubi est, mors, stimulus tuus ? La mort ne labattra pas, car il ressemble à larbre planté près des sources divines ; ses racines se sont incrustées dans le roc et défient toute tempête. Sa ramure opulente na rien de factice en feuillage et en fleurs : ses fleurs donneront leurs fruits savoureux quand le Maître ordonnera de les recueillir : Succidite arborem.

    Moriatur onima mea morte justorum et fiant novissima mea horum similia.


    SACERDOS


    1923/669-672
    669-672
    Anonyme
    France
    1923
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