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Pensées pour la retraite du mois 10

PENSÉES POUR LA RETRAITE DU MOIS Absolve, Domine, tuorum delicta populorum. Il est évident que Dieu sait avant nous et mieux que nous ce qui se passe en nous ; aussi, nous ne le prions pas pour le mettre au courant de nos affaires, mais en étalant devant lui nos faiblesses, nos tentations, nos infidélités, notre but est de solliciter la force qui nous manque. Dieu sait notre misère, il pardonne sans fin, à la condition de lhumble aveu de nos fautes et de la confiance dans sa bonté.
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    PENSÉES POUR LA RETRAITE DU MOIS

    Absolve, Domine, tuorum delicta populorum.

    Il est évident que Dieu sait avant nous et mieux que nous ce qui se passe en nous ; aussi, nous ne le prions pas pour le mettre au courant de nos affaires, mais en étalant devant lui nos faiblesses, nos tentations, nos infidélités, notre but est de solliciter la force qui nous manque. Dieu sait notre misère, il pardonne sans fin, à la condition de lhumble aveu de nos fautes et de la confiance dans sa bonté.

    La demande du pardon revient fréquemment dans la prière liturgique parce que la fragilité de la nature entraîne sans cesse, ici-bas, le juste lui-même.

    Tous les peuples ont été donnés en héritage à lEglise par son divin fondateur, aussi lEglise embrasse dans une prière commune toutes les nations, aussi bien celles déjà entrées dans son sein que celles encore privées des lumières du christianisme. Associons-nous à ces vux de lEglise, aimons à répéter la belle prière que son amour pour les âmes lui a inspirée : Absolve, qusumus, Domine, tuorum delicta populorum, ut a peccatorum nexibus, qu pro nostra fragilitate contraximus, tua benignitate liberemur.

    I. Remarquons dabord cette expression dont lEglise se sert pour incliner le cur de Dieu en faveur des nations prévaricatrices : Pardonnez, Seigneur, dit-elle, les péchés de vos peuples, tuorum delicta populorum. Elle exprime une vérité trop méconnue de nos jours, à savoir que les peuples sont à Dieu comme les individus. Ils sont justiciables devant lui du bien et du mal quils accomplissent. Dieu a fait lhomme social, cest-à-dire pour vivre dans la société de ses semblables ; dans plusieurs passages des Saintes Ecritures il nous a révélé ce dessein de la manière la plus formelle. Par les divisions naturelles des langues et des races il a partagé le genre humain en un certain nombre de groupes, distincts les uns des autres, quando dividebat Altissimus gentes, constituit terminos populorum (Deut. XXXII).

    Lexpérience constante de lhistoire atteste que cest une utopie que de prétendre, au nom de certaines idées humanitaires, ne plus faire de tous les peuples quun seul peuple, une association internationale. Mais lEglise a toujours proclamé la fraternité universelle. Le Christ est mort sur la croix pour tous les hommes. Devant le mystère de la Rédemption, il ny a ni Juif, ni Gentil, ni Grec, ni Barbare. S. Paul écrivait à Timothée : Obsecro. primum omnium fieri orationes, postulationes... pro hominibus et la raison : hoc enim bonum est et acceptum coram Salvatore nostro Deo, qui vult omnes homines salvos lien et ad agnitionem veritatis venire.

    Cette fraternité nous vient dAdam et de Jésus-Christ, mais elle ne fait pas perdre de vue lidée sacrée de patrie terrestre. De ce que les sociétés ont Dieu pour auteur, on doit conclure que Dieu a ses vues sur elles. Il les gouverne par des principes dont elles ne sécartent jamais impunément : Justitia elevat gentes, miseros autem facit populos peccatum (Prov. XIV ), maxime qui fait dire à Le Play : Les peuples jouissent de leur libre arbitre, ils ne sont fatalement voués ni au bien ni au mal ; comme chaque homme en particulier, ils sont maîtres de leurs actions et de leurs destinées... si Dieu les a laissés libres de choisir entre la bonne et la mauvaise voie, il ne leur a pas permis de prospérer dans lincroyance et de ne point périr, sils sobstinent dans le mal.

    Il y a donc des péchés pour ainsi dire nationaux, crimes des gouvernements et des peuples en tant que peuples et nous, missionnaires, nous avons été envoyés à ces peuples pour lesquels tout est Dieu excepté Dieu lui-même. Ce que S. Paul a écrit des murs de la gentilité de son temps, nous pouvons le redire des païens au milieu desquels nous vivons ; il ny aurait rien à retrancher dans la nomenclature des vices faite spécialement dans le 1er chapitre de lépître aux Romains.

    Notre premier devoir à nous, prêtres-missionnaires, est de nous humilier en leur nom devant Dieu, de lui demander pardon et de lui offrir de dignes fruits de pénitence : Absolve qusumus, Domine, delicta populorum tuorum.

    II. Quelles que soient létendue et la gravité du mal dont souffrent ces peuples, nous ne devons pas perdre confiance. Encore une fois noublions pas notre devoir de prêtre, tel que lauteur de lImitation le décrit : Sacerdos propria peccata lugeat ; post se ut aliorum etiam commissa pen compassionem defleat et se medium inter Deum et peccatorem constitutum esse sciat, nec ab oratione et oblatione sancta torpescat, donec gratiam et misericordiam impetrare mereatur.

    Nous ne devons pas perdre confiance en priant pour les peuples pécheurs ; si la malice et laudace de beaucoup sont certaines, cependant un grand nombre dhommes sont entraînés dans les voies de liniquité par irréflexion et faiblesse, par la force de lhabitude héritée de leurs ancêtres. Ce nest point là une justification, mais nous pouvons avec lEglise linvoquer comme un motif à lindulgence divine : qu pro nostra fragilitate contraximus. En face de liniquité débordante nous pouvons redire la parole du divin Maître : Ayez pitié, mon Dieu, car ils ne savent ce quils font.

    Ce nest pas toutefois que nous nayons le sentiment de la terrible responsabilité qui pèse sur eux. Nous nous rappelons les anathèmes portés par les prophètes contre la nation infidèle et aussi les effroyables châtiments qui ont frappé le peuple déicide.

    Cest à nous, missionnaires, que Dieu sadressait en disant à Ste Marguerite-Marie : Il faut que tu te rendes la victime dimmolation de mon cur, afin de détourner les châtiments préparés contre les coupables... Plante dans ton cur la croix de la réparation... Mon divin Père et la sainte Eglise, mon épouse, sont accablés doutrages, ne trouverai-je personne pour faire réparation dhonneur à mon Père et faire demander la conversion des coupables ? Maimes-tu, approche de ma croix, participe à lamertume de mon cur, verse des larmes sur linsensibilité de tes frères et cicatrise mes plaies en leur appliquant le vin de la compassion et lhuile de la charité... Avant de mourir jai imploré le pardon de mon Père pour mes bourreaux, je leur ai donné ma mère

    Prions donc pour les païens auxquels nous avons été envoyés, recommandons à nos chrétiens ce devoir de satisfaire eux-mêmes à la justice de Dieu pour leur pays. Rappelons-leur que Dieu eût pardonné même à labominable Sodome sil sy fût trouvé seulement cinquante, seulement dix justes.

    Nous, du moins, soyons ces justes qui appellent et méritent le pardon divin.
    Dans un article remarquable : Une enquête en pays païen parue lannée dernière dans les Missions Catholiques lauteur écrit : Mgr le Délégué Apostolique demandait à Shanghai, à un vénérable missionnaire : Mon Père, daprès vous, quel est le meilleur moyen de convertir la Chine ? , le vieillard réfléchit un instant, puis répondit : Monseigneur, la sainteté personnelle.

    Vérité dhier, daujourdhui, de toujours !

    oOo


    La sainteté nest quun oui plénier et perpétuel que la créature dit à Dieu ; un oui vivant dans lequel elle fait volontairement passer tout son être ; un oui fervent, actif, pratique, efficace ; un oui qui nous arrache et nous enlève à tout ce qui est en bas, pour nous dévouer, nous consacrer, nous livrer comme une chose, une hostie et une proie à ce qui est en haut ; cest-à-dire, en définitive, au Très-Haut, au Christ, Fils de Dieu et vrai Dieu.

    (Monseigneur Gay.)

    1932/727-731
    727-731
    Anonyme
    France
    1932
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