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Pensées pour la retraite du mois 10

Pensées pour la retraite du mois Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa. Il est facile de démontrer lexcellence, lutilité, la nécessité de loraison, voire de la longue oraison, pour le prêtre et le missionnaire.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa.

    Il est facile de démontrer lexcellence, lutilité, la nécessité de loraison, voire de la longue oraison, pour le prêtre et le missionnaire.

    Il lest beaucoup moins de pratiquer régulièrement et convenablement ce saint exercice, car les ennemis de loraison, les obstacles à son parfait accomplissement ne manquent pas. Il y a, par exemple, les occupations trop multipliées ou trop absorbantes, les préoccupations ou soucis continuels, les fatigues occasionnées par le climat ou les travaux du ministère ; il y a aussi parfois un manque de recueillement habituel, des distractions incessantes, une certaine impuissance à méditer, ou encore les tentations, laridité spirituelle, etc....

    Tous ces genres de difficultés ont été examinés par les auteurs spirituels qui indiquent en même temps le moyen dy remédier. A chacun de voir son côté faible et daviser en conséquence ; le tout est de vouloir vraiment faire oraison et den prendre les moyens.

    Dune, façon générale un prêtre, un missionnaire qui veut être tout à Dieu, peut et doit arriver à bien faire oraison, cest-à-dire à trouver une méthode ou une façon de faire oraison qui lui convienne et lui réussisse ; il y a, en effet, bien des manières de prier et loraison mentale nest pas toujours ni nécessairement une méditation.

    Il est remarquable que dans les trois pages où il traite de loraison notre Monita ad missionarios nemploie pas une seule fois le mot de méditation, et quand il dit que nous devons consacrer chaque jour au moins deux heures à loraison, il désigne cet exercice par le terme plus général Deum adorare, qui peut sans doute se traduire par rendre ses devoirs à Dieu.

    Ce nest pas quil ignore la méditation, il dit même expressément quil y a plusieurs sortes doraison, notamment la discursive (autrement dit la méditation), laffective et la contemplative, mais ce nest pas la première ni même à proprement parler aucune des deux autres quil nous conseille, car il semble, dit-il, que pour un missionnaire loraison la plus pratique, la plus convenable, la mieux appropriée (hoc pr ceteris missionario accommodatissitnum videtur) est celle où après avoir apaisé les mouvements désordonnés de lintelligence et de la volonté, cest-à-dire, après sêtre recueillie et établie en tranquillité, lâme ne sarrête pas à raisonner ni ne se laisse emporter par la véhémence des mouvements affectifs, mais, ayant renoncé à toutes les choses créées dont elle se dépouille pour plaire à lEpoux, elle se tient comme une mendiante devant Dieu, quasi mendica sese sistit Deo, cest-à-dire que, consciente de sa misère, de son dénûment et de son impuissance foncière, lâme se tient humblement dans une attitude de mendiante, dans une dépendance totale de la volonté du Souverain Maître, mais aussi dans une attente confiante des dons de sa miséricordieuse libéralité, non certes dans une attente oiseuse ou paresseuse, sans aucun acte damour, de désir ou de demande.

    Ce rappel de notre condition de mendiants quasi mendica sese sistit Deo, me fait penser au vénérable religieux dont parle St Alphonse dans son opuscule du Grand Moyen de la Prière, le Père Segneri, qui disait en parlant de lui-même ; quau commencement, dans ses méditations il sattachait plus à produire des affections quà demander, mais que, dans la suite, ayant reconnu la nécessité et limmense utilité de la prière de demande, il employa depuis à demander la plus grande partie du temps considérable quil consacrait à loraison mentale.

    Je me souviens aussi des réflexions ou confidences dun excellent confrère, hélas ! trop tôt ravi à lapostolat, auprès de qui javais été envoyé faire mes premières armes. Cétait un homme ardent, dune activité dévorante, fondateur de chrétientés, bâtisseur déglises, toujours en quête de conversions, toujours aux prises avec un tas de difficultés qui, du reste, ne larrêtaient guère, car il savait les tourner ou les surmonter.... Je maperçus très vite que, le matin et le soir, il priait longuement, tandis que javais peine à mener à bout une pauvre petite méditation. Je lui fis part un jour de mes difficultés et je ne lui cachai pas que jenviais son recueillement, lui demandant comment il pouvait faire si longuement oraison.

    Ah ! la prière, loraison, me dit-il, il nest que de savoir sy prendre ! Il faut dabord se faire une raison et être convaincu dune chose : nous avons tout quitté pour Dieu, nest-ce pas ? donc Dieu doit être tout pour nous et nous devons être tout à Lui. Il sera notre béatitude là-haut, quil soit aussi notre joie et notre consolation ici-bas ! Il nous a tellement aimés, il nous aime encore et toujours tellement, malgré nos fautes, nos misères, nos lâchetés, nos indifférences ! Il aime nous voir peiner et suer pour essayer de lui gagner des âmes, mais croyez quil ne nous aime pas moins, sinon davantage, quand il nous voit venir à Lui pour la prière et loraison. Il nous attend là.

    Tout cela, nous le savons certes, mais, pour parler comme les Anglais ou les philosophes, nous ne le réalisons pas toujours. Pour ma part, jai été pas mal de temps sans le réaliser, alors, loraison était pour moi comme une corvée, jen passais le temps à divaguer ou à somnoler... Maintenant que je réalise, lheure de loraison est peut-être celle que japprécie le plus ; en un sens, je la préfère à la messe. Sans doute la messe est au-dessus de tout, mais à la messe lesprit nest pas entièrement libre ; il faut se surveiller pour ne pas se tromper dans les prières à dire, les rubriques à observer, tandis quà loraison, cest la liberté complète, aucune formule imposée, aucune cérémonie prescrite, rien ne vient gêner le cours des pensées et des affections ; on est seul à seul avec le bon Dieu qui nous aime. Il laisse dire tout ce quon veut, les désirs, comme les craintes, les espérances comme les misères ; on le prie, on le supplie, jusquà limportunité inclusivement ! On na pas à craindre dimportuner le bon Dieu ; les paraboles de lEvangile nous apprennent quici limportunité est une vertu. Et cest pourquoi, à loraison, on est à la source de tous les biens, il ny a quà puiser. Jen profite pour faire mes approvisionnements spirituels. Etant donné tout le travail que jai à faire, tous les soucis et les tracas qui mattendent au cours de la journée, je ne pourrais jamais men tirer, si je navais pas loraison du matin où je tâche de faire une bonne provision de courage, de confiance, de charité, de patience, etc., et aussi, de provoquer une abondante effusion de grâces sur les pauvres païens de la région, sur mes catéchumènes, bref sur toutes mes ouailles et sur toutes mes uvres. Et puis, pendant un bon moment, je pense aux souffrances de Notre-Seigneur, afin de secouer ma lâcheté et de mentraîner à leffort et à la peine.

    La journée se passe en travaux, en occupations de toutes sortes, allées et venues, palabres, procès, etc...., on est pris dans lengrenage, on ne pense pas à Dieu autant quil faudrait ou que lon voudrait ; mais le soir venu, cest vraiment une douceur de revenir vers notre Père si aimant qui nous attend toujours les bras ouverts, lui rendre compte de la journée, le remercier, luI demander pardon et se reposer auprès de Lui, en pensant à son amour, au Ciel où il a préparé notre place, à la joie que nous aurons, bientôt peut-être, de le voir enfin, de le contempler, de laimer à jamais sans mesure et sans fin.

    Il semble donc, vous le voyez, que loraison nest pas chose tellement difficile et elle nous rend de si grands services ! Le matin, cest comme une réfection spirituelle qui nous permet daffronter vaillamment les labeurs et les fatigues de lapostolat ; le soir, cest un repos bienfaisant qui nous fait oublier les misères de cette vie, nous déprend de ce monde païen, sensuel et égoïste, et nous oriente à nouveau vers les joies éternelles du Paradis. Si josais, je dirais de loraison ce que lEcriture dit de la Sagesse : Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa !


    1933/727-731
    727-731
    Anonyme
    France
    1933
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