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Pensées pour la retraite du mois 10

BULLETIN de la Société des MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS 9e ANNÉE― N° 106 ―OCTOBRE 1930 PENSÉES POUR LA RETRAITE DU MOIS. L'Eucharistie Sacrifice divin.
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    BULLETIN de la Société des

    MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS

    9e ANNÉE ― N° 106 ― OCTOBRE 1930

    PENSÉES POUR LA RETRAITE DU MOIS.

    L'Eucharistie Sacrifice divin.

    La lecture du magnifique rapport qui vient d'être publié des travaux des \ Equipes sociales de France " nées de la guerre, nous incite à croire aux déclarations de ces jeunes hommes formés avant l'âge, lorsqu'ils affirment que les années de guerre ont été pour eux une découverte : la découverte de la communauté humaine. Ces jeunes gens déclarent avoir compris que si d'importantes différences économiques, sociales, intellectuelles séparent les hommes, du moins, ces différences n'entraînent pas, malgré les conflits inévitables, une sorte de tragique impossibilité de se comprendre, de vivre ensemble et de s'aimer. Dans l'intimité de la vie des tranchées qui a mêlé toutes les classes sociales, rapproché l'ouvrier de l'étudiant, le mineur du séminariste, ils ont compris, disent-ils, ce que peut l'homme pour l'homme, parce que tous, riches et pauvres, doctes et ignorants, forts et faibles ont, pendant quatre ans, communié à la même souffrance.
    Toutes ces déclarations ne seraient qu'emphase et verbiage inutiles si les magnifiques résultats obtenus par les " Equipes ", en ces 12 années d'après guerre, ne donnaient un poids considérable à cette mystique de la guerre, basée sur le principe de la communion de tous au même sacrifice.
    Le fait que les " Equipes " sont parvenues à grouper les éléments les plus disparates sous le signe d'une souffrance vécue ensemble, plus exactement sous le souvenir d'une souffrance commune, ce fait, dis-je, contient pour nous une grande et belle leçon. Cette mystique humaine doit nous aider, me semble-t-il, à mieux comprendre la mystique surnaturelle de notre christianisme. Elle peut nous aider à mieux saisir que, pour nous aussi, le problème de la charité entre les hommes est tout entier contenu dans le concept de communion au Sacrifice du Christ. Nous ne pourrons songer à faire de nouvelles conquêtes qu'à la condition de réaliser entre nous chrétiens l'union mystique des membres avec notre chef qui est le Christ. Que si nous négligeons ce point principal de notre foi, vains seraient notre zèle et notre charité, inutiles nos prières et nos vux.
    Nous devons communier effectivement au sacrifice du Christ en souffrant, nous aussi, en union avec notre Maître : Ut ostendatur quod per virtutem Crucis puritas et sanctitas et immaculatio a Christo ad corpus mysticum derivatur.
    Nous n'avons rien compris de la mystique de la charité et nous serons incapables d'apporter notre pierre vivante à l'édifice de la paix du Christ, si nous n'avons pas compris que chacun de nous doit parfaire en soi ce qui manque à la Passion du Christ.
    C'est ainsi que saint Paul a rendu son ministère fécond, et après lui, tous ceux qui ont mérité d'être appelés saints, tous ceux qui ont été de véritables témoins du Christ, ont suivi la même voie : la voie de la souffrance et du sacrifice. Celui-là peut désormais se présenter devant toutes les misères humaines, qui a réalisé en soi la Passion du Christ, il les comprendra toutes. Il trouvera en soi la force de les soulager, si lui-même a communié du fond du coeur à la grande souffrance qui domine le péché et le monde, s'il a participé avec toute son âme au sacrifice rédempteur de Celui qui a donné sa vie pour le salut des hommes. Il pourra alors faire déborder sur les âmes qu'il doit évangéliser le calice de la surabondante rédemption : Nam copiosa apud eum redemptio.
    "Ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l'achève pour son corps qui est l'Eglise ", dit saint Paul. Certes il ne manque rien à la Passion du Christ. Elle est en elle-même complète, infinie, surabondante, mais il lui manque quelque chose en nous, c'est-à-dire son rayonnement, son application aux générations humaines qui se succèdent ; il lui manque notre adhésion, notre union, notre communion.
    Dieu pourrait atteindre tous les effets en ce monde directement et sans intervention des causes secondes ; il a voulu cependant laisser agir ces causes secondes qui tiennent tout leur dynamisme et toute leur efficience de l'impulsion reçue de la première Cause. Ainsi la grande souffrance du Christ domine toutes les misères et toutes les souffrances, mais cette divine souffrance se continue pour ainsi dire en notre souffrance pour produire en nous, et, par nous en nos frères, des fruits de vie pour l'éternité.
    Sans cette communion à la souffrance du Christ, il ne saurait y avoir de vraie vie intérieure ou de vraie mystique. Si une mystique humaine, basée sur la souffrance humaine, peut résister au temps et produire dans la société des fruits de vie, d'union et de véritable fraternité, quelle ne doit pas être l'efficacité de notre mystique chrétienne, basée tout entière sur une souffrance divine !
    Mais, dira-t-on, la comparaison est-elle soutenable ? L'inférence n'est-elle pas ridicule, de cette expérience de la guerre à la réalisation en nous du mystère chrétien ? Les circonstances font les hommes : il est possible que des adolescents aient acquis le sens de la souffrance au contact des épreuves exceptionnelles de la guerre ; nous pourrions faire la même expérience en temps de persécution ; la même chose aurait pu se réaliser pour nous, dans le domaine de la charité surnaturelle sous l'influence du Saint-Esprit, si nous avions entendu les plaintes déchirantes du Divin Crucifié au sommet du Calvaire.
    Mais comment faire pour exciter continuellement en nos coeurs un souvenir qui n'a jamais été en nous qu'une image issue du témoignage et non de l'expérience ? C'est vrai, nous ne pouvons pas toujours compter sur un état quasi hyperesthésique de notre imagination pour nous fournir à tout instant l'image stimulatrice de la grande souffrance du Christ.
    Point n'est besoin de faire ainsi appel à nos facultés sensibles. Nous avons, surtout nous prêtres, un moyen infaillible de faire participer tout notre être au sacrifice du Rédempteur. Saint Thomas dit en effet : " L'homme a trois espèces de bien qu'il peut sacrifier à Dieu : ceux de l'âme, qu'il lui présente par un sacrifice intérieur de dévotion et de prière ; ceux du corps, qu'il offre par le martyre, ou encore par l'abstinence ou la continence ; les biens extérieurs, qu'il peut offrir soit immédiatement soit médiatement (IIa IIae qu. 85 a. 3).
    Cette triple oblation de la volonté, des sens et des biens extérieurs est le secret de la communion parfaite à la grande souffrance du Christ. Par elle nous devenons apôtres au vrai sens du mot. Par l'adoration obéissante, par la mortification et par l'aumône spirituelle ou matérielle nous devenons aptes à soulager toutes les misères, toutes les souffrances ; nous devenons causes secondes de la Rédemption ; et, comprenant pleinement le coeur humain jusque dans ses replis les plus profonds, nous saurons appliquer aux plaies de la société humaine un baume d'une efficacité divine et surnaturelle ; nous apprendrons à tous ceux qui souffrent et qui n'ont point l'espérance non seulement ce que peut " l'homme pour l'homme ", mais bien ce que Dieu peut et veut pour tous les hommes.
    C'est au contact de l'Eucharistie que nous apprendrons ces choses, car le sacrifice eucharistique est le mémorial de la Passion du Christ, et c'est dans la Sainte Communion que nos âmes sacerdotales doivent puiser le sens de la souffrance, le goût de l'immolation et la force de l'oblation. Vivo autem, jam non ego, vivit vero in me Christus. Quod autem nunc vivo in carne : in fide vivo Filii Dei (Galat. II 20).

    A. C.



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    1930/593-597
    593-597
    Anonyme
    France
    1930
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