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Pensées pour la retraite du mois 10

Pensées pour la retraite du mois FIN DANNÉE. Voici que 1922 savance vers léternité. Encore quelques feuillets à détacher du bloc de nos calendriers, et lan 1923 sera venu. Ne serait-il pas utile, lors de notre retraite du mois, de penser sagement à lavenir ?
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    Pensées pour la retraite du mois



    FIN DANNÉE.

    Voici que 1922 savance vers léternité. Encore quelques feuillets à détacher du bloc de nos calendriers, et lan 1923 sera venu. Ne serait-il pas utile, lors de notre retraite du mois, de penser sagement à lavenir ?

    Remercions Dieu dabord de nous avoir donné des jours heureux. Oui, heureux, malgré nos deuils et nos souffrances, malgré nos sacrifices de toute sorte et nos incessants travaux. Vivre, cest lutter et cest souffrir, car toute lutte est une souffrance ; mais vivre, cest avant tout aimer. Pour le vrai missionnaire, vivre, cest soublier soi-même pour le bien du prochain, cest se dévouer à chaque instant, soutenu par le secours divin, cest continuer incessamment son action de grâces quotidienne pour tous les bienfaits accordés par le Créateur à sa chétive créature perdue dans le tourbillon des affaires et des préoccupations de la vie. Bref, cest accomplir les devoirs les plus divers, les plus humbles, les plus difficiles quelquefois, pour lamour de Dieu et sous son paternel regard.

    Il en est qui disent : Enfin Décembre ! et dautres : Déjà Décembre ! Double expression dâmes intéressante à noter.

    Certes la vie du missionnaire a ses tristesses : le nier serait absurde. Aussi plus dun apôtre peut-être, en voyant 1922 disparaître, songe à son lot de douleurs qui sévade, à sa solitude intérieure quil voit finir ; car il a soif de sympathie, soif de charité, soif dimmortalité. Soumis à la volonté de Dieu, soumis également à la grande loi de la souffrance, cet apôtre ne dit Enfin Décembre ! que parce quil est heureux de se rapprocher de Dieu.

    Tout autrement significatif nous semble le cri poussé par certains : Déjà Décembre ! Ils ont dépensé leurs forces à la lutte, ils ont souffert ; mais ils veulent dépasser, si possible, par plus damour la somme de leurs travaux ; ils veulent encore des jours pleins, une existence active, une vie riche de lumières à répandre sur autrui. Ils ne récusent pas la tâche humaine et divine de la formation des âmes. Leur cur déborde de tendresse pour leurs frères. Ils veulent encore et toujours travailler à ces développements de consciences nouvelles quils cherchent à modeler sur la Conscience divine. Ils savent que les dieux se font à coup de marteau, cest-à-dire ici les grandes âmes, les saints, les bons serviteurs, que leffort personnel et le travail divin façonnent. Dieu et les âmes : voilà leur programme de vie, programme quils rempliront jusquau bout. Avec une plénitude de générosité, invariablement fidèles à leur vocation, en servants du Seigneur, ils simmoleront et, comme sainte Jeanne dArc, ne sen iront pas sans permission divine.

    Ci-gît la trente-troisième année dune vie mal dépensée ! écrivait lord Byron en décembre 1821. Cétait laveu de limmense serrement de cur quil éprouvait devant la banalité, linutilité de son existence. Et nous ?...

    Comme nous avons fait peu de bien durant cette année, et comme il faudra nous appliquer davantage lan prochain ! Dieu, sans doute, est si bonne chose que meilleure ne peut être, et vouloir quitter au plus vite cette terre pour jouir de sa présence est louable ; mais, pour le missionnaire vraiment apostolique, nest-ce pas voir Dieu que dassister à ces créations dâmes qui dinfidèles deviennent chrétiennes ? Et nest-ce pas faire plaisir davantage à notre Maître secundum hominem dico de Lui donner de nouveaux adorateurs ici-bas, plutôt que daller chanter sa gloire au ciel ?

    Et cela est incomparablement vrai à lheure actuelle !

    Alors que les vocations sacerdotales et apostoliques sont rares, alors que trop grand est le nombre de ceux qui, pour des raisons quelquefois égoïstes, sexemptent du service des autels, il faut que ceux qui travaillent à la moisson, continuent coûte que coûte à tenir. Cest une consigne à garder, cest le mot dordre à conserver pour 1923. Il suffisait au héros grec, dans lantiquité, de jeter des pierres par-dessus son épaule pour faire pousser des hommes dans les champs de IHeliade : ce temps-là est passé. Les chrétiens de lExtrême-Orient surgissent de leau baptismale : à lintrépide missionnaire den découvrir partout des sources.

    Davance quil se munisse du viatique de la douleur, selon lexpression de Mme Swetchine ; mais quil sapprovisionne plus encore damour. Quil se bâtisse, à lexemple de saint François dAssise, une cellule de joie intérieure, dans laquelle il saura se réfugier quand le dégoût, lennui ou le découragement le voudront atteindre.

    Puisse-t-il, au soir du 31 Décembre prochain, se dire à lui-même, comme Elisabeth Leseur le confiait à son Journal :

    Cette douloureuse année est achevée ! Je lai terminée à genoux devant mon petit oratoire, moffrant à Dieu de toute mon âme et Lui confiant ceux que jaime et lEglise.

    Que cette année (nouvelle) soit bonne pour les âmes et pour moi ! Que par mon humble effort Jésus-Christ soit mieux connu et plus aimé, fût-ce dun seul cur !

    SACERDOS.

    1922/645-648
    645-648
    Anonyme
    France
    1922
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