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Pensées pour la retraite du mois 1

Pensées pour la retraite du mois La Réparation (Suite)
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    Pensées pour la retraite du mois

    La Réparation (Suite)

    Il faut donc dire que même après le pardon de la faute et le paiement de la dette de peine temporelle due pour cette faute, il reste encore une troisième satisfaction à fournir, une compensation à offrir à Dieu, il reste encore à réparer. Cette réparation, pour n'être pas exigée par la stricte justice, n'en est pas moins grandement désirée par Dieu. Dieu en effet a une telle horreur du mal et un si grand amour du bien qu'il ne peut voir d'un oeil indifférent la violation de ses droits souverains et la transgression de sa loi si sage ; il désire nécessairement et extrêmement que les offenses et les dommages par lui subis soient pleinement réparés, et que la gloire à lui ravie par le péché lui soit complètement restituée Gardons-nous de nous confiner dans une sorte de métaphysique étroite qui ne voit en Dieu que l'Acte pur ou l'Etre suprême infiniment élevé au-dessus des hommes, immuable et impassible dans sa béatitude éternelle, infinie, à laquelle rien ne manque ni ne manquera jamais, preuve donc que Dieu ne saurait être blessé par nos fautes et qu'il reste indifférent à la réparation que nous en pouvons faire. C'est bien plutôt le cas de dire, comme jadis Pascal, \ Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants " ; assurément son être divin est pour nous un profond mystère, notre pauvre intelligence a déjà peine à distinguer ses perfections ; ainsi nous n'arrivons pas à comprendre comment, par exemple, la miséricorde infinie s'allie à la justice sans bornes, mais ce n'est pas une raison certes pour nier ces divins attributs.... Sachant donc d'un côté que Dieu est immuable et impassible, nous n'en devons pas moins de l'autre affirmer qu'il est infiniment sensible à nos offenses comme à nos hommages. Il y est tellement sensible que dans la Sainte Ecriture, il s'épuise pour ainsi dire en expressions métaphoriques pour nous faire comprendre ce que sont pour lui les pécheurs et leurs péchés : il abomine ceux-ci et veut la conversion de ceux-là ; il pleure, il gémit, il se plaint, il se repent ; il se dit attristé, humilié, irrité, exaspéré, tant est grande l'offense que reçoit son être adorable de la part de créatures si viles, si misérables et cependant si chères à son coeur. Rappelons-nous, par exemple, ses plaintes dans Isaïe : Filios enutrivi et exaltavi, ipsi autem spreverunt me, dans le prophète Michée : Popule meus, quid feci tibi, aut quid moles-tus fui tibi ? Responde mihi ; et dans les psaumes : Sustinui qui simul contristaretur et non fuit, et qui consolaretur et non inveni. Ailleurs il s'appelle un Dieu jaloux, Dominus zelotes nomen ejus, Deus est oemulator ; jaloux de quoi, sinon de ses droits et de sa gloire ?
    Ainsi parlait le Seigneur dans l'Ancien Testament, ainsi parle-t-il encore maintenant, lorsqu'il daigne s'entretenir avec ses saints pendant leur pèlerinage terrestre ! Les révélations privées n'ont certes pas l'autorité de la Sainte Ecriture, cependant il en est qui ont reçu de si hautes approbations qu'on ne saurait le moins du monde les mettre en doute. Ainsi en est-il, par exemple, des paroles si connues de Notre Seigneur se plaignant à Ste Marguerite-Marie de l'ingratitude des hommes et lui demandant de réparer à leur place.
    Mais c'est surtout l'amour que nous devons à Dieu qui exige cette réparation des dommages à lui causés par le péché, si bien que l'on peut dire : Qui non reparat, non amat. L'amour en effet ne peut supporter de voir le mal atteindre l'être aimé et il met tout en oeuvre pour supprimer et réparer ce mal. Si donc nous aimons Dieu, non seulement nous éviterons de lui déplaire, mais encore nous nous affligerons du mal qui lui est fait, nous nous appliquerons à le consoler et nous n'aurons de repos que si nous arrivons à supprimer ce mal et à le réparer.
    Mais comment doit se faire la réparation du mal causé à Dieu par le péché ? Rappelons-nous que pour réparer un dommage, il faut donner quelque chose que l'on ne doit pas déjà à un autre titre. Par conséquent pour réparer le dommage causé à Dieu par le péché, il faut faire plus que son devoir. Celui qui se contente d'observer la loi divine exactement et même très fidèlement, au point de ne commettre aucun péché même véniel, celui-là en rigueur de droit, n'a pas encore réparé, n'a pas fait acte de réparation, parce que, en accomplissant toute la loi, il n'a fait que son devoir.
    Par le péché nous privons Dieu de sa gloire en lui refusant l'obéissance, l'honneur la reconnaissance et l'amour auxquels il a droit ; pour réparer ce dommage, il faut donc lui donner une obéissance de surcroît, un supplément, si on peut s'exprimer ainsi, un supplément de révérence, de gratitude et d'amour.
    Le péché étant une rébellion contre Dieu, la réparation en sera une entière et absolue soumission à sa sainte volonté manifestée non seulement dans ses commandements, mais encore dans ses conseils, dans ses moindres désirs.
    Le péché est une ingratitude envers Dieu ; la réparation consistera en une action de grâces fervente et fréquemment renouvelée pour tous les bienfaits dont nous avons été comblés.
    Le péché est un mépris de la souveraine Sagesse, de la suprême Majesté. La réparation consistera en une humble et profonde révérence devant Dieu, en une louange ardente et souvent réitérée des perfections divines.
    Surtout le péché est un abandon de Dieu, un refus d'amour : la réparation consistera à rechercher Dieu, à s'attacher à lui, à l'aimer de toute notre âme, non verbo neque lingua, sed opere et veritate, nous appliquant non seulement à éviter les moindres fautes, mais encore à progresser dans la vertu, à remplir plus soigneusement et plus parfaitement nos devoirs d'état, à supporter patiemment les épreuves, à nous exercer à la mortification intérieure et extérieure. Bref, pratiquer l'amour affectif et effectif, c'est-à-dire faire beaucoup d'actes d'amour de Dieu, agir en tout par amour, surtout souffrir par amour pour Dieu, voilà la grande, la meilleure réparation, et qui, n'est-ce pas, est toujours à notre portée.
    Eh bien ! En avons-nous beaucoup usé jusqu'à présent ? N'avons-nous pas pensé que la réparation était l'affaire des religieuses et des religieux voués par état à ce genre d'exercice et que pour nous, nous avions autre chose à faire qu'à réparer ? Sans doute notre sollicitude doit avoir d'autres objets, mais sans exclure celui-ci : Hoec oportuit facere et illa non omittere.
    En effet, autant et plus que personne, nous devons aimer Dieu ; or l'amour de Dieu exige la réparation. Et puis, oserions-nous nous flatter de n'avoir plus aucune dette envers la justice divine, et surtout d'avoir restitué à Dieu toute la gloire dont nos innombrables fautes l'ont privé ? Dieu nous a tant aimés, il nous a comblés de tant de grâces que nous devrions être des saints. Hélas ! Que nous en sommes loin ! Sans avoir enfreint gravement la loi divine, que de fautes cependant n'avons-nous pas commises au cours de notre vie ? Que de manquements à la charité ! Que de tiédeur et de négligences dans nos exercices de piété, la célébration de la sainte Messe, le Bréviaire, l'oraison, et dans l'accomplissement de nos devoirs, l'administration des Sacrements, etc. !
    Mettons-nous donc à l'oeuvre et ayons à coeur d'offrir chaque jour à Dieu des compensations pour le dommage ou les déceptions que nous lui avons causés. Que la pensée d'avoir privé Dieu de la gloire qui lui serait revenue d'une vie plus fervente et plus sainte, gloire qu'il était en droit d'attendre de nous, que la pensée d'avoir tant de fois déçu son amour nous stimule et nous excite à réparer nos fautes autant que nous le pouvons, par un amour plus généreux, plus prévenant, par une application plus constante à tendre à la perfection.
    Et puis, nous qui sommes prêtres de Jésus-Christ pour travailler comme lui et avec lui à la rédemption du monde, nous devons réparer non seulement pour nous-mêmes, mais encore pour autrui, nous devons offrir à Dieu des compensations pour les offenses des infidèles et des pécheurs, pour les outrages que reçoit incessamment sa divine Majesté, nous devons offrir des satisfactions qui apaisent la colère de Dieu justement irrité de tant de crimes, des compensations qui fassent tomber son indignation et qui l'amènent à ne pas infliger aux coupables le châtiment qu'ils ont mérité, mais à les prendre en pitié, à ne pas leur refuser ses grâces, mais au contraire à les leur accorder en si grande abondance qu'ils ne puissent s'enliser dans leurs fautes ni s'endurcir dans leurs erreurs, mais viennent s'incliner devant le Père des miséricordes, lui demandant avec la grâce du pardon celle de participer au bienfait de la rédemption.
    Nous sommes venus en mission pour sauver les âmes, or elles coûtent cher ; sommes-nous disposés à y mettre le prix, c'est-à-dire à offrir à Dieu de suffisantes réparations pour leurs offenses de toutes sortes ? Oui, sans doute, autrement nous ne serions pas de vrais missionnaires, de vrais disciples de celui qui est mort sur la croix pour nous racheter. Appliquons-nous donc chaque jour à réparer pour ces pauvres âmes, non pas en faisant des choses extraordinaires, mais en faisant nos actions ordinaires, c'est-à-dire en remplissant nos devoirs de chaque jour aussi parfaitement que possible par amour pour Dieu et en esprit de réparation, en acceptant pour le même motif et dans la même intention aussi bien les grandes épreuves que les mille petits sacrifices quotidiens, puisque tout faire et tout souffrir par amour, c'est encore une fois la meilleure et la plus efficace des réparations.

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    1935/1-5
    1-5
    Anonyme
    France
    1935
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