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Pensées pour la retraite du mois 1

Pensées pour la retraite du mois Dum tempus habemus, operemur bonum Une année qui finit, une année qui commence : belle et bonne occasion de méditer un peu sur la fuite des mois, des jours et des heures qui peuvent nous faire défaut dun moment à lautre, et surtout sur le prix de ce temps insaisissable qui passe pour ne plus revenir, qui court sans jamais sarrêter et qui nous entraîne avec lui vers notre fin dernière, vers notre éternité.
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    Pensées pour la retraite du mois

    Dum tempus habemus, operemur bonum

    Une année qui finit, une année qui commence : belle et bonne occasion de méditer un peu sur la fuite des mois, des jours et des heures qui peuvent nous faire défaut dun moment à lautre, et surtout sur le prix de ce temps insaisissable qui passe pour ne plus revenir, qui court sans jamais sarrêter et qui nous entraîne avec lui vers notre fin dernière, vers notre éternité.

    Le temps est incontestablement ce que nous avons de plus précieux, car, en définitive, le temps pour chacun de nous cest notre existence ici-bas, cest le don primordial, le don par excellence, sans lequel tous les dons de Dieu ne sont rien. Le temps cest la vie, et la vie cest la grâce des grâces, celle qui sert pour ainsi parler, de substratum à toutes les autres. Tant quon a la vie, tant quon a le temps à sa disposition, on peut tout espérer, car un instant suffit pour aimer Dieu et se sauver : on peut aussi tout craindre, car un instant suffit pour pécher gravement et se damner ; mais lorsque la vie a disparu et le temps avec elle, les justes nont plus rien à craindre et les pécheurs plus rien à espérer.

    Et ainsi lon peut dite que le temps a une valeur infinie, puisque cest avec le temps que nous pouvons acheter la béatitude éternelle. Tempus tantum valet quantum Deus, disait S. Bernardin de Sienne, puisque cest avec le temps bien employé que sachète la possession de Dieu, quippe in tempore bene consumpto comparatur Deus.

    Les prédicateurs disent, et ils nont sans doute pas tort, que le prix du temps nest guère bien compris que de ceux qui nen peuvent plus jouir et sont entrés dans leur éternité. Si les damnés, par exemple, pouvaient seulement disposer de quelques instants de vie sur cette terre, quen feraient-ils ? Sûrement ils sempresseraient de détester leurs péchés, de rétracter leurs offenses à la divine Majesté et ils sabîmeraient aussitôt dans le repentir de leurs fautes et dans lamour de Dieu.

    Et les âmes du Purgatoire, si elles pouvaient revenir en ce monde, elles éviteraient les moindres fautes, elles renonceraient aux vaines jouissances et aux plaisirs trompeurs, pour se vouer à la pénitence afin déviter les supplices du Purgatoire et dêtre admises au plus tôt à la vision béatifique.

    Quant aux élus, sils pouvaient avoir des regrets, ce serait de ne pas avoir employé le temps de leur épreuve aussi bien quils lauraient pu et de sêtre ainsi privés dun plus grand bonheur au ciel.

    Il faut en effet toujours en revenir là : la moindre parcelle de temps, une minute, une seconde bien employée peut nous valoir une augmentation de gloire et de bonheur éternel, cest-à-dire nous valoir de voir Dieu de plus près, de le connaître plus intimement, de laimer plus ardemment, de le posséder plus pleinement, et cela pendant toute léternité ! Chaque instant bien employé augmente ainsi notre capacité de voir Dieu et de laimer, et donc notre capacité de béatitude éternelle ! Ergo dum tempus habemus, operemur bonum. Tempus breve est. Venit nox, quando nemo potest operari.

    Tempus breve est ! Oui, le temps est court, et surtout il est incertain, il peut nous faire défaut dun moment à lautre, car, nous ne lignorons pas, on peut mourir à tout âge et à toute heure, et les morts subites ne sont pas rares. Eh bien ! si nous savions navoir plus quun an, plus quun mois, une semaine, un jour, une heure à vivre, que ferions-nous ? Comment emploierions-nous cette heure, ce jour, cette semaine, ce mois ? Nous noserions certes les gaspiller à des riens, à des bagatelles ou à des choses inutiles, nous les utiliserions pour Dieu jusquà la dernière minute.

    Soyons donc sages et faisons en sorte demployer chacune de nos journées, chacune de nos heures, comme si elle devait être la dernière, ou du moins comme nous voudrions lavoir employée à lheure de notre mort. Souvenons-nous des paroles de lImitation : Veniet quando unam diem seu horam pro emendatione desiderabis et nescio an impetrabis. Age, age nunc quidquid agere potes, quia nescis quando morieris. Oui, certes, faisons aujourdhui, faisons chaque jour tout ce que nous pouvons faire pour nous amender et nous sanctifier, car nous ne savons pas quand nous mourrons, nous savons seulement que plus nous allons, plus la mort est proche et plus notre temps est court. Tempus breve est. Venit nox, quando nemo potest operari.

    Le temps passe, la nuit vient vite, la nuit, cest-à-dire la mort, et une fois le temps passé, la mort venue, on ne peut plus travailler, on ne peut plus rien mériter, on ne peut plus se sanctifier, on ne peut plus augmenter son amour pour Dieu. Voilà, nest-il pas vrai, la plus grande preuve du prix inestimable des journées et des heures qui nous sont accordées en ce monde ; la moindre parcelle de temps, chaque minute, chaque seconde pour ainsi dire, nous permet daugmenter notre charité envers Dieu, daugmenter la gloire de Dieu par notre amour et nos bonnes uvres.

    Une fois le temps fini, une fois la mort venue, si nous sommes sauvés, comme nous en avons la douce et ferme espérance, nous pourrons certes glorifier Dieu par nos adorations, nos louanges et nos actions de grâces, nous pourrons même procurer lavancement de son règne dans les âmes par nos prières et nos supplications ; par loffrande de nos adorations, de nos louanges et de notre amour, nous pourrons aussi apaiser la colère divine et obtenir des grâces de conversion et de salut pour les infidèles et les pécheurs, et ainsi, à lexemple de Ste Thérèse de lEnfant Jésus, nous pourrons, pro modulo nostro, continuer à faire du bien sur la terre et à procurer la gloire de Dieu ici-bas, mais il est une chose qui ne sera plus en notre pouvoir, cest à savoir laugmentation de notre charité, de notre amour pour Dieu.

    Non, une fois la mort venue, notre amour pour Dieu ne peut plus saccroître, il sépure, certes, et ne rencontrant plus dobstacles, puisque lâme est libre de toute entrave et que les choses de ce monde nont plus de prise sur elle, il sépanouit en quelque sorte complètement, il se transforme en amour éternel, immuable et parfait, mais dans la mesure, dans le degré où il était à lheure de la mort.

    Cest lenseignement unanime des Docteurs : la grâce sanctifiante se change en gloire céleste, en gloire éternelle, et le degré de cette gloire des élus correspond exactement au degré de grâce sanctifiante quils avaient sur cette terre à lheure de la mort.

    Il en est de même de la charité qui est comme le fondement de la grâce et lui est inséparablement liée ; tant que nous vivons ici-bas, tant que nous sommes dans le temps, notre charité peut saccroître indéfiniment, mais une fois le temps passé, une fois que nous serons entrés dans léternité, notre charité ne croîtra plus, elle sera immuablement fixée dans le degré où la mort la trouvera.

    Si donc nous avons vraiment au cur lambition daimer Dieu, de laimer davantage, de laimer le plus possible, de lui rendre le plus de gloire possible au ciel et qui de nous naurait cette sainte ambition alors hâtons-nous de profiter du temps qui nous reste à vivre, employons bien chacune de nos journées et de nos heures. Peut-être jusquà présent en avons-nous perdu beaucoup. Il est si facile de perdre le temps, sans y prendre garde, sans trop sen douter ! Dans le cours dune semaine, dune journée de missionnaire, est-il bien rare de rencontrer plus dun moment consacré à des conversations oiseuses, à de vaines rêveries, à des futilités, ou bien à des lectures inutiles, ou encore à des occupations qui en soi ne sont pas mauvaises, mais qui sont étrangères à notre profession ou à nos attributions ? Or tout cela hélas ! cest du temps perdu.

    Il faut assurément ne rien exagérer ; lesprit et le corps ont besoin de repos, de délassement, de récréation, cela est dans lordre voulu par Dieu ; les heures de repos et de délassement ne sont donc nullement du temps perdu, tant quelles ne dépassent pas la mesure convenable, mais si on les prolonge plus que de raison, il faut bien convenir que lon perd son temps.

    Lorsquon a, comme il arrive assez souvent parmi nous, un ministère très chargé et que toutes les heures de la journée sont prises par les devoirs détat ou des occupations bien déterminées, on est moins exposé à perdre son temps, encore faut-il veiller à ce que toute cette besogne soit accomplie vraiment pour Dieu.

    Que si lon a un ministère peu chargé, il faut veiller avec soin au bon emploi de ses loisirs, voir ce qui est vraiment utile et supprimer impitoyablement ce qui ne lest pas. Quelle aberration ce serait pour un prêtre, un missionnaire, qui doit certes connaître le prix du temps, de le consumer dans loisiveté ou en des occupations futiles ! Le temps que Dieu nous donne est comme les talents de la parabole : cest un don quil ne faut pas enfouir, mais au contraire faire fructifier selon ses moyens, sous peine dencourir la sentence vengeresse : Auferte ab illo mnam, tollite ab eo talentum, et inutilem servum ejicite in tenebras exteriores.

    Si donc nous avons des loisirs, disons-nous, comme jadis le poète : Deus hc nobis otia fecit, il nous en demandera compte, cest pourquoi nous devons les employer utilement, pour son amour et pour sa gloire.

    Enfin, si nous voulons que nos journées soient véritablement pleines, je veux dire pleines de bonnes uvres et de mérites, ayons soin de purifier, de perfectionner et de renouveler souvent nos intentions. La moralité de nos actes dépendant, pour une grande partie, de lintention avec laquelle nous les faisons, si nos intentions sont bonnes, si elles sont ferventes, elles communiquent une grande valeur, un grand mérite à nos moindres actions. Un désir ardent de plaire à Dieu, une attention autant que possible continuelle à tout faire et à tout souffrir par amour pour Dieu, voilà le plus sûr moyen de racheter, sil se peut, le temps que nous avons perdu et de nen point perdre à lavenir ; cest aussi un moyen très efficace damasser chaque jour des trésors immenses, des richesses éternelles, davancer rapidement dans la voie de la perfection, daccroître chaque jour notre amour pour Dieu et de lui rendre le plus de gloire possible pendant toute léternité bienheureuse.


    1933/1-6
    1-6
    Anonyme
    France
    1933
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