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Pensées pour la retraite du mois 1

Pensées pour la retraite du mois De la Dévotion à St Joseph
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    Pensées pour la retraite du mois

    De la Dévotion à St Joseph

    Si nos Pensées pour la Retraite du Mois ont été consacrées durant 1926 et 1927 aux deux plus illustres membres de la Sainte Famille : Jésus et Marie, nest-il pas juste et logique que nous entreprenions décrire en 1928 quelques considérations ascétiques et pratiques sur St Joseph, lEpoux de Marie, le Père nourricier de Jésus et le Patron de lEglise Universelle ? Donc, Dieu aidant, la vie et les vertus du plus grand des Patriarches se dérouleront magnifiques et vénérables et nous y puiserons dutiles enseignements pour notre conduite de missionnaires apostoliques.

    Le culte liturgique de St Joseph, au cours des siècles, a manifestement subi une sublime ascension LEglise et ses membres nont, en cela, que suivi le plan divin et les desseins de Dieu, qui songea de toute éternité, dans son Conseil, à glorifier de plus en plus son représentant terrestre : Joseph. Il nest pas douteux, en effet, que Joseph fut choisi, avant la création, avant la chute dAdam et la promesse dun Rédempteur, comme Vice-Roi terrestre du Roi des Rois, comme son substitut légal, héritier des droits de la première Personne de la Très Sainte Trinité sur la Seconde, lors de son avènement ici-bas. Par Jésus, Joseph fut appelé du doux nom de Père ; cest un titre éclatant sans doute, mais un titre réel, absolu et de pleine signification sur les lèvres de lEnfant-Dieu. Nous ne célébrerons jamais assez les prérogatives de Joseph, parce que jamais assez nous ne pourrons ni les comprendre ni les définir. Si Marie fut la Grande affaire des siècles, Joseph, à un degré moindre, le fut aussi et à tel point que la Rédemption inclut ladmixtion de Joseph par la Sagesse divine. Jésus-Christ, étant formellement Dieu et pouvant sans injustice se regarder comme légal de Dieu, sest anéanti lui-même, prenant la forme dun esclave, et, voulant obéir durant son pèlerinage terrestre et jusquà sa mort, se devait de se choisir un Père et une Mère dont il serait le Fils. Venant sur terre, Jésus voulait y vivre pauvre, faible et méprisé, réputé comme le dernier des hommes. Il lui fallait alors une famille au sein de laquelle disparaîtrait pour ainsi dire sa divinité, ou du moins, elle serait cachée pour un temps. Joseph en fut proclamé le Chef, chef humble, presque inconnu des hommes, mais très cher à Dieu.

    Si recueillir un enfant abandonné, cest recueillir Jésus-Christ lui-même, quelle ineffable fonction que celle de St Joseph, daccueillir en son foyer le véritable Jésus ! Sans doute, celui qui communie reçoit Jésus, le même que portait Joseph en ses bras, mais Jésus. dans la communion, ne reste corporellement présent que peu de temps et dailleurs dune manière invisible, tandis quil séjourna sous le toit de Joseph plus de vingt ans et reçut de lui caresses, sourires et épanchements. Rôle très effacé, sans doute, que celui de Joseph, semblable à celui que prodiguent aux êtres à chaque instant la Providence et la Puissance divine. Bien peu dâmes connaissent, comprennent et admirent le gouvernement divin des mondes ; il existe, mais ne brille dun vif éclat que pour un petit nombre de privilégiés proches de la Divinité. Combien peu pareillement ont compris le gouvernement de Joseph, sa royauté, son empire sur Jésus-Christ fait homme. La puissance et le crédit de Joseph sont inconcevables, parce quémanés de Dieu même et communiqués par Lui. Les dons de la grâce et de la nature, reçus par Joseph, sont incomparables et il ne le cède en vertu quà son Epouse.

    Les siècles furent lents à laisser croître la dévotion à St Joseph. Lantiquité chrétienne semble même ne lavoir point estimée. Nulle trace de Joseph sur les murs des catacombes ou dans les écrits des premiers Pères de lEglise ; les martyrs ont la préférence. Saint Augustin et saint Jean Chrysostôme, dans leurs commentaires évangéliques, soulignent à peine le rôle de Joseph. Cest lordre des Carmes, semble-t-il, qui mit le premier en relief léminente dignité de Joseph. Mais les Souverains Pontifes, à partir de Sixte IV seulement jusquà Pie XI, combleront dhonneurs St Joseph. Cest que, sans doute, ainsi que sexprime léloquent évêque de Poitiers, le Cardinal Pie, le culte de St Joseph était un de ces dons que le Père de famille, comme un prudent économe, sétait proposé de tirer plus tardivement de son trésor ; cétait une de ses réserves et, si lon peut ainsi dire, une de ces surprises que le suprême ordonnateur du festin des âmes avait ménagées pour la fin du banquet.

    Il est, dès lors, tout naturel que nous, missionnaires apostoliques, venus en des temps où la dévotion à St Joseph saccroît prodigieusement, nous nous donnions tout entiers à lépanouissement de ce culte public dans nos districts et dans nos postes. Les fondateurs de la Société des Missions-Etrangères, encore peut-être sous lemprise des retentissants panégyriques de notre grand Bossuet en lhonneur de St Joseph, nont rien négligé pour étendre sa protection sur les Missions. Le premier Collège Général, fondé par eux en 1666 à Juthia, au Siam, fut placé sous le vocable de St Joseph. Dès lors, innombrables furent les églises ou chapelles dédiées à lEpoux de Marie. Des séminaires, des hôpitaux, des collèges, des orphelinats, des crèches lont pris comme patron. Les âmes contemplatives, surtout, lui ont voué un culte spécial, car elles trouvent en lui une réfraction du Divin, qui nest que léternel silence, linconcevable humilité et limmuable charité. Enfin, lhorizon de Joseph fut un horizon de souffrances, et disons quil ressemble étrangement au nôtre en ces jours ! Souffrances du corps et de lâme sabattent sur nous et nous annoncent la mort. Nous songeons à lavenir, inquiets, mais non découragés. De quoi demain sera-t-il fait et comment vivront nos uvres ? Le pain quotidien, sil ne nous fait pas défaut, est cher à gagner, et lautre, celui des âmes, devient de plus en plus difficile à distribuer aux masses, car nos rangs séclaircissent. Il est des angoisses qui nous étreignent, dautant plus sans doute que se trouve engagée notre responsabilité.

    Ayons confiance, et vive en nos curs le culte de saint Joseph ! En comparaison des souffrances, des douleurs et des responsabilités de St Joseph, que nous énumérerons mensuellement, les nôtres ne sont que des ombres. Il sut supporter les siennes et les surmonter en se tenant invinciblement uni à Dieu ; cest cette imitation quil nous faut obtenir. Toute son existence se résume en ce texte de St Paul : Mihi vivere Christus est. Il eut les pensées, les amours et les volontés de Jésus : il ny avait que du Dieu en lui ; faisons tous nos efforts, afin quil ny ait aussi que du Dieu en nous ; et notre vie sera digne, féconde semeuse de joies célestes et humaines, glaneuse déternité pour les âmes et pour nous-mêmes.

    SACERDOS

    1928/1-4
    1-4
    Anonyme
    France
    1928
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