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Pensées pour la retraite du mois 1

Pensées pour la retraite du mois. Sil plaît à Dieu, chaque mois de cette année 1926, nous développerons quelques pensées utiles pour notre Retraite. Eliminant volontiers toute recherche littéraire, nous essaierons seulement de faire éclater du foyer de chacune de nos intelligences et de chacun de nos curs quelques étincelles de foi et damour, qui rejailliront ensuite sur la gerbe dâmes qui nous est divinement confiée. Allons à Bethléem.
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    Pensées pour la retraite du mois.

    Sil plaît à Dieu, chaque mois de cette année 1926, nous développerons quelques pensées utiles pour notre Retraite. Eliminant volontiers toute recherche littéraire, nous essaierons seulement de faire éclater du foyer de chacune de nos intelligences et de chacun de nos curs quelques étincelles de foi et damour, qui rejailliront ensuite sur la gerbe dâmes qui nous est divinement confiée.

    Allons à Bethléem.

    En ce mois de Janvier dirigeons-nous avec les bergers et les Sages dOrient vers Bethléem-Ephrata. Petite ville de huit mille âmes, en terre de Juda, cest là que vient de naître le chef suprême dIsraël, celui dont lorigine remonte aux jours éternels (Michée, V, 1). Nous sommes en lhiver de lan 7 avant notre ère et lanniversaire historique de la naissance du Christ nous oblige à déplacer lanniversaire liturgique de quelques semaines, car les animaux que gardent les pasteurs sont encore en plein air, arrachant du sol fertile (Ephrata) les derniers chaumes de blé, abondant ici, puisquil donne le nom même à la ville : Bethléem, Maison du Pain. Délaissant le caravansérail des étrangers, nous entrerons dans une grotte, servant et détable et de refuge, et, à genoux près de Joseph et de Marie, nous adorerons lEnfant nouveau-né, reposant paisible dans une mangeoire. Alors les paroles de saint Thomas sépanchèrent suavement de notre cur et de nos lèvres :

    Adoro te devote, latens Deitas
    Qu sub his figuris vere latitas :
    Tibi se cor meum totum subjicit,
    Quia te contem plans totum deficit.

    Lhumanité sainte, en effet, et la divinité réelle se cachent ici : il nous faut la foi. Nous sommes en tête-à-tête avec lHomme-Dieu et il va nous découvrir, si nous avons un grain de foi, les splendeurs de son royaume. Lhomme que nous sommes est proche des Anges et donc nous sommes déjà proches de lui. Mais nous ne comprendrons rien si nous refusons dincliner notre intelligence. Certes, lenfant que nous voyons est Dieu, notre Père, notre Frère, notre Ami, nous ladmettons ; mais cest un Dieu Victime, venant ici-bas pour souffrir et nous sauver : Sic Deus dilexit mundum...., quil na pas hésité un seul instant à prendre notre chair dans le sein dune Vierge, à naître, à vivre et à souffrir. Un Dieu Victime, quelle inconcevable antonymie !

    Bientôt même ce Dieu Victime va parler ; lui que les Prophètes ont prédit, que tout Israël a chanté, que les nations ont désiré, lui va prendre la parole et dissiper les ténèbres intellectuelles et morales de lunivers. Il fondera même plus tard une Eglise, mourant pour quelle vive et la confiant à des Disciples qui scelleront leur croyance de leur sang.

    Nous devons être, et de fait, nous sommes de ces disciples, car nous sommes persuadés de la divine filiation de Jésus et de la divinité de son Eglise. Nous participons à cette vie nouvelle (pleinement de par notre sacerdoce,) quil infuse à tout croyant. Jésus agit en nous et nous nous identifions avec lui. Il est le guide sûr, qui nous précède, nous accompagne et nous suit sur les sentiers fleuris ou épineux de notre vie.

    Sachons-le bien : sil ny a rien de vraiment humain que ce qui se fait par raison, il ny a rien de vraiment sacerdotal que ce qui saccomplit par la foi. Spécialement à nous, prêtres et missionnaires, la foi doit être comme un sixième sens, supplémentaire des autres, le sens du Christ, lil de linvisible, le sens de lentendement chrétien. A toute époque on risque sa foi, mais combien plus à la nôtre ! De par notre vocation nous vivons dans une ambiance païenne, dans un milieu nationaliste, sceptique, protestant, moderniste peut-être. Ne nous laissons pas contaminer par lerreur, les sophismes, les hérésies : écoutons le Christ qui nous parle par ses Papes et ses Evêques. Ninterprétons, ou, comme le voudrait Renan, ne sollicitons jamais ni les faits ni les textes.

    Les premiers versets de lEpître Romaine nous indiquent magnifiquement la voie : Paul, serviteur du Christ Jésus, Apôtre par son appel, mis à part pour annoncer lEvangile de Dieu, pour amener en son nom à lobéissance de la foi tous les gentils.... A nous donc dêtre prêts à croire le Révélé divin dans la mesure, la forme et la manière voulues par Dieu ; dadhérer sans réserve à la vérité première et de chanter humblement, comme les Anges et les bergers, notre Amen.

    Cette phrase que nous venons décrire est de celles que nous devrions souvent méditer. Paul nest choisi que pour amener tous les gentils à lobéissance de la foi. Or nest-ce pas là notre vocation ? Jésus, à la crèche se révèle aux petits, qui te revelas parvulis, apparaît aux gentils, apparuisti gentibus. Et que de païens en notre pauvre monde ! Faut-il nommer tous ces millions de primitifs dAsie, dAfrique et dOcéanie ? Les Esquimaux du Détroit de Behring, les Aïnos des Kouriles, les Canaques de la Polynésie, les Sakhai de la presquîle Malaise, les Bantous, les Négrilles, etc.? Partout encore, des pôles à léquateur, nous trouvons des enfants de Dieu, sauvages malheureux, qui pactisent avec lidolâtrie, le totémisme ou les superstitions. Quand donc le crucifix remplacera-t-il le fétiche ? Il y a malheureusement aussi dautres peuples plus civilisés, qui habitent lEurope et lAmérique, mais dont lâme est païenne. La Chine est à notre porte, a dit un évêque de France, Mgr Gibier. Si nous nosons pas absolument accepter cette boutade, il faut bien reconnaître que lécole sans Dieu, le divorce, lunion libre et les autres plaies individuelles et sociales ne sont pas sources de sève chrétienne, et il est profondément triste de constater que, après dix mille ans de civilisation et vingt siècles de christianisme, lhomme moderne recule vers ces temps lointains où la pensée religieuse était dominée par la hantise des revenants.

    A nous donc de travailler pour que le règne de Dieu saccroisse sur terre, sur notre terre dExtrême-Orient, où nous pouvons avec et par la foi faire des miracles. Il nous faudra du temps, de laide humaine, des ressources pécuniaires, des sacrifices, du sang peut-être, puisque le réveil asiatique sannonce violemment xénophobe, mais quimporte ! Demandons à Jésus Enfant daugmenter notre foi, car cest par elle que nous vaincrons le monde : Hc est victoria qu vincit mundum, fides nostra (I Joan. V, 4).

    SACERDOS.


    1926/1-4
    1-4
    Anonyme
    France
    1926
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