Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pensées pour la retraite du mois 1

Pensées pour la retraite du mois Ego elegi vos et posui vos.
Add this
    Pensées pour la retraite du mois

    Ego elegi vos et posui vos.

    Est-il rien de plus doux, rien de plus consolant pour le missionnaire, à mesure qu'il voit se dérouler les années de sa vie au milieu des ennuis, des tracas, des déceptions même de la vie apostolique, sans parler des maladies et des infirmités causées par l'âge ou le climat, que de se reporter à ses jeunes années, quand les premiers appels de Dieu se firent entendre à son âme : appel au sacerdoce, appel à l'apostolat, les deux étant souvent simultanés, le second précisant, déterminant concrètement le premier ? Notre imagination nous dépeignait alors dans le lointain un autel baigné de lumières, débordant de fleurs embaumées, l'autel où nous monterions pour la première fois ; elle nous faisait entrevoir, s'estompant dans la brume d'un futur imprécis, la silhouette d'un navire nous emmenant au delà des mers à la conquête des âmes. Etait-ce un rêve ? Pas du tout ! C'était vraiment notre avenir que nous entrevoyions ainsi ; mais cette réalité était revêtue, comme il convient quand on est jeune, de couleurs poétiques et attrayantes.
    Et c'était Dieu lui-même, qui par cette vue sur nos années futures, nous manifestait ses desseins éternels sur notre pauvre personne : Ego elegi vos. La Providence divine, qui ne laisse rien à l'imprévu, avait depuis toujours marqué notre place ici-bas, fixé le rôle que nous devions y jouer. Ne nous plaignons pas, remercions plutôt, car le bon Dieu nous a fait la part assez belle, funes ceciderunt mihi in proeclaris. Et quelle est cette part ? Dieu lui-même, dès ici-bas : Dominus pars hoereditatis meoe ....: c'est l'appel au sacerdoce ; Dieu seul, loin de la famille, loin de la patrie : egredere de terra tua et de cognatione tua et de domo patris tui et veni in terram quam monstrabo tibi : c'est la vocation à l'apostolat.
    Et cette double prédestination date de toute éternité. Je suis prêtre, je suis missionnaire, parce que ab oeterno Dieu, par une préférence toute gratuite, l'a voulu ainsi : non vos me elegistis sed ego elegi vos. Pensée accablante par sa grandeur, quand on y réfléchit ; pensée émouvante pour tout coeur bien né : elle révèle tant d'amour !
    Elle est grandiose la scène de l'Evangile où nous voyons Notre Seigneur, après une nuit entière de prière, jeter les fondements de son Eglise par la création du Collège apostolique : Vocavit discipulos suos et elegit duodecim ex ipsis, quos et apostolos nominavit.... Mais le divin Sauveur savait bien que ces continuateurs de son oeuvre étaient mortels : quelques lustres se seraient à peine écoulés que tous auraient rejoint le Maître en son séjour de gloire. Et pourtant l'Eglise devait durer jusqu'à la fin des siècles. Aussi, de même que quand il plaça Pierre à la tête de ses agneaux et de ses brebis, il y mit en même temps tous ses successeurs, les Papes de l'avenir, ainsi quand il choisit les Douze, son regard embrassait tous ceux qui, après eux, continueraient leur oeuvre, les apôtres de tous les temps, évêques et prêtres. Dans cette foule innombrable, rangée derrière le petit groupe des pêcheurs de Galilée, il nous distinguait nous, ses prêtres, ses missionnaires d'aujourd'hui, dans le lointain de vingt siècles écoulés, et c'est Lui qui nous avait placés là, nous désignant même, tout comme Pierre et ses compagnons, par notre propre nom nous aussi : elegit duodecim quos et Apostolos nominavit. Apostolorum autem nomina sunt hoec
    Et c'était le second stade de notre vocation : l'énoncé dans le temps de notre appel ab terno. Le troisième est tout récent, relativement parlant. Ce fut l'heure de la réalisation des beaux desseins de Dieu sur nous : quand elle arriva, Dieu parla à notre coeur, il nous fit part de son magnifique secret. Chacun de nous retrouve dans les souvenirs de son enfance et de sa jeunesse des traces multiples de cette révélation divine.
    Qu'y a-t-il de nous dans chacun de ces stades de notre vocation? Rien. Tout est purement gratuit de la part de Dieu, rien ne vient de nous : non vos me elegistis, sed ego elegi vos. Vérité indiscutable, vérité évidente. Et si Dieu nous a tant aimés, s'il s'est ainsi occupé de nous de toute éternité, ce n'est certes pas pour se jouer de nous. En Dieu tout est sagesse : l'oeuvre doit donc avoir une suite et un aboutissement digne de son principe. Le bon Dieu s'occupera donc de nous toujours, il nous aimera toujours, jusqu'à la fin de notre vie, jusque dans l'éternité. Quel soutien, quelle consolation que cette certitude !
    Aux heures où nous nous sentons troublés, découragés peut-être, songeons à notre vocation, rappelons-nous combien tendrement nous l'avons aimée aux jours bénis de notre séminaire, combien fidèlement nous l'avons suivie au prix de douloureux sacrifices, combien vaillamment nous l'avons gardée pendant tant d'années, dans des conditions de vie très dures pour des étrangers, que ce soit dans les plaines brûlantes de l'Inde, dans les forêts sauvages de Kontum ou dans les neiges et les glaces de la Mandchourie, et surtout parmi les travaux, les amertumes, les déceptions peut-être, d'un ministère souvent ingrat, toujours accablant, n'étant débarrassés aujourd'hui d'une croix pesante que pour en trouver deux demain, plus lourdes encore. Nous nous dirons alors : Confiance et courage ! Puisque Dieu m'a appelé, il m'a certainement préparé, comme l'enseigne St Thomas, les grâces nécessaires pour atteindre la fin pour laquelle il m'a choisi. \ Dieu ne commande pas l'impossible, dit admirablement le Concile de Trente en une formule empruntée à saint Augustin, mais lorsqu'il vous intime un ordre, il veut que vous fassiez ce que vous pouvez, que vous lui demandiez ce que, de vous-même, vous ne pouvez pas, et alors, avec son aide, ce que vous ne pouviez pas, vous le pouvez : Deus impossibilia non jubet, sed jubendo monet et facere quod possis et petere quod non possis et ipse adjuvabit ut possis ".
    Ego elegi vos et posui vos, dit Notre Seigneur : tout aussi bien que votre élection, c'est de moi que vous tenez la place que vous occupez. C'est donc que la détermination de notre vocation va plus loin que le simple appel au sacerdoce et à l'apostolat. Pourquoi sommes-nous missionnaires en pays infidèles et non en France, où le ministère sacerdotal revêt de plus en plus la forme de celui des Missions ? Pourquoi en ce XXe siècle, et non pas cent ans, mille ans plus tôt ou plus tard ? Pourquoi dans telle Mission plutôt que dans telle autre ? Dans ce poste-ci et non pas ailleurs ? Tout cela ce n'est pas, croyons-le bien, l'effet du hasard ; c'est Dieu qui l'a voulu, c'est Dieu qui a fait en sorte que cela soit ainsi. Il l'a fait certes par le libre jeu des causes secondes, nous le savons, l'homme s'agite, Dieu le mène. Notre vocation a bien été déterminée in concreto par Dieu lui-même : Posui vos.
    Cette pensée doit donner à notre âme une paix profonde. Je suis là où Dieu veut que je sois. Je n'ai donc pas à regretter de n'être pas né à telle autre époque qui, à lire l'histoire, me paraît moins tourmentée que la nôtre, ni de n'avoir pas choisi le calme d'un monastère pour m'y sanctifier plus à l'aise, semble-t-il, que dans la solitude ou dans les alarmes perpétuelles de ma vie de missionnaire. Non, ce sont là des imaginations vaines, dangereuses même. Il y a longtemps que le sage auteur de l'Imitation nous a mis en garde contre elles : " Imaginatio locorum, dit-il, et mutatio multos fefellit ; plusieurs s'imaginant qu'ils seraient meilleurs en d'autres lieux, ont été trompés par cette idée de changement ".
    Nous avons obéi à la voix de notre conscience, nous avons suivi les conseils d'un sage directeur, nous avons obéi à notre Supérieur général, à notre Evêque, et nous nous trouvons où nous sommes, en Birmanie, en Chine, au Japon... dans la brousse sauvage, au bureau d'une Procure, dans la chaire d'une maison d'éducation.... Qui nous y a mis ? N'en doutons point, c'est Dieu lui-même : Posui vos ! Un jour, au Ciel, nous serons dans l'admiration en découvrant les voies mystérieuses de la divine Providence non seulement pour la conduite de l'univers dans son ensemble, mais aussi dans les dispositions prises à notre égard jusque dans les moindres détails. A notre insu, quelquefois malgré nous, il nous a mis là où il avait décidé que nous serions, pour y remplir le rôle qu'il voulait nous faire jouer dans le monde et en particulier dans la Sainte Eglise : Posui vos. La conclusion qui s'impose c'est que nous devons nous abandonner filialement entre les mains de Dieu en toute simplicité.
    Nous sommes donc sous tous les rapports les élus du bon Dieu, et pour l'appel au sacerdoce, et pour l'appel à l'apostolat, et pour la forme que revêt notre ministère auprès des âmes. Chacun de nous peut dire comme saint Paul : " Gratia Dei sum id quod sum, ce que je suis c'est par la grâce de Dieu que je le suis " ; puissions-nous pouvoir ajouter en toute sincérité, comme le grand Apôtre, surtout à l'heure de la mort : " Et la grâce de Dieu n'a pas été stérile en moi, et gratia ejus in me vacua non fuit ! "
    DIEUDONNÉ,
    Miss. apost.
    "
    1937/1-5
    1-5
    Anonyme
    France
    1937
    Aucune image